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Saut à ski - Caroline Espiau va faire son retour sur les tremplins en compétition : "La flamme ne s'est jamais éteinte"
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Publié 24/07/2024 à 19:11 GMT+2
Caroline Espiau, qui avait arrêté sa carrière dans le saut à ski en 2013 suite à une grave blessure au genou, a décidé de reprendre le chemin de la compétition. Consultante pour les épreuves de Coupe du monde sur les antennes d'Eurosport, l'Iséroise de 31 ans va renouer avec les tremplins le 31 juillet prochain. Elle revient sur les raisons de ce retour.
Caroline Espiau
Crédit: Eurosport
Dans l'univers du saut à ski, Caroline Espiau est un personnage à part. Gravement blessée au genou droit en juin 2013, la jeune Française avait vu s'envoler sa participation au premier concours de saut à ski féminin aux Jeux Olympiques de Sotchi. Pire, les dégâts au niveau de son articulation étaient si graves que l'amputation fut évoquée. Pourtant, à peine sa convalescence entamée qu'elle développe sa propre entreprise de fabrication de combinaisons de saut, elle fabrique désormais des tissus pour les plus grandes équipes mondiales de la discipline et commente également les épreuves de Coupe du monde sur les antennes d'Eurosport.
Plus d'une décennie est passée depuis cette retraite sportive forcée. A 31 ans, devenue maman de deux enfants, récemment mariée, l'Iséroise a décidé de reprendre la compétition. Elle nous a confié le cheminement intime qui a été le sien pour la conduire jusqu'au tremplin d'Autrans, en Isère, où elle redeviendra sauteuse à ski, le 31 juillet prochain.Caroline Espiau, comment l'envie de reprendre le saut et la compétition est-elle revenue ?
C.E. : "ça a toujours été là, mais très très loin. Cela avait presque disparu parce que mon corps ne le permettait pas à cause de la blessure au genou que j'ai eue et qui m'a fait arrêter le saut à ski il y a 11 ans. Le fait de travailler dans le milieu du saut fait que je suis toujours restée au contact de mon sport et que la flamme ne s'est jamais vraiment éteinte. A chaque fois que je regardais une compétition, que j'en commentais une ou que j'allais sur place, il se passait quelque chose en moi. Mais il a quand même fallu plusieurs mois pour véritablement réaliser que l'envie de sauter à nouveau était bien présente. Et donc à l'automne 2023, je me suis dit "fais-le, mais donne-toi les moyens de le faire bien" car je ne veux pas avoir de regrets". Ce projet de retour à la compétition, comment il a été géré avec vos proches ?
C.E. : "D'abord, cela a été un échange avec moi même parce que je connais le processus par lequel il faut passer avant de ressauter. Il a fallu me remettre en forme, finir de soigner correctement mon genou. Je suis allée consulter le chirurgien qui m'a opéré et il m'a donné son feu vert. Cela a rendu les choses plus concrètes et j'ai pu parler de mon projet avec Niels Gouy, l'entraîneur du Comité du Dauphiné. Il a fallu aussi passer à une préparation physique plus intense que j'ai débutée au milieu de l'hiver dernier. Je n'ai communiqué à ce sujet qu'au compte-goutte mais les seuls à qui je n'arrivais pas à annoncer mon retour, c'était mes parents."
Vous aviez peur qu'ils vous tentent de vous dissuader de revenir ?
C.E. : "Non mais il faut comprendre que mes parents ont vécu à mes côtés ma blessure. Ils étaient avec moi quand le chirurgien m'a dit qu'il faudrait peut-être me couper la jambe car il n'était pas sûr de pouvoir la sauver. Donc il y a trop d'affects pour que je trouve le courage de leur dire en face". Et alors quel subterfuge avez-vous trouvé ?
C.E. : "Il se trouve qu'en septembre dernier, je me suis mariée et j'ai demandé au maire, que nous connaissons très bien, d'intégrer ce retour à son discours. Je n'avais jamais vu mon père pleurer, mais là, il s'est rattrapé en une après-midi !"On a parlé du contexte, et maintenant sportivement, vous en êtes où ?
C.E. : "J'en suis à peu près là où je m'étais imaginée. Je me sens super bien, je reprends de la puissance, je reprends de la force. Le genou va super bien, ce qui n'a pas forcément été toujours le cas sur les derniers mois parce que je l'ai sollicité intensément alors qu'il n'avait pas trop l'habitude de ça. Tout va dans le bon sens et aujourd'hui j'ai un genou qui est sain, qui est de plus en plus fort et surtout que j'oublie de plus en plus quand je m'entraîne, je n'y pense presque plus. Franchement, dans mon esprit, la blessure au genou n'existe quasiment plus. Maintenant, il y a le travail psychologique parce qu'on sait que le saut à ski se joue beaucoup dans la tête et de côté-là aussi ça va bien. Ca va dans le bon sens, je reprends confiance".
Le véritable enjeu, c'est la reprise de la compétition ? Vous allez remettre un dossard dans quelques jours?
C.E. : "Cela fait 13 ans que je n'ai pas mis un dossard, presqu'une vie d'athlète, donc du coup, à nouveau un dossard sur les épaules la semaine prochaine. Je suis inscrite pour la 2e étape du Summer Tour de saut à ski à Autrans le 31 juillet. Ce sera un Grand Prix d'été pour tous les athlètes seniors au niveau national, et puis il y aura toutes les équipes de France, donc ça, pour moi, c'est chouette, parce que ça va me permettre de savoir où j'en suis. Et en gros, à vol d'oiseau à 500 mètres de la maison".
C'est quoi l'objectif ? Revenir en équipe de France, disputer des manches de Coupe du monde ou même aller aux prochains Jeux Olympiques ?
C.E. : "J'ai envie de dire que pour moi, c'est déjà réussi. Le simple fait que j'ai réussi à ressauter et que tout aille bien, que mon genou ne m'ait pas gêné, et que je me fais plaisir quand je vais m'entraîner, j'ai déjà réussi mon projet. Tout ce qui arrive maintenant, c'est que du plus. J'ai forcément envie d'aller le plus loin possible, mais j'ai bien conscience aussi que le haut niveau a énormément progressé depuis 10, 15 ans, par rapport à l'époque où j'étais sur le circuit. C'est vraiment devenu professionnel aujourd'hui, ce qui n'était pas le cas quand je sautais".
L'autre grosse différence par rapport à votre "première vie" de sauteuse, c'est que maintenant, vous êtes aussi cheffe d'entreprise et mère de deux enfants… comment vous faites pour ajouter le saut à ski à votre emploi du temps ?
C.E. : "A vrai dire je me demande bien ce que je faisais de mon temps libre quand j'avais 20 ans ! J'avais l'impression d'avoir le temps de ne rien faire, de ne pas avoir le temps de me reposer, de profiter. Et finalement aujourd'hui, même avec les enfants, le boulot et les entraînements, j'arrive quand même à avoir des moments où j'ai l'impression de me poser. Donc je pense que c'est juste une question d'organisation. Maintenant, lors de mes temps de récupération, je suis avec les petits, mais au final ça me fait complètement déconnecter du reste, donc du boulot et des entraînements, je débranche et je trouve mon équilibre au milieu de tout ça".
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