Annonce de la retraite d'Alexis Pinturault - "Pinturault, c’était fabuleux, on se battait tous pour commenter ses courses"
Eurosport sur GoogleGauthier de Tessières et Johan Clarey, nos deux consultants, connaissent Alexis Pinturault sur le bout des doigts. Parce qu’ils l’ont côtoyé en équipe de France, parce qu’ils ont commenté ses courses et/ou parce qu’il fait partie de leur famille. Ces deux-là étaient les mieux placés pour revenir sur la carrière hors norme de celui qui vient d’annoncer sa retraite sportive ce samedi à Courchevel.
Pinturault : "Je savais que cette saison serait la dernière"
Video credit: Eurosport
Comment avez-vous vécu l’annonce de la retraite d’Alexis Pinturault ?
Gauthier de Tessières : J’ai un pincement au cœur. J’ai vécu quelques belles années avec lui sur le circuit. J’étais très impressionné par le personnage qui se construisait devant moi. On a vite vu qu’il n’était pas fait du même bois, c’était un vrai diamant brut. Sa conférence de presse m’a rappelé ses premiers souvenirs. Je suis nostalgique. Ça fait 13 ans que je travaille pour Eurosport, j’ai commenté ses courses, vécu ses médailles, tous ses globes. C’est beaucoup d’émotion, j’étais un de ses premiers supporters. Alexis, c’est une belle histoire.
Johan Clarey : Moi aussi, j’ai un gros pincement au cœur, d’autant que c’est mon beau-frère par alliance et qu’on se croise beaucoup en dehors du ski. On a une relation spéciale et on parle très peu de ski quand on se voit.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/03/14/image-ffeb4ae5-14a5-4a3f-95a3-b8af2801f02d.jpeg)
Alexis Pinturault a annoncé sa retraite ce samedi
Crédit: Getty Images
Vous qui avez été proches de lui, racontez-nous votre Pinturault parce que vous avez forcément une image très loin de celle qu’il donne au public.
G. de T. : Il aime déconner, il vit très bien dans les groupes. Bien sûr, c’est un garçon ultra-compétitif mais très respectueux. Malgré ses choix de s’entraîner dans sa cellule individuelle, on l’a tous adoré. Un jour, on va connaître son vrai visage. Il a toujours été réservé dans les médias en tant qu’athlète alors qu’il adore le sport, qu’il a toujours la banane. Mais il s’est construit comme ça. Dans la réserve, ça va être le genre de sportif qui va se révéler plus tard.
J. C. : Alexis, c’est un champion extrême avec une rigueur que peu d’athlètes sont capables d’avoir. C’est une machine à gagner et il se mettait des exigences folles. On n’était pas dans la même sphère. Il était ailleurs. Il avait besoin de se protéger dans sa communication. Aujourd’hui, maintenant qu’il a arrêté, il ne cherchera plus la lumière. Ce qui lui plaisait, c’était la gagne. La gloriole et la célébrité, il ne les cherchait pas et il se protégeait par rapport à ça. On entendra peu parler de lui maintenant. Il voulait être un champion. Il l’a été. C’est tout.
Pour moi, c’est le plus grand champion français de notre sport
Quelle trace laisse-t-il pour vous dans l’histoire du ski français ?
G. de T. : C’est un géant et il a gagné face à une concurrence folle que ni Lucho (ndlr : Luc Alphand) ni Jean-Claude Killy (ndlr : les deux autres vainqueurs du gros globe de cristal) n’ont dû affronter. Il est tombé sur Marcel Hirscher et Marco Odermatt, des cadors. Pour moi, c’est le plus grand champion français de notre sport. Il a gagné dans toutes les disciplines, sauf la descente. Il a gagné avec plusieurs marques de ski, sur tous les terrains. C’est hors norme.
J. C. : C’est vrai que c’est plus impressionnant parce qu’il était capable de gagner des courses face à Hirscher à son prime, qui reste un des plus grands champions de notre sport. Il a réussi à gagner ce gros globe avec une pression de fou sur lui. C’était la quête de sa vie. Alexis, c’est plus fort sur la longueur qu’Alphand qui n’a duré que trois ans. Le comparer à Killy, c’est plus compliqué parce que je ne l’ai pas connu. Mais c’est le plus grand de mes contemporains.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/03/15/image-110ad3ae-4daa-4264-84ec-fdb12f311da5.jpeg)
Alexis Pinturault avec tous ses trophées
Crédit: Getty Images
Le ski, le ski et sa compagne : c’était sa vie.
Pourquoi était-il plus fort que les autres ?
J. C. : Il avait tout. J’en connais beaucoup qui ont du talent mais lui avait du talent partout avec un physique de fou et un gros toucher de neige. Et par-dessus tout, un mental de champion. Il a gagné dans cinq disciplines, c’est dingue.
G. de T. : Il vivait pour son sport en faisant une croix sur sa vie sociale. Le ski, le ski et sa compagne : c’était sa vie. Il avait un don naturel depuis tout jeune. Quand je l’ai vu débarquer à 18 ans, c’était dingue sur les skis. Il nous a tous pulvérisés alors qu’il avait 18 ans et qu’on était au meilleur de notre forme. Après, il est allé piocher dans tout ce qui se faisait de mieux en termes de préparation ou de matériel. Il est allé chez Head, c’est un choix de champion alors qu’il aurait pu gagner plus d’argent ailleurs. Tout tournait autour de la performance, il ne s’est jamais contenté de quelque chose de moyen. C’est un mec très intelligent qui a parfaitement structuré son environnement.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2022/02/04/3303255-67545368-2560-1440.jpg)
Pinturault, en route pour étendre sa trace dans l'histoire du ski français
Video credit: Eurosport
Le fait d’avoir sa fille et sa blessure au genou, ça a cassé son projet
Sa blessure en 2024 a semblé faire basculer sa carrière. Est-ce qu’elle explique aussi sa retraite annoncée ce samedi ?
G. de T. : Oui. Jusque-là, rien ne l’arrêtait. Alexis, c’était un gars invincible, indémontable. Un jour, il m’a dit : "Je pensais que ça n’allait jamais m’arriver." Il ne se blessait jamais ! Il repoussait ses limites, prenait des risques et ça commençait à devenir chaud. Sa chute à Wengen intervient juste après la naissance de sa fille. Il y a eu un déséquilibre dans son quotidien et peut-être dans sa tête. Sa blessure lui a fait peur, je me souviens du cri qu’il pousse. Sa première blessure à 33 ans a été un choc mental et ça a cassé son ascension. Il est devenu humain et plus fragile. Le fait d’avoir sa fille et son genou, ça a cassé son projet.
J. C. : Pour moi, le tournant, c’est quand il gagne le gros globe en 2021. C’était la quête de sa vie. Après, ce n’était plus le même. Il avait moins d’exigence et de rigueur derrière. Ça n’a plus jamais été le même Alexis.
Est-ce que l’absence de titre olympique jette un voile sur sa carrière ?
J. C. : C’est dur qu’il ne l’ait jamais gagné. Parce que, pour le grand public, il lui manquera ça. Mais à un moment donné, ça reste assez secondaire.
G. de T. : Pour être honnête, j’avais oublié. Si tu veux trouver la petite bête... Mais Luc Alphand ne l’a pas non plus. Ça aurait pu être parfait. Mais le plus beau de tout ça, c’est le gros globe.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2023/02/10/3548570.jpg)
Alexis Pinturault
Crédit: Getty Images
J’étais à côté de ma femme qui a pleuré comme une madeleine, il jouait sa vie
Si vous deviez garder une image de sa carrière ?
J. C. : La deuxième manche de Lenzerheide pour gagner le gros globe. Il joue toute sa carrière, sa vie sur une manche de géant. S’il se met au tapis, il perd tout. Il est monstrueux. Il a sorti une victoire avec une pression de dingue. J’étais à côté de ma femme qui a pleuré comme une madeleine. Il jouait sa vie.
G. de T. : Moi aussi, le moment où il gagne le gros globe, le jour de ses 30 ans et ça conclut une carrière magnifique. C’est le Graal, le sommet de l’Everest. Il gagnait toujours avec panache, c’était fabuleux à regarder Pinturault. On se battait pour commenter ses courses. C’était mythique, on était tous excités de voir ses duels avec Hirscher. On vivait des grands moments de l’histoire du ski alpin. Bien sûr, Hirscher a gagné le duel mais on a vibré. Les courses étaient magnifiques, ils n’avaient pas de marge, les deux étaient à fond. Ce n’était pas comme aujourd’hui où Odermatt survole tout le monde.
Sur le même sujet
Publicité
Publicité
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/09/29/image-0d9a2867-5b88-48af-85a5-1582b2b9bb4e-68-310-310.jpeg)