Ancien entraîneur du groupe technique de l’équipe de France, Stéphane Quittet s’est reconverti dans la préparation mentale. Depuis deux ans, à la demande de la Direction Technique Nationale, il travaille auprès des lycéens d’été du Centre National d'Entraînement d’Albertville pour “développer leurs habiletés mentales”, à travers des cours hebdomadaires d’une heure qu’il assure en compagnie de cinq autres préparateurs mentaux.
Sa mission ne se limite pas aux jeunes. Au printemps dernier, à la demande de Romain Velez, le préparateur physique du groupe technique messieurs, il animait notamment une table ronde réunissant tous les entraîneurs des équipes de France de ski alpin. “C’était très intéressant, on a pu faire un échange d’expériences sur des thématiques comme la gestion des émotions au départ, raconte-t-il. Quand on peut le faire, on essaie de mutualiser les compétences sur les aspects mentaux.
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Ski alpin
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04/06/2021 À 13:29

Alexis Pinturault

Crédit: Getty Images

Un entretien d’une heure avec la FFS et une charte d’intervention à signer

Il l’assure : “Les mentalités ont vraiment évolué. Les athlètes en parlent de plus en plus ouvertement, et pas qu’en ski. C’est beaucoup moins tabou. La prépa mentale, dans l’imaginaire, ce n’est plus ce truc un peu ésotérique. Aujourd’hui, on prépare son physique, on se prépare techniquement, et on prépare son mental. Toutes ses choses sont liées. On ne peut pas faire sans ça.” A l’inverse de certains sports, les équipes de France de ski alpin n’intègrent pas de préparateur mental dans leur staff. Cela relève de la démarche individuelle, souvent aux frais des skieurs. “Il n’y a rien qui est imposé, décrit Stéphane Quittet. Ce sont les athlètes qui décident de façon individuelle de bosser ou non avec un spécialiste.”
Le département sportif et scientifique, géré par Nicolas Coulmy, leur met à disposition une liste de “personnes ressources” qui pour être accréditées doivent passer un entretien d’une heure avec la FFS et signer une charte d’intervention. “On a commencé à mettre en place cette liste en 2009, explique Nicolas Coulmy. En fonction de la problématique présentée par l'athlète, on va lepréorienter non pas sur une, mais plusieurs personnes, en fonction de ses besoins, mais aussi de la proximité géographique et du tarif.” "Ça a été une bonne chose mise en place, apprécie Cyprien Richard. Car en cherchant tout seul de ton côté, tu peux tomber sur des gourous, des gens qui peuvent te faire perdre beaucoup de temps ou te faire vriller.
Ce “garde-fou” assuré par la fédération n’existait pas encore du temps où le géantiste végétait en Coupe d’Europe, au début des années 2000, empêtré dans ses doutes et une succession de blessures. Livré à lui-même, à une époque où le sujet était encore tabou, c’est en “catimini”, en feuilletant “les pages jaunes” qu’il a fini par tomber sur Karine Edouard, la préparatrice mentale qui l’a accompagné vers les sommets, quatre podiums en coupe du monde dont une victoire à Adelboden et un titre de vice-champion du monde en 2011. “J’ai eu la chance de tomber sur elle” estime le Haut-Savoyard de 42 ans, qui depuis son retrait du circuit en 2016 gère un magasin bio à Morzine avec sa femme et entraine un groupe de jeunes skieurs suisses. Il nous a raconté son “histoire particulière”, qui a contribué à ouvrir une brèche dans le monde du ski français. “On peut dire que c’est avec Cyprien que j’ai découvert la préparation mentale”, reconnaît d’ailleurs Stéphane Quittet.

Cyprien Richard en 2011

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Racontez-nous ce processus qui vous a poussé à vous faire accompagner par un préparateur mental, une démarche singulière au début des années 2000…
Cyprien Richard : J’ai été très bon chez les jeunes, et à partir de juniors, j’ai subi beaucoup de blessures. Mon parcours est atypique, je suis resté 7 ans dans le groupe Coupe d’Europe, j’ai dû attendre mes 29 ans pour faire mon premier podium… Pendant ces années de galère, j’ai cherché des solutions pour éviter de prendre le mur. Quand tu rentres estropié chez toi une fois, ça va. Mais plusieurs fois, ça marque. Je l’ai payé de ma chair. Et même pour les skieurs passionnés, au bout d’un moment, ça peut vraiment être rédhibitoire. On peut avoir peur. On se pose des questions : est-ce que tout ça vaut vraiment le coup ?
Que proposait la FFS, à l’époque, pour vous accompagner ?
C.R. : C’était vraiment peau de chagrin. On avait une psychologue du sport qui venait de finir ses études. Elle voulait nous expliquer comment faire pour se sentir mieux, en nous mettant dans du coton, en nous valorisant… Mais au moindre accroc, vu que l’on ne traitait pas la cause du problème, je me retrouvais plus bas qu’au point de départ. Tu peux en être aigri. Et triste, aussi.

La dimension mentale de la performance à l’époque se réduisait à cela ?
C.R. : Oui, et ce n’était franchement pas intéressant. L'État français demandait à chaque fédération de faire remplir à ses athlètes un questionnaire établi par une psychologue du sport. C’était obligatoire. La fédé faisait donc ça. A chaque visite médicale, on avait ce questionnaire. On en rigolait entre nous : mais pourquoi nous font-ils perdre une demi-heure à remplir ce truc ? On prenait ça vraiment à la légère. Ce n’était pas du tout constructif pour notre carrière. Et ça, c’était un réel manque à cette époque-là. Un réel manque.

Cyprien Richard en 2012

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Vous avez donc fini par essayer de trouver une solution ailleurs, de manière autonome, presque secrètement.
C.R. : Oui. C’était souvent fait en catimini, en le cachant aux entraîneurs. Car à l’époque, c’était perçu comme un aveu de faiblesse. Dans le ski, un sport un peu gavé de testostérone, quand tu dis :”attends, je vais me faire aider par une minette qui va me donner des clés”, tu imagines bien les réactions… Et je suis sûr que c’est encore le cas dans d’autres sports. C’est le problème des sports à risque. D’un côté, on te demande de t’engager fort. Et de l’autre, on ne te donne pas tous les outils, ou tout du moins on ne te les propose pas, pour t’engager de manière exceptionnelle, mais aussi de manière sûre et la plus réfléchie possible. Chez les descendeurs, ceux qui font des carrières, ce ne sont pas les plus fous. Au contraire. Ce sont ceux qui empilent les assiettes progressivement. Ceux qui veulent brûler les étapes, en général, ils ne tiennent pas longtemps.
A l’étranger, vous sentiez qu’ils étaient en avance sur ce plan ?
C.R. : Oui, clairement. Chez les anglo-saxons, la prépa mentale, c’était déjà dans les moeurs. Je me souviens de Bode Miller, des Américains. Ils étaient vraiment entourés sur ce plan-là. Les Américains hurlaient dans la cabane de départ et on se fichait de leur tête :”Mais qu’est-ce qu’ils font ces cons !” Nous, on n’aurait jamais osé lever le petit doigt dans la cabane. Et eux, ils se libéraient comme ça. Plus tard, j’ai compris que ce cri est un moyen de lâcher prise quand tu es trop dans la réflexion. C’est maintenant une technique universelle. Et nous, à la base, on rigolait d’eux… C’est assez marrant rétrospectivement, de voir l’évolution.
Comment avez-vous fait la rencontre de Karine Edouard, qui a été votre préparatrice mentale de 2006 jusqu’à la fin de votre carrière, en 2016. Par le bouche-à-oreille ?
C.R. : Pas du tout. Je ne connaissais aucun skieur qui avait un préparateur mental. C’est vraiment une coïncidence. Lorsque je me suis cassé le genou pour la deuxième fois, en 2005, j’ai commencé à chercher d’autre solutions. Techniquement je me sentais fort. Physiquement, j’étais au top. Je me disais que mentalement, il y avait peut-être des choses à creuser. Mais à la base, comme 99% des skieurs, j’étais plutôt réfractaire à ce genre de démarches. Quand on m’en parlait, je disais : “non, non, il n’y a pas de souci, je suis un roc !” A l’époque, en 2005-2006, c’était quand même compliqué de trouver quelqu’un de spécialisé dans le sport. J’ai essayé pas mal de choses, des sophrologues, de la PNL (programmation neuro-linguistique), des techniques de relaxation, d’hypnose… J’ai fait le tour de ce qui se faisait. Mais sans réellement accrocher.
Pourquoi n’accrochiez-vous pas ?
C.R. : Dans la salle d’attente, je me trouvais entre des adolescents dépressifs et un couple en instance de divorce. Mais moi, en tant que sportif de haut-niveau, je n’avais pas du tout l’impression d’être malade ! Je voulais trouver quelqu’un qui était spécialisé dans le sport. J’ai pris les pages jaunes, j’ai regardé ce qui se faisait pas loin de chez moi, autour du Mont-Blanc. Et je suis tombé sur elle. J’ai eu de la chance, c’était déjà la 6e spécialiste différente que je consultais… C’était la bonne personne. Au bon moment. Car à 20 ans, si l’on m’avait présenté Karine, ça ne l’aurait surement pas fait, car je n’aurais pas eu du tout l’impression d’avoir un manque. Mais à 27 ans, c’était une tout autre histoire ! Elle était à Sallanches, intervenait dans des sports olympiques d’été, comme la lutte, le judo, la boxe. Elle était d’ailleurs entraîneur BE2 en boxe. Mais elle n’était pas du tout dans le ski. En discutant, le challenge lui a plu. Elle a vu en moi un fort potentiel. Et on a fait un deal ensemble. Elle m’a dit : ”Allez, je suis sûr que je peux t’amener là-haut, mais par contre ça ne va pas être facile tous les jours…” Et c’est vrai, ça n’a pas été facile tous les jours ! C’étaient des heures et des heures de travail, de parole, pour essayer de creuser. Surtout que j’ai un peu la tête dure. Donc avant d’accepter certaines choses...
Comme quoi ?
C.R. : Quand on te dit que t’as un gros nez, tu sais très bien que tu l’as, mais tu ne veux pas le faire voir, tu vas enfouir cela au plus profond de toi. Et si tu ne l'acceptes pas, ton ego finit par prendre cher… Imagine : tu es au départ de la seconde manche aux JO, tu joues la gagne, et un autre coureur te balance que t’as un groz nez. Ça peut te faire passer à côté d’une énorme performance. Mais moi, j’aurais rigolé, car j’ai fini par l’accepter : je ne suis pas parfait. Ça n’a l’air de rien, mais ça fait partie des petits trucs qui te permettent d’être plus fort le moment venu. Et ça, ça s’est révélé vraiment une force supplémentaire, indispensable, pour moi et ma carrière.
Comment votre collaboration se déroulait-elle ?
C.R. : Il y avait des rendez-vous chaque semaine, ça pouvait durer 2h comme 5 à 6h parfois, surtout au début. Il y avait aussi des coups de téléphone à certains moments, quand je ne pouvais pas me déplacer ou que j’étais en compétition. C’est devenu presque quotidien au cours du temps. Puis j’ai fini par en parler à mes entraîneurs. Elle s’est proposée pour faire le lien, en tant qu’entraineur mental, avec l’entraineur physique et l’entraineur technique. Mais ça n’a pas du tout été simple. Car dans le milieu du ski, c’est assez tabou. L'entraîneur technique pouvait penser : ”Qu’est-ce qu’elle fout ? Elle va prendre ma place, etc…”. Et c’était dommage. Car si les trois personnes qui t’entrainent se connaissent et échangent, ça peut faire gagner énormément de temps à l’athlète. Cela a été quelque chose d’hyper compliqué à mettre en place. Et à assumer, surtout, dans mon équipe et auprès même de mes coéquipiers.
Leur regard a fini par changer.
C.R. : Pour moi, c’est assez clair, c’est le travail avec ma prépa mentale qui m’a fait décoller. J’ai commencé en 2006 avec elle. J’ai fait ma meilleure saison cinq ans plus tard, en 2011 (où il a décroché sa victoire à Adelboden et son titre de vice-champion du monde). Petit à petit, voyant que mes résultats s'amélioraient grâce à cela, mes coéquipiers ont fini par s’y intéresser. Et à un moment donné, toute l’équipe de géant travaillait avec Karine ! Alexis Pinturault, Mathieu Faivre et Thomas Fanara… C’était une révolution, par rapport à sept ou huit ans plus tôt. Aujourd’hui, ils ne collaborent plus avec elle. Son but, et ça marche, c’est de rendre les athlètes autonomes, surtout pas dépendants.
Et quand vous étiez tous suivis par Karine Edouard, était-elle intégrée dans le staff ?
C.R. : Pas du tout. C’était le point dur dans notre sport. Les relations, même si elles sont posées sur la table, demeurent un peu biaisées. On est toute l’année avec notre entraîneur technique, notre entraîneur physique. Mais pas avec notre entraîneur mental. Ça se faisait à distance, dans l’échange avec nos entraîneurs. Certains ont joué le jeu, pris le truc à bras-le-corps, mais certains n’y ont pas du tout cru. Certains qui aujourd’hui travaillent dans ce domaine-là, au sein de la FFS, étaient vraiment réticents. Cela veut donc dire que les choses ont fini par bouger, et tant mieux. Les personnes ont évolué et compris que ça pouvait aider. L’encadrement a pris acte du fait qu’on travaille chacun avec des personnes autour. Il y a désormais une liste de spécialistes agréés par la fédé. Chaque skieur peut piocher un nom, sélectionner le profil qui correspond à ses besoins. Car effectivement, imposer un seul profil, c’est assez réducteur, et le spécialiste, aussi bon soit-il, peut ne pas convenir à tel ou tel athlète.
Depuis deux ans, vous entrainez auprès de jeunes Suisses du groupe NLZ Ouest. Sentez-vous la nouvelle génération mieux éduquée, plus sensibilisée à l’aspect mental de la performance ?
C.R. : Oui clairement, ça a changé. C’est vraiment dans l’ordre des choses. Moi, j’utilise mon expérience d’athlète, sur ces aspects mentaux, pour essayer de leur procurer une construction au quotidien, d’évoluer étape par étape pour progresser. Tous les sportifs parlent beaucoup plus librement de leur accompagnement mental. On voit dans la presse beaucoup d’articles de champions qui parlent de ça, les jeunes lisent aussi ces articles, c’est rentré dans les moeurs. Ça fait partie aujourd’hui de la vie du sportif de haut-niveau.
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