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Cyprien Sarrazin : "Avant le coucher, je me suis imaginé refaire de la descente, j’en avais des frissons"
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Mis à jour 09/10/2025 à 19:56 GMT+2
Cyprien Sarrazin ne courra pas cet hiver. Au siège de son équipementier, le double vainqueur de Kitzbühel espère toujours revenir et goûter à nouveau aux sensations qui le transcendent. Après le décès récent du jeune Italien, Matteo Franzoso, le Français a aussi quelques idées pour renforcer la sécurité sur les pistes, en course mais également lors des entraînements.
Sarrazin : "Créer des lieux d'entraînement sécurisés et limiter les heures de ski"
Video credit: Eurosport
Par François-Xavier RALLET
Fin août, vous avez annoncé que vous ne courrez pas l'hiver prochain. Comment avez-vous vécu ce moment, cette annonce ?
CYPRIEN SARRAZIN : Ça m'a offert du temps. Pour la première fois de ma vie, j'ai le temps. Encore faut-il bien l'utiliser. Même si au début, c'était un peu difficile : je voulais que les étapes s’enchainent vite, très vite. Mais il faut se rendre à l’évidence : tout se passe lentement, mais ça avance. C'est déjà positif, mais ça avance lentement, notamment la guérison de mes genoux. Tout le reste, la tête, la double vision, c'est allé extrêmement vite et ça, c'est trop cool.
CYPRIEN SARRAZIN : Ça m'a offert du temps. Pour la première fois de ma vie, j'ai le temps. Encore faut-il bien l'utiliser. Même si au début, c'était un peu difficile : je voulais que les étapes s’enchainent vite, très vite. Mais il faut se rendre à l’évidence : tout se passe lentement, mais ça avance. C'est déjà positif, mais ça avance lentement, notamment la guérison de mes genoux. Tout le reste, la tête, la double vision, c'est allé extrêmement vite et ça, c'est trop cool.
Que faites-vous aujourd’hui comme activités sportives ?
C.S. : Je peux tout refaire comme avant et petit à petit, je découvre à nouveau des sensations, elles sont toujours là. Le "moi", le Cyprien d'avant est toujours là, et même encore plus, parce que j'ai moins cette pression et ce truc qui m’obligeait à être dans le rush constamment. Là, j'avance grâce au plaisir, je refais des choses que j'aime faire.
C’est-à-dire ?
C.S. : Du trial, par exemple. On peut dire que c'est chiant le trial, mais ça fait des années que je n'en avais pas fait, et d'un coup, tu y retournes. Tu te dis que tu peux faire quatre heures de trial, et ça passe. Un peu de descente de VTT aussi. Il y a quelques semaines, je suis venu voir la Coupe du monde (aux Gets, fin août), je ne pouvais pas en faire car j’avais trop mal (aux genoux) mais aujourd’hui, je pourrais si je le voulais. Il y aurait des douleurs, mais je pourrais. Mais, je m’abstiens car je n’ai pas envie de souffrir. Aujourd’hui, les douleurs s’estompent donc la semaine prochaine, je pense que je vais sortir le VTT électrique (il sourit)…
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Cyprien Sarrazin
Crédit: Getty Images
Et puis vous avez essayé un nouveau sport…
C.S. : Oui, je me suis mis au ski-roue (rires). C'est la seule façon de glisser, même si on roule finalement, mais c'est un peu la même chose. C'est bien plus chaud que le ski, notamment les descentes. C'était sympa. J'ai partagé ça le 14 juillet dernier avec l'équipe de France de ski de fond et quelques biathlètes, en style classique. C’était une première pour moi.
Une éventuelle reconversion à venir ?
C.S. : Non, non (rires)... Je m'amuse simplement. Même si s'amuser en ski-roue, ce n’est pas facile. Mais le point positif, c’est que les bonnes sensations sont là. On a bien rigolé. C'était sympa.
Aujourd’hui, à quoi ressemble une journée-type de Cyprien Sarrazin ?
C.S. : Ça dépend. Si j'ai des sollicitations, je me réveille assez tôt. Sinon, je dors longtemps. Ces derniers temps, j'étais à Hauteville. J’avais des programmes à suivre. Entre deux programmes, j’ai profité de quatre semaines. Pendant ce laps de temps, j'ai fait à peu près ce que je voulais. Je retrouve une vie de sportif normale. Je fais de l’aérobie avec qui je veux, je partage un peu ces journées-là avec quelqu’un que j’aime. C’est sympa. Et ça me fait du bien. Dans quelques jours, je vais retourner voir ma famille aussi. Je veux retrouver une vie normale, sans trop de contraintes.
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Sarrazin : "Je ne suis pas passé loin de ne plus être là"
Video credit: Eurosport
Et mentalement, comment allez-vous ?
C.S. : Mentalement, j'ai besoin de fraîcheur. Je suis un mec qui fonctionne comme ça. Quand tout va bien mentalement, derrière, tout déroule. On l’a vu il y a deux ans (ses deux victoires à Kitzbühel). Donc je vais continuer de faire comme ça. Et en plus de ça, je vois des avancées positives au niveau des genoux. Je viens de terminer une deuxième phase de rééducation à Hauteville avant de revenir au CNE (à Albertville). Faire un bilan avec les coaches, donner des nouvelles aux techniciens… Mais le ski, ce n’est pas pour tout de suite. Il faut être prêt physiquement, pour mettre en place la suite, et avancer au mieux.
Quand vous vous levez le matin, où se situe votre motivation d’athlète ? Qu’est-ce qui vous donne la force d’envisager un éventuel retour ?
C.S. : Des petites choses du quotidien. Par exemple, avec mon sponsor Silex, on est allé faire une opération sur un circuit. Les sensations m’ont fait un bien fou. Aller chercher un chrono, une trajectoire, ce fameux petit truc derrière lequel on court en compétition. Je me suis rendu compte que c'était toujours là, toujours en moi. Aller chercher ce petit réglage et cette adrénaline. C’est ça qui me donne envie d’y retourner, de vivre ces émotions et les sensations que j'ai eues sur les skis.
Ça fait du bien d’en profiter pleinement ?
C.S. : Oui, car je me dis que j'ai la chance d'être vivant déjà. D'être là, de pouvoir faire à peu près ce que je veux. Je me réveille et le premier truc que je me dis, c'est : "Aujourd'hui j'ai un peu moins mal au genou." Je fais un premier check-up pendant que je sors du lit. Le bourdonnement que j’ai dans la tête concerne mes genoux et uniquement ça… Je travaille pour le faire disparaître.
Et quand vous fermez les yeux au moment du coucher, à quoi pensez-vous ?
C.S. : A deux ou trois reprises, je me suis imaginé refaire de la descente, j’en avais des frissons.
C’est bon signe, ça ?
C.S. : Oui, c’est cool (rires). Cette pensée, je l’ai eue il y a peu de temps. Donc oui, ça m’anime toujours. Mais tout ne tourne pas autour du ski. Et ça c'est aussi cool de se dire qu'il y a autre chose à côté. La vie. Et quoi qu'il arrive, même si je n'arrive pas à revenir à mon top niveau et sur des skis, ce ne sera que du bon aussi derrière. Tout ce que j'ai fait, je ne l’ai pas fait pour rien. Je ne suis pas dévalorisé parce que je ne fais plus de ski maintenant. Au contraire.
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Cyprien Sarrazin
Crédit: AFP
Mesurez-vous le nombre de personnes qui espèrent votre retour ?
C.S. : Bien sûr. Je remercie d’ailleurs chaque personne qui me donne des "good vibes". Mes sponsors, l'armée pour son soutien, ma famille, les journalistes aussi qui prennent le temps de me valoriser, comme vous, en tant qu'humain et sportif. Alors que de mon côté, je suis le premier à dire que mes genoux ne fonctionnent plus et qu'ils ne peuvent pas me permettre de faire des choses comme j’ai pu en faire dans le passé. Mais il y a quand même de belles choses à envisager et il faut profiter d’être là. Certains n’ont pas eu cette chance, certains ne sont plus là non plus…
Les accidents sont malheureusement fréquents dans votre sport. La mort s’invite parfois aussi. On compte de nombreux décès depuis douze mois. Et la sécurité est remise en question un peu plus à chaque fois…
C.S. : Sur les épreuves de Coupe du monde, tout est hyper sécurisé. C’était le cas à Bormio quand j’ai eu mon accident et pourtant j’ai quand même manqué de mourir. Tout peut arriver tout le temps. La préparation des pistes, les conditions de neige rendent notre sport dangereux. On le sait.
L’Italien Matteo Franzoso s’est récemment tué lors d’un entraînement.
C.S. : Sa disparition m’a touché. Ça m’a mis un coup. Je le connaissais bien. Les lieux d'entraînement ne sont pas sécurisés comme des manches en Coupe du Monde. On le sait mais si on commence à penser à ça, on ne s’en sort pas. Mais c’est sûr que c’est loin d’être "safe". Il faut en être conscient. Mais si on ne pense qu’à ça, il faut changer de sport. Même si j’ai une vision un peu différente aujourd’hui, car j’ai un peu de recul.
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Matteo Franzoso
Crédit: Getty Images
Qu’est-ce qui peut être fait ?
C.S. : Il y a des choses qui prendront du temps : changer les casques, utiliser d’autres airbags, mettre de nouvelles normes par exemple. En revanche, il y a une décision qui peut être mise en place très rapidement : créer des lieux d’entraînement sécurisés et limiter les heures de ski, comme ce qui est fait en Formule 1. Ce qui limiterait les conditions piégeuses et rendrait la préparation un peu plus équitable aussi.
Faut-il aussi plus de communication entre les différentes parties ? Discutez-vous entre skieurs, avec la FIS ?
C.S. : Il ne faut pas attendre qu'il y ait des morts pour parler de la sécurité. On aurait dû le faire bien avant, nous les skieurs en premiers. Moi, je suis fautif aussi, je prends le départ, j'accepte tout ça. Doit-on se réunir, se concerter ? Sûrement. La communication, c’est le point de départ pour trouver des solutions. On doit avancer tous ensemble. Jusque-là, je ne me sentais pas encore légitime de proposer des choses. Mais si on vient me poser la question aujourd’hui, je saurai quoi dire et proposer. On ne peut pas prendre ce sujet à la légère. On parle de vie humaine, là…
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