La libération

"Ce qui est sûr, c'est que, partant lors du dernier géant, l'objectif, c'était de gagner la course. Parce que, au-delà du gros globe, je voulais aussi celui du géant. C'était très serré entre Marco et moi, donc je n'avais pas beaucoup d'options. Je devais gagner, ou faire au pire deuxième. Donc mon objectif, c'est vraiment la course. Après, en cascade, cette victoire pouvait m'apporter beaucoup de choses différentes.
Je n'ai jamais cru que c'était gagné. Même après Chamonix, oui j'ai 317 points d'avance mais c'est à un moment de la saison opportun pour moi. Il y avait eu moins d'épreuves de vitesse, je savais qu'il y aurait un rattrapage. Moi, Garmisch, je n'y étais pas et Garmisch, c'était 200 points. Ça pouvait vite revenir. Donc 317 points, ça voulait tout et rien dire à ce moment-là de la saison. L'essentiel, c'est qui gagne les petits globes et le gros globe à la fin de l'hiver. On a eu beaucoup d'exemples où des grands champions ont gagné ou perdu des globes à la dernière course.
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Sur le moment, après le dernier géant, c'est beaucoup de bonheur. Ensuite, il y a la fierté d'avoir accompli un rêve de gosse et une certaine forme de relâchement. Pour moi, gagner le gros globe de cristal, c'était un objectif de carrière que je voulais atteindre. Pouvoir le toucher du doigt, c'était beau. Ce sont les émotions que nous véhiculons qui nous rendent heureux. Le côté historique de la chose, je ne le réalise pas forcément pour le moment, je vis surtout le moment présent. Mais le ramener à l'histoire du sport, j'ai plus de mal."

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L'hommage de ses pairs

"Ce sont des grands noms du ski, ça fait plaisir. Lucho (Luc Alphand, NDLR) notamment, qui m'a suivi depuis longtemps. Il a toujours été très présent dans le milieu du ski, il m'a toujours écrit différents messages pour me féliciter. Cette année, il m'a beaucoup écrit pour me soutenir dans cette quête du gros globe. C'était super d'avoir son soutien.
Ted Ligety, il fait partie des athlètes qui ont le plus de victoires et de globes en géant, c'est certainement un des plus grands géantistes et il le restera pendant des années. Puis Marcel Hirscher, personne n'a besoin de le présenter, c'est probablement la plus grande légende de notre sport. Je me suis beaucoup battu pour essayer de le dépasser, il m'a beaucoup appris dans la confrontation, ce sont des grands moments de partage et de sport, j'en garderai un souvenir indélébile toute ma carrière et toute ma vie."

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La gestion du doute

"Avant le géant des finales, j'ai réussi à mettre toute la pression de côté, celle que j'avais pu subir à Kranjska Gora, de la part de mon entourage et, surtout, de mon encadrement, de David Chastan notamment. La veille du géant de Lenzerheide, on fait la réu (réunion, NDLR) habituelle de veille de course et après, David vient me voir, ce qui ne lui était jamais arrivé de l'hiver. Il ne l'a fait qu'à Kranjska Gora et aux finales. Sauf qu'à la finale, je lui ai dit "Ne t'inquiète pas, occupe-toi de tes affaires, je m'occupe des miennes. Garde ta pression pour toi, je m'occupe de la mienne et on verra ce qui se passe demain." A Kranjska, ça ne s'était pas passé comme ça. Il avait pris la parole, je n'avais pas réagi et ça m'avait raidi plus qu'autre chose. Il n'y a pas que David, il y a beaucoup de choses autour de moi qui m'ont raidi et ne m'ont pas permis de skier de la manière dont je voulais. Mais j'ai beaucoup appris dans cette dernière semaine."

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Le globe se gagne aussi (surtout) quand ça va moins bien

"L'hiver est très long. Il y a tellement de faits extérieurs qu'on ne va pas forcément maitriser. Il faut savoir faire le dos rond et concrétiser à tout prix quand les choses se passent au mieux. Le gros globe, c'est dans les moments les plus difficiles qu'on le construit, dans les journées où on est fatigué, on n'a pas envie d'être là parce qu'on ne se sent pas en forme, la tête est moins présente, le corps ne suit plus. C'est dans ces journées-là qu'on doit repousser les limites.
Ce n'est pas vraiment de la retenue, c'est savoir être conscient de l'état dans lequel on est. Quand j'étais plus jeune, même fatigué, j'essayais de tout donner alors que je n'étais pas en état de parer à toute éventualité sur la piste. Or quand on est fatigué, on réagit moins vite. Et si on n'a pas conscience de ça et qu'on va à fond, on va faire plus de grosses fautes, on va sortir plus facilement. Cette année, il a fallu accepter par moments d'être fatigué, de skier un peu moins vite. Mais même dans ces moments-là, j'ai réussi à faire des résultats et même un podium, en géant, à Bansko. Quand on joue des globes, c'est extrêmement important."

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Adelboden, le chef-d'œuvre

"On n'est jamais imbattable, mais à "Adel", il y a cette sensation de plénitude. Tout nous réussit, beaucoup de choses sont alignées, notamment au niveau du matériel. Ça fait partie de ces courses où on se sent en adéquation avec le matériel. Les conditions de neige me correspondaient parfaitement aussi. Grace à tout ça, j'ai pu m'exprimer à ce niveau-là et reléguer mes concurrents à plus d'une seconde. Mais on fait un sport d'extérieur. Les conditions changent, les pistes changent, la neige change. Dès fois ça sourit à 100%, comme c'était le cas à Adelboden. Puis dès fois ça sourit un peu moins, mais comme je le disais, c'est dans ces journées où c'est plus compliqué qu'on construit les globes."

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Un hiver sans public

"Ça a été un crève-cœur toute la saison de ne pas avoir de public. Mais on doit se rendre compte que nous sommes très chanceux. Nous avons eu un hiver normal, avec autant de courses qu'à l'habitude, et ça c'est fabuleux, il faut le souligner. Nous, sportifs, sommes des privilégiés. Ce n'est pas le cas de la France en général, de l'Europe en général. Nos stations le vivent au quotidien, l'hiver a été très difficile pour elles, il a été très difficile aussi pour la fédération française de ski. Nous, on a de la chance."

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La construction d'un champion

"Il y a eu des grands moments de doutes dans mes premières années. Quand on nous donne notre chance et qu'on sort beaucoup de la piste... Mais c'est ça, le ski alpin. Il est difficile de se faire sa place, de marquer des points. Moi, j'ai très vite été très rapide, mais les huit premières épreuves que j'ai pu faire, j'ai abandonné. Je donnais tout, un peu trop certainement, j'avais un trop gros cœur et je passais à côté. On est jeune, alors on doute, on se dit 'Est-ce que ça va durer ? Est-ce qu'ils vont finir par mettre quelqu'un d'autre à ma place ?' Il faut la confiance de l'encadrement. C'est très important et j'ai pu compter dessus, sur David Chastan notamment, qui m'a beaucoup aidé. Il m'a vu grandir."

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Sa personnalité : discrétion et protection

"De nature, je suis quelqu'un d'assez pudique, donc je ne vais pas me lâcher devant tout le monde, avec des gens que je connais moins. Mais avec mes proches, oui, ça m'arrive souvent ! En vieillissant, j'arrive à m'en foutre un peu plus de ce qu'on peut dire de moi ou percevoir de moi. Je me connais, je sais de quoi j'ai envie et besoin et mon image extérieure me dérange beaucoup moins.
Les montagnards ne sont pas les plus expressifs, nous sommes connus pour garder beaucoup de choses pour nous. Nous ne sommes pas forcément très communicatifs. Il y a aussi une forme de protection avec les réseaux sociaux, les choses peuvent aller très vite et partir dans tous les sens. Je n'ai pas envie de donner trop de choses de ma vie. C'est important de garder vie privée, mon intimité, tout ce qu'on perd de plus en plus avec réseaux sociaux. Ça ne m'intéresse pas de faire de télé réalité."

Alexis Pinturault et le gros globe

Crédit: Getty Images

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