Ski Alpin - "Ça peut être catastrophique" : Lindsey Vonn, une prothèse en titane et tellement de risques
Par Glenn Ceillier
Publié 20/12/2024 à 22:50 GMT+1
Lindsey Vonn va reprendre la compétition ce week-end à Saint-Moritz avec les deux super-G. Un retour très attendu de l'Américaine de 40 ans six ans après son arrêt. Et l'un des points d'interrogation réside dans sa prothèse en titane au genou qui lui a permis de revenir. Mais qui n'est pas sans risque, comme nous l'expliquent les médecins, Bertrand Sonnery-Cottet et Stéphane Bulle.
Avant son retour, Vonn joue les guest stars... et signe un temps digne d'un Top 20 !
Video credit: Eurosport
Une prothèse, mais de quel type ?
Lindsey Vonn avait mis un terme à sa carrière à 34 ans en février 2019. Elle avait dit stop en raison d'un "corps brisé au-delà du raisonnable", après une énième blessure. Mais la spécialiste des épreuves de vitesse, victime de dégénérescence tricompartimentale, a pu reprendre le ski "sans douleur" cet été après une nouvelle opération au genou droit au printemps. Une partie de son genou a alors été remplacée par une prothèse en titane. Depuis, les douleurs ont disparu, au point de lui donner l'envie de reprendre la compétition.
Mais alors de quoi s'agit-il exactement ? "Elle a eu une hémi-prothèse, c'est-à-dire qu'ils ont remplacé qu'une seule partie de son genou, qui est la partie externe. Donc en fait c'est une petite prothèse", nous explique le docteur Bertrand Sonnery-Cottet, chirurgien orthopédiste et traumatologue reconnu dans le milieu du sport. Trois millimètres d'os du genou de l'Américaine ont en fait été remplacés par du titane.
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Alpine Skiing - Beaver Creek - Super G - Women - Clip - Lindsey Vonn forerunner
Video credit: Eurosport
Est-ce fréquent comme opération et dans le sport ?
Une prothèse au genou, ce n'est pas nouveau. Et c'est même assez fréquent. "Les débuts de ces prothèses ont eu lieu dans les années 70, confie Bertrand Sonnery-Cottet. Ça se fait très régulièrement chez les gens qui ont une arthrose localisée." En revanche, ce qui est plus rare et presque unique, c'est de voir cela dans le sport de haut niveau. "En général en France, ça se fait chez les gens après 60 ans, mais en aucun cas, c'est une chirurgie pour le sport de haut niveau", raconte le spécialiste du genou qui a notamment opéré Alexis Pinturault en janvier dernier ou encore plusieurs sportifs de renom (ndlr : Nabil Fekir, Sidney Govou, Daniel Narcisse, Jean-Baptiste Grange…).
Pourquoi ça change tout que ça ne soit pas une prothèse totale ?
Lindsey Vonn n'a eu besoin "que" d'une hémi-prothèse. Et pas une prothèse totale. Mine de rien, ce n'est pas anodin pour la double championne du monde (descente et super-G en 2009) et ses rêves de reprises. "Sur l'hémi-prothèse, on conserve les ligaments croisés, donc le genou reste parfaitement stable. En cas de chute, il n'y a pas de risque de luxation du genou. Alors que si on fait une prothèse totale de genou, il n'y a plus de ligaments. Et là, le patient peut se luxer le genou. C'est-à-dire qu'on se déboîte complètement le fémur du tibia ce qui peut avoir des conséquences absolument dramatiques", note Bertrand Sonnery-Cottet. "C'est sûr que le fait que les croisés soient conservés, c'est quand même un élément majeur par rapport à la prothèse totale. C'est beaucoup plus rassurant", complète Stéphane Bulle, médecin coordinateur des équipes de France de ski.
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Lindsey Vonn als Vorläuferin in Beaver Creek
Crédit: Getty Images
Quels sont les risques ?
Le défi est passionnant. Et aussi risqué pour la championne olympique en 2010. Car se présenter avec une prothèse en titane du genou est un saut dans l'inconnu dans le monde du ski. "En ski, vos contraintes sont sur le compartiment externe. Sur la tenue de la prothèse dans le temps, on est quand même dans le flou complet. On ne sait pas trop", remarque le docteur Stéphane Bulle.
"Une prothèse, ça s'use. Et comme en ski, il y a beaucoup de contraintes sur la partie externe, ça veut dire que sa prothèse peut potentiellement s'user, confirme le chirurgien Bertrand Sonnery-Cottet. Mais surtout, elle peut se desceller, c'est-à-dire qu'elle est scellée dans l'os avec du ciment. Et s'il y a des contraintes majeures, ça peut se desceller". Un cas peut cependant être encore plus grave : la chute évidemment.
Le docteur Bertrand Sonnery-Cottet se montre même assez inquiet de ce côté-là : "Si elle est victime d'une chute et qu'elle a des fractures sur cette prothèse, ça peut être catastrophique. (…) Les croisés, ce ne serait pas très grave à la limite. Le drame, ce serait bien une fracture sur sa prothèse. Pour réparer, c'est très, très compliqué. Et dans ce cas, il peut y avoir des conséquences majeures sur le plan fonctionnel." Se relancer dans un tel défi de la part de Lindsey Vonn n'est donc "pas sans conséquence", dixit le spécialiste lyonnais.
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Lindsey Vonn begeisterte als Vorläuferin beim Super G in Beaver Creek
Crédit: Getty Images
Pourquoi Pierre Vaultier n'avait lui pas pu reprendre ?
Victime d'une arthrite du genou droit, Pierre Vaultier avait été contraint de se faire poser une prothèse en 2020. Et le double champion olympique de snowboardcross (2014, 2018) avait dû mettre un terme à sa carrière dans la foulée. "Les conséquences de la pose d'une prothèse sont sans appel, je suis dans l'obligation de stopper la pratique du snowboard en compétition", expliquait-il à l'époque. Alors pourquoi deux poids, deux mesures ?
"Il y a une chose qu'il faut bien comprendre, c'est la structure juridique française, nous explique Stéphane Bulle, médecin coordinateur des équipes de France de ski qui a été impliqué sur ce dossier. Quand vous signez une licence pour un athlète de haut niveau, le médecin des équipes et médecin fédéral engage sa responsabilité de médecin dès qu’il accepte que le skieur prenne le départ. Ce qui nous a posé un problème avec Pierre, c'est qu'il n'y a pas de possibilité de lever cette responsabilité-là en France. C'est-à-dire que ce n'est pas parce que Pierre signe une décharge qu'on n'en est pas moins responsable. Et nous avons jugé que les risques liés à la prothèse totale du genou en snowboard cross étaient trop importants".
Et alors que le docteur Bulle estime "que si Pierre avait fait de la descente en ski alpin, la conclusion aurait été la même", l'interrogation demeure sur le cas de Lindsey Vonn. "Je ne connais pas la structure juridique américaine. Je ne sais pas à quel point quelqu'un avait la possibilité de lui dire : 'Non, tu ne vas pas pouvoir le faire'. C'est-à-dire que s'il n'y a pas de structure juridique et que finalement elle est seule devant ses responsabilités, c'est une décision qu'elle prend elle-même, glisse le docteur Stéphane Bulle. Cependant si vous me posez la question, je trouve que le dossier est ultra compliqué. J'attends de voir. Je trouve qu'elle a une motivation hors norme sur le coup".
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