Eurosport
Saison 2025 - Le bilan par Pierre-Emmanuel Dalcin : "Cette saison, l’équipe de France est passée du rêve à la réalité"
Par
Mis à jour 28/03/2025 à 10:15 GMT+1
La Coupe du monde masculine a refermé ses portes lors des finales de Sun Valley cette semaine. Si Marco Odermatt a écrasé encore une fois l’hiver, les Français n’ont pas connu la même réussite que l’an dernier. La faute aux nombreuses blessures et quelques désillusions. L’heure est au bilan pour notre consultant Pierre-Emmanuel Dalcin, qui nous dévoile aussi ses révélations de la saison.
"Odermatt a un peu moins de marge au général mais il a quand même plus de 500 points d'avance"
Video credit: Eurosport
Interview par François-Xavier RALLET
Marco Odermatt est encore le grand gagnant de l’hiver : un titre mondial, le globe du général et les petits globes de géant, super-G et descente. Mais on a l’impression que la marge se réduit sur la concurrence…
P.E.D. : Il a un petit peu moins de marge, mais c’est dire la marge qu’il avait l’an passé sur les autres. Il a quand même six cents points d’avance (605) sur Kristoffersen cette année. Il a les quatre globes en effet et son avantage, c’est qu’il pratique trois disciplines, par rapport à la plupart de ses concurrents. Des adversaires qui n’en pratiquent souvent que deux. Et il est le meilleur mondial dans ces trois disciplines. D’où sa marge gigantesque sur la concurrence, surtout dans la course au gros globe.
Etait-ce le dernier globe de descente de sa carrière ? On sent que l’avenir appartient à Franjo Von Allmen dans la discipline reine…
P.E.D. : C’est vrai que l’an passé, c’était très serré entre lui et Cyprien Sarrazin. Ils étaient tous les deux au-dessus du lot. Cette année, Franjo Von Allmen a débuté par trois deuxièmes places puis il a gagné deux courses et le titre mondial à Saalbach. C’est un 2001. Il est en train de se rapprocher. Mais il n’est pas le seul, il y a aussi Alexis Monney, autre compatriote d’Odermatt. Je ne sais pas si ce globe de descente sera son dernier mais la lutte va être très serrée.
Les Suisses ont collectionné les doublés, les triplés même. Qu’ont-ils de plus ?
P.E.D. : Des doublés, des triplés et dans plusieurs disciplines en plus. Cela faisait plus de quarante ans que ce n’était plus arrivé en géant (NDLR : Adelboden en 1983). En descente, c’était une constance. Qu’ont-ils de plus ? Je pense qu’ils se sont donné les moyens il y a une dizaine d’années pour tirer tout le monde vers le haut. Ils ont des gros moyens financiers. Et quand j’écoute Alexis Pinturault se poser des questions sur ces ressources justement, il y a sûrement une part de vérité dans le fait que les instances suisses ont poussé tous ces jeunes. Et la taille de la pyramide au départ est très importante car la base l’était aussi. Ils se sont tous tirés vers le haut. Et Marco Odermatt ne tire pas la couverture à lui, il est dans le partage et il traîne dans son sillage tous ces Suisses qui n’ont plus de complexes. La seule pression qu’ils ont, c’est de gagner. Et chaque week-end devient un championnat de Suisse.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/03/13/4108674-83311128-2560-1440.png)
"On a des budgets cinq à dix fois inférieurs" : Pinturault explique la supériorité des Suisses
Video credit: Eurosport
Quelles sont vos révélations de l’hiver ?
P.E.D. : J’ai beaucoup aimé la saison de Miha Hrobat. Ce n’est pas une révélation, car on le connait depuis quelques saisons, mais c’est la première fois qu’il monte sur des podiums en descente et en Super-G. Le Slovène a progressé de manière significative. Alors il a de la bouteille mais il a pris confiance course après course. Et puis, il y a ce skieur autrichien, plus jeune : Stefan Eichberger. C’est le renouveau de la descente autrichienne. C’est un gros gabarit. Il me fait penser aux skieurs, aux molosses de mon époque. Il est plein de qualités.
Parlons du sujet qui fâche. Tout ne s’est pas passé comme prévu pour les Français, avec ces nombreuses blessures. La saison a été compliquée…
P.E.D. : On est passé d’une saison euphorique l’an passé, surtout en vitesse, à la déception. On avait connu quatre week-ends d’affilée avec la Marseillaise, entre Cyprien Sarrazin (à Bormio, Wengen et Kitzbühel) et Nils Allègre (à Garmisch). Cette année, il y a eu beaucoup de blessés. Mais il faut souligner les quatre victoires de Clément Noël. Mais derrière celles-ci, il n’y a eu que deux autres podiums chez les messieurs : Léo Anguenot à Alta Badia, sur l’une des pistes les plus compliquées en géant. Je le félicite car c’était vraiment beau à voir. Et Cyprien Sarrazin, en tout début de saison à Beaver Creek. Sans lui, on est passé du rêve à la réalité. C’est une saison difficile, il va falloir reconstruire…
… et tourner la page de Mondiaux décevants en Autriche sans la moindre médaille…
P.E.D. : La seule satisfaction de Saalbach, c’est la sixième place de Thibaut Favrot en géant. C’est son meilleur résultat de la saison. Bravo à lui mais le reste a été difficile. On pouvait s’y attendre. Moi, je m’y attendais.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/02/16/4098843-83114508-2560-1440.jpg)
Chastan analyse l'échec français : "Il va falloir sortir d'un certain confort"
Video credit: Eurosport
Des satisfactions en équipe de France tout de même ?
P.E.D. : Léo Anguenot, qui trace son chemin en géant. Il a fait sa saison, avec ses moyens. Il est en pleine progression. Et puis, il y a Florian Loriot, treizième du Super-G des Mondiaux. Mais on attend plus de cette équipe de France de vitesse. En géant et en slalom, il y a plus d’émulations et beaucoup de très bons jeunes qui vont bientôt percer. Ils ont beaucoup de capacités.
Et votre image de la saison ?
P.E.D. : C’est celle de Charles Gamel-Seigneur, à Kvitfjell. C’est une figure, un rodéo qu’on n’a jamais vu dans le ski alpin. Normalement, le mec doit se fracasser… et finalement, il fait un tour sur lui-même à plus de 100km/h, il se rattrape de façon miraculeuse et il repart. C’est l’image que je retiens de la saison.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/03/07/4106208-83261808-2560-1440.jpg)
Une acrobatie délirante : Gamel-Seigneur a voltigé, a rebondi... et a fini sur ses skis
Video credit: Eurosport
Sur le même sujet
Publicité
Publicité