Les impasses au ski de fond : éternel débat, éternelle énigme

Alors que s'ouvrent les Mondiaux à Trondheim ce jeudi (du 27 février au 9 mars, à suivre sur Eurosport via Max), le débat autour des impasses lors de la Coupe du monde continue d'agiter le monde du ski de fond. La pratique s'est largement démocratisée à mesure que les calendriers se densifiaient. Est-ce un souci pour le sport ? Et pour les fondeurs ? Dans l'affaire, rien ne semble évident.

Johannes Klaebo

Crédit: Getty Images

Par Simon dos Santos, chiffres par Robin Duvillard
De mémoire de fondeur, on a plus vu ça depuis l’hiver 1999. Personne depuis Bente Skari à la fin du siècle dernier n’a gagné l’or mondial en ne manquant aucune course de la Coupe du monde avant d’arriver au grand rendez-vous de la saison, les Mondiaux. Une fois titrée à Ramsau en Autriche sur le 5 km en style classique, la Norvégienne concluait la saison de Coupe du monde avec le gros globe de cristal dans les mains. Une autre époque évidemment. Car l’année de cette performance, inégalée donc, le calendrier de la Coupe du monde ne comptait que 12 courses. Et le Tour de Ski n’était même pas encore un projet.
C’est effectivement avec l’apparition du Tour de Ski au cœur de l’hiver 2007 que le calendrier de la Coupe du monde s’est densifié avec 19 courses programmées cette année-là avant les Mondiaux. Une tendance qui n’a cessé d’augmenter pour arriver à 25 courses proposées cet hiver jusqu’au rendez-vous mondial de Trondheim (du 27 février au 9 mars, à suivre sur Eurosport via Max). L’accumulation des dates pousse désormais une majorité d’athlètes à faire une coupure en plein cycle de compétition dans le but de faire une préparation athlétique et aérobique en vue de l’échéance mondiale. Mais comment expliquer ce besoin chez les fondeurs ?

Pas logé à la même enseigne que le biathlon

La construction du calendrier est une explication. Chez les biathlètes, Johannes Boe a participé cet hiver à 94% des courses au calendrier en faisant seulement l’impasse sur 2 relais simple mixte et relais mixte. Mais le calendrier du biathlon a offert deux coupures de deux semaines avant les récents Mondiaux de Lenzerheide. Sachant qu’une période de 10 jours est souvent citée comme le bon créneau pour recharger les batteries, les biathlètes ont donc le temps de se préparer entre les échéances. Ce n’est pas le cas des fondeurs, qui n’ont qu’une semaine de coupure consécutive.
Dans ce laps de temps, entre la récupération, les voyages et les courses elle-même, impossible de s'entraîner en profondeur. Dès lors, le ski de fond doit-il faire comme le biathlon ? Ce serait oublié un peu vite la diversité des profils des fondeurs et des courses.
Sur une semaine en période de compétition, les fondeurs ne font pas vraiment de séances d’entrainement mais seulement de l’entretien entre la récupération, les voyages et les courses elle-même. La tendance est donc désormais de se créer ce créneau idéal de 2 weekends sans compétition pour refaire une préparation. Mais là aussi tous les fondeurs ne choisissent pas de fonctionner de la même manière. Et cela peut s’expliquer par la particularité et la diversité des courses.
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Davos 2024: Johannes Hoesflot Klaebo i Jonna Sundling wygrali sobotnie sprinty stylem dowolnym

Crédit: Getty Images

Pas la même approche entre fondeur spécialiste et polyvalent

Ainsi, le sprinteur français Lucas Chanavat n’a manqué aucun week-end de Coupe du monde à l’exception du final du Tour de Ski à Val di Fiemme pour cause de maladie. Mais il ne s’engage que sur les épreuves de sprint et n’a donc participé qu’à 35% des courses de la Coupe du monde. Les chiffres augmentent pour le distanceur Hugo Lapalus avec 67% des courses disputées cet hiver, dans la norme des polyvalents du circuit.
Une catégorie dans laquelle entre désormais Edvin Anger. Pour s’affirmer sur cet hiver 2025, le Suédois a fait le choix de courir un maximum et affiche 89% de participation en Coupe du monde, une rareté parmi les tops athlètes. Et Johannes Hoesflot Klaebo dans tout ça ? Le champion norvégien domine la saison en ayant participé à 18 courses sur les 28 possibles. Mais quand il est présent, il court la quasi-totalité des épreuves contrairement à des spécialistes.
Reste qu'il a compris l'intérêt de déserter le circuit deux semaines de rang. S'il n'a pas fait d’impasse sur l’enchaînement contraignant du Tour de Ski, il a volontairement esquivé les Rousses et Cogne pour disposer de ce créneau magique nécessaire à la préparation des Mondiaux, chez lui, à Trondheim, où il a prévu de rafler la mise.
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Krueger dompte l'Alpe Cermis, Klaebo remporte le Tour de Ski

Video credit: Eurosport

Des impasses préjudiciables pour l’intérêt ?

Au fond, le débat sur les impasses n'a rien de nouveau. Les Petter Northug ou Marit Bjoergen utilisaient déjà cette pratique lors de la précédente décennie. Mais ces dernières finissent-elles par appauvrir la Coupe du monde ? Ici, c'est un arbitrage difficile à trancher entre l'intérêt des organisateurs d'avoir les meilleurs fondeurs mondiaux sur la piste et la nécessité pour ceux-ci de se réserver des créneaux de préparation spécifique pour les Mondiaux. En l'état, la question du calendrier reste centrale, notamment la place accordée au Tour de ski dans la saison. Sachant que les saisons tendent à se réduire face aux contraintes climatiques, c'est le serpent qui se mord la queue.
Dans cette discussion, une seule certitude : il n'y en a pas ! Pour gagner l'or mondial, chacun ses recettes. En 2015, le Suédois Johan Olsson n’avait couru qu’une seule course de Coupe du monde avant de gagner le titre du 15 km libre à Falun, devant Maurice Manificat. A l'inverse, lors des derniers Mondiaux à Planica en 2023, Klaebo a raflé trois titres après avoir seulement manqué un week-end de Coupe du monde à Beitostolen pour cause de maladie. Dieu que l'époque Bente Skari semble loin…

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