Des polos de joueurs de fléchettes, une atmosphère moins guindée pour casser les codes traditionnels, une communication accrue à destination des "millenials" : c'était le pari de la WPBSA (ndlr, la fédération internationale de billard et de snooker) pour le Champions of Champions 2021, qui s'est déroulé du 15 au 21 novembre dernier. En vain. Des demi-finales poussives, des longueurs pour jouer : la semaine écoulée a mis en lumière tout le chemin à parcourir pour relancer la discipline.
Conscient de la nécessité de moderniser et dynamiser un circuit parfois morose, la plus haute instance du snooker continue de chercher la clef pour relancer la machine et attirer un nouveau public. Car depuis plusieurs années maintenant, elle s'en remet quasi systématiquement à un homme, habitué à la chasse aux records et prêcheur d'un snooker spectaculaire depuis ses débuts sur le circuit il y a trente ans : Ronnie O'Sullivan.
Avant son entrée en lice mercredi au UK Championship, considéré comme l'un des tournois les plus prestigieux du circuit, le sextuple champion du monde s'est d'ailleurs confié à nos confrères d'Eurosport UK sur sa philosophie, son style et l'héritage qu'il est en train de laisser au snooker. Autant d'éléments clefs qui lui permettent de briller et de s'imposer comme le plus grand joueur de sa discipline aux yeux de toutes les générations.
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De l'importance du beau jeu

Les trophées et les prize money, c'est l'ambition de tout joueur de snooker et ce, peu importe la manière. Si la victoire à tout prix a souvent été la norme dans cette discipline qui souffre parfois d'une réputation austère et sans coup de folie, peu se sont souciés du divertissement du public. Ronnie O'Sullivan est l'un des rares à avoir su concilier cette quête de titres avec le besoin de donner du plaisir aux spectateurs.
Plus que le nombre de matches remportés, The Rocket a toujours eu cette volonté de divertir et de faire passer un bon moment aux suiveurs de snooker. "Je pense que mon style de jeu fait la différence, oui. Les fans que j'ai attirés sont le résultat de la façon dont j'ai joué", a expliqué O'Sullivan à Eurosport.
Je veux être le gars que 10 00 personnes viennent regarder parce qu'elles veulent me voir jouer
A bientôt 46 ans, le Britannique est toujours le joueur le plus rapide du circuit. En moyenne, il ne lui faut que 16,75 secondes avant de tirer. Une marque de fabrique assumée par le joueur. "Je ne veux jamais ennuyer la foule. Je n'ai jamais voulu être celui qui joue devant 70 spectateurs alors que 1 000 personnes ont assisté au match d'avant. Je veux être le gars que 1 000 personnes viennent regarder parce qu'elles veulent me voir jouer."
Lucide, le natif de Wordsley a toujours suivi sa ligne directrice pour s'asseoir à la table des très grands. "Je pense que j'ai été le seul de l'histoire à avoir joué de manière aussi instinctive et offensive. Grâce à ça, je suis devenu le joueur qui a connu le plus de succès dans l'histoire du jeu." Le divertissement a parfois un prix, mais surtout un style. Et Ronnie l'a bien compris.

Ronnie O'Sullivan à l'Open d'Angleterre en 2021.

Crédit: Eurosport

Un quatuor de gala comme modèle à suivre

Six titres au Championnat du monde, sept au Championnat du Royaume-Uni et sept aux Masters, sans compter les autres tournois, la liste est longue et suffirait à elle-même pour élever O'Sullivan au statut de plus grand joueur de tous les temps.
S'il estime avoir contribué à donner ses lettres de noblesse au snooker, Ronnie O'Sullivan refuse de s'accaparer pour autant toute la lumière. Le futur trentenaire sur le circuit ne manque pas de saluer l'apport des joueurs d'hier et d'aujourd'hui comme Steve Davis, Stephen Hendry, John Higgins ou encore Mark Selby.
"Avec mon style de jeu, je ne devrais pas gagner autant. J'insiste dessus : logiquement, si on joue comme je le fais, on ne peut pas gagner autant. Il faut être comme Steve Davis, Mark Selby, le méthodique John Higgins, Stephen Hendry… Il faut être une machine parce que les machines gagnent au snooker en toute normalité", a expliqué The Rocket.

Ronnie O'Sullivan et Mark Selby, lors de l'Open du Pays de Galles 2019

Crédit: Getty Images

"Le plus complet n'est pas le plus grand"

Être une machine, c'est la voie royale. Encore faut-il s'en tenir au respect des fondamentaux selon O'Sullivan. "Il y a deux ou trois choses où il faut être très, très bon au snooker à savoir l'empochage, la construction des breaks et le jeu de sécurité. Ensuite, vous avez le mental donc on peut dire quatre choses. Ce n'est pas suffisant d'être bon dans chacun des quatre : c'est mieux d'exceller dans deux domaines. Personnellement, je suis excellent dans deux d'entre eux, mais pas assez dans les deux autres. Mais ça suffit pour rivaliser avec les autres gars, vous voyez ?"
Je ne suis pas le joueur le plus complet, mais je suis celui qui a le plus gagné dans l'histoire du jeu
C'est sur cet aspect que le sextuple champion du monde fait la différence au moment d'évoquer ses camarades de jeu. "Quand ils se comparent à moi et qu'ils me sortent : 'Je ne suis pas le meilleur joueur polyvalent de la planète', je me dis qu'être le joueur le plus complet n'est probablement pas une bonne chose. Ce n'est pas suffisant pour être le joueur qui connaît le plus de succès", a synthétisé le Britannique. Avant de conclure : "Je ne suis pas le joueur le plus complet, mais je suis celui qui a le plus gagné dans l'histoire du jeu." Le style a son importance.

Coups de génie à gogo : Selby, O'Sullivan, Murphy... Le top des plus beaux coups

Laisser un souvenir, c'est sans aucun doute le credo de Ronnie O'Sullivan depuis ses débuts professionnels. Comme son défunt modèle Alex Higgins, "le champion du peuple", le natif de Wordsley s'est toujours soucié du public et de ce besoin d'apporter des frissons et de la fraîcheur à une discipline qui en manque tant par séquence. Une philosophie couplée à des fondamentaux et une régularité qui lui ont permis de s'installer très haut dans le cœur des fans.
A l'aube de célébrer ses trente ans sur le circuit professionnel, The Rocket veut continuer de transcender et faire vibrer les foules lors de ses sorties autour de la table. Le débat n'est plus vraiment de déterminer si Ronnie O'Sullivan est le plus grand joueur de tous les temps, mais de savoir comment remplacer celui qui est devenu irremplaçable. Et adopter des polos de fléchettes n'est pas forcément la meilleure des solutions.
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