Avant les championnats d'Europe par équipes - Félix Lebrun : "Je n’ai jamais été aussi fort"

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Avant de s’envoler avec l’équipe de France pour les championnats d’Europe par équipes à Zadar, Félix Lebrun a pris le temps de revenir pour Eurosport sur sa saison irrégulière, le poids des attentes sur ses épaules et l’évolution d’un jeu qu’il a fallu complètement réinventer. Entretien avec un jeune homme sûr de son ping malgré les turbulences d’une saison insaisissable.

Table Tennis - WTT Champions Incheon - Highlights - Felix Lebrun v Lee Sang Su

Crédit: Eurosport

Gros chambreur, Félix Lebrun a toujours le sourire scotché au visage. Tout juste débarqué de Pékin mardi, le jeune homme a changé d'habit. Déésormais en survêtement de l’équipe de France, il s'apprêté à partir en Croatie pour les championnats d'Europe par équipe. Mais juste avant, dans le lobby de l'Ibis Roissy Charles-de-Gaulle, il a pris le temps de revenir sur l’année qu'il vient de vivre depuis les JO de Paris. Finaliste du Grand Smash de Pékin dimanche, l’équivalent d’un tournoi du Grand Chelem, après avoir décimé le contingent chinois sur son parcours, le cadet de la fratrie savoure son exploit.
À l’issue de treize mois sinusoïdaux, il a su apprivoiser son nouveau statut, les attentes immenses sur ses épaules et ce nouveau corps plus puissant et plus capricieux, aussi. Face à nous, c’est une nouvelle charpente qui se présente. L’oisillon tombé du nid a laissé place au jeune adulte, ce qui lui offre une foule de nouvelles options. Aujourd’hui, il l’assure, Félix est au sommet de sa forme. Plus fort qu’aux JO. À trois jours du début des championnats d’Europe par équipes, entretien avec un gamin de 19 ans qui sait que son ping fait mal.
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Félix Lebrun submergé par Wang en finale du Grand Smash de Pékin : le résumé

Video credit: Eurosport

Félix, vous sortez de votre première finale de Grand Smash. Vous avez battu trois Chinois chez eux à Pékin. On a l’impression que vous avez complètement mis fin à votre complexe face à eux.
F.L. : Ça n’a jamais été un complexe, ils étaient juste meilleurs que moi. J’ai toujours eu l’ambition de battre les meilleurs du monde et les Chinois en font partie. Pour l’instant, j’en ai battu quelques-uns, mais j’ai pris une rouste contre le numéro 1 mondial en finale (4 sets à 0). Depuis un an et demi, mon bilan est positif face aux meilleurs Chinois. Quand je suis à mon meilleur niveau, je peux battre quasiment tout le monde. Donc c’est de bon augure.
Est-ce qu’il y a eu un déclic face à eux ?
F.L. : C’est dur à dire. Peut-être que ça m’a aidé l’an dernier de battre Lin Shidong en demi-finale au Champions de Montpellier alors qu’il gagnait tout à ce moment-là. Mais c’est surtout le développement de mon jeu. J’avais des points faibles trop importants quand je les affrontais. J’ai vraiment travaillé là-dessus. Ils ont plus de mal à trouver la solution qu’il y a un an.
Wang Chuqin, numéro 1 mondial, vous a infligé une correction en finale. Aujourd’hui, qu’est-ce qu’il vous manque pour être le meilleur joueur du monde ?
F.L. : Il me manque beaucoup de choses et pas grand-chose à la fois. Il est un peu plus fort que moi dans tous les secteurs du jeu. Surtout sur les premières balles. Quand l’échange s’allonge, je peux rivaliser avec lui. Mais sur le service et les remises, au premier démarrage, il est très violent et j’ai beaucoup de mal à le canaliser. Je suis en difficulté dès le début de l’échange et il prend vite l’ascendant. L’objectif, c’est de vite progresser. C’est le meilleur joueur du monde. Quand il est à son meilleur niveau, personne ne peut rivaliser. C’est aussi ce qui rend le challenge excitant.
C’est dur d’accepter que mes résultats sont moins bons que l’an dernier mais...
Diriez-vous qu’un an et demi après votre défaite en demi-finale des JO face à Fan Zhendong, meilleur joueur du monde à l’époque, vous vous êtes rapproché du meilleur niveau mondial ?
F.L. : C’est dur à dire. Fan Zhedong, j’ai déjà été proche de le battre. À Las Vegas, cette année, je perds à la belle contre Wang Shuquin mais j’ai gagné plus de points que lui pendant le match. Je suis capable d’aller le chercher. Sur dix matches, il va me dominer plus de fois, mais je pense que je me suis rapproché de lui.
Vous avez aussi traversé des moments plus difficiles comme lors des championnats du monde individul (éliminé en 8es) ou au Grand Smash de Suède (éliminé dès les 32es de finale). Avez-vous douté ?
F.L. : Oui et non. Dans la compétition, j’ai douté quand je rentrais dans les matches. Je n’avais pas le même flow que l’an dernier. Mais j’ai confiance en mon staff. Je n’ai jamais douté sur du long terme. Je savais qu’au bout d’un moment, ça allait passer. C’est dur d’accepter que mes résultats soient moins bons que l’an dernier, mais je relativise toujours. C’est le prix à payer pour battre les meilleurs du monde. On y va à fond, les deux pieds dedans.
Sur une grande compétition, si je me lance, j’ai le niveau pour battre tout le monde
Vous avez décidé, avec votre staff, de changer votre jeu, de l’adapter à votre nouveau corps. Et cela nécessite des changements radicaux qui ont pu vous coûter des matches. Le compétiteur que vous êtes a dû parfois trouver le temps long…
F.L. : Sur le moment même, oui, c’est énervant. On travaille au quotidien et, parfois, j’ai l’impression de moins bien jouer. Mais sur du long terme, pas du tout. Mon rêve et mon seul objectif, c’est de gagner les plus grands titres mondiaux et olympiques. Ça nécessite des sacrifices et peut-être perdre quelques matches en route.
Nathanaël Molin dit que vous n’avez jamais été aussi fort. C’est aussi votre avis ?
F.L. : Oui, je n’ai jamais été aussi fort. Mon niveau bas est plus bas que l’an passé. Mais mon niveau haut n’a rien à voir.  Je l’ai prouvé à Pékin. J’ai battu les meilleurs joueurs du monde, ce qui était moins le cas avant. Mais j’ai aussi perdu des matches contre des joueurs moins forts, ce qui m’arrivait peu. C’est la vision qu’on a. Sur une grande compétition, si je me lance, j’ai le niveau pour battre tout le monde.
Qu’est-ce que ça fait de se sentir plus puissant ?
F.L. : Je ne me sens pas forcément pus puissant. Ce sont tellement des progrès quotidiens que c’est dur de s’en rendre compte. Je suis retourné à Sarrebruck cinq mois après mon premier passage et les gens m’ont dit qu’effectivement, j’étais plus puissant. C’est comme ça que je m’en rends compte.
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Félix Lebrun durant sa demi-finale du Grand Smash de Pékin, le 5 octobre 2025

Crédit: Getty Images

le rêve ultime, c’est la médaille d’or olympique
Vous êtes plus attendu par le public. Est-ce que ce poids peut être un frein ?
F.L. : Ce n’est pas un handicap. C’est une chance de pouvoir avoir la pression. A l’US Open, il y a une phrase affichée dans le stade : Pressure is a privilege (ndlr : la pression est un privilège). C’est vrai. Si j’ai cette attente, c’est parce que j’ai eu des résultats exceptionnels. Croyez bien que déjà moi, je me fixe des attentes beaucoup plus élevées qu’avant. Celles du public, des suiveurs, passent au second plan. J’ai performé jeune, tôt et c’est logique que ça m’arrive aujourd’hui.
Malgré tout, il y a nécessairement moins d’insouciance et de légèreté, des adversaires qui lisent mieux votre jeu, un public plus exigeant… Est-ce que c’est plus difficile d’être Félix Lebrun aujourd’hui qu’hier ?
F.L. : C’est différent mais pas compliqué. Je ne peux pas me plaindre de tout ce qui nous est arrivé. On a une chance folle, on n’aurait jamais pensé vivre tout ça dans le ping ou à l’extérieur. Au niveau des entraînements, des compétitions, on est resté sur la même vie. À l’extérieur, on se fait reconnaître, les gens nous regardent différemment. Mais c’est plus une chance qu’un problème.
Vous avez toujours beaucoup de recul sur vos performances et sur votre sport. Est-ce aussi pour cela que vous parvenez à rester focus ?
F.L. : Ça fait partie de ma force. Je fais du ping parce que c’est ma passion. J’ai eu des résultats exceptionnels mais c’est secondaire. Même sans ça, j’aurais fait du ping toute ma vie. J’essaie de garder ça dans ma tête. Ce n’est que du ping.
Rassurez-nous, vous avez quand même toujours envie d’être champion olympique à Los Angeles en 2028 ?
F.L. : Los Angeles, Brisbane… L’objectif ultime, ce sont les JO. Je me fiche de la date. Il y a plein d’étapes avant ça. Mais oui, le rêve ultime, c’est la médaille d’or olympique.
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