A 10 jours de Roland-Garros, la cocotte-minute Iga Swiatek est sur le point d'exploser et tant mieux
Mis à jour 15/05/2025 à 12:00 GMT+2
Iga Swiatek va arriver à Roland-Garros dans un état de fragilité inédit pour elle. Sevrée de titres depuis… sa quatrième victoire à Paris il y a un an, la Polonaise n'y arrive plus, même sur terre battue. Mais cela fait des mois qu'elle tente de contrôler des émotions et des doutes qui la rongent. La cocotte-minute est en train de lâcher prise. Un préalable indispensable pour la numéro 2 mondiale.
"C'est terrible à dire, mais Swiatek ne sera pas favorite pour Roland-Garros"
Video credit: Eurosport
Cette fois, c'est la crise. Les deux pieds dedans. Pas au meilleur moment. Iga Swiatek a longtemps pu ou voulu s'appuyer sur des éléments positifs. Elle ne gagnait plus de titre ? Elle affichait des signaux de frustration et de tension multiples et inquiétants ? Oui, mais elle était encore régulière dans ses performances. C'est vrai. Toujours en quart, demie ou finale, tournoi après tournoi. Oui, mais la terre battue était de retour au printemps et on allait voir ce qu'on allait voir. Oui… Mais non. Le positivisme a viré la méthode Coué puis à l'aveuglement. C'est terminé.
Même après avoir reçu une énorme gifle de la main de Coco Gauff en demi-finale à Madrid (6-1, 6-1), la Polonaise pouvait encore arguer que c'était "un match un peu à part", parce qu'elle avait beaucoup donné physiquement. Mais à Rome, elle a plongé dès le 2e tour contre Danielle Collins (6-1, 7-5). Elle arrivera donc "chez elle", à Roland-Garros, sans le moindre trophée sous le bras depuis son quatrième sacre parisien douze mois plus tôt. Avec des doutes émanant de tous les pores de sa peau et des interrogations plein la tête.
On sent que ça fait mal, au plus profond
Le fait de ne plus y arriver, même sur terre battue, change tout. "Ça ne faisait pas spécialement mal jusque-là, analysait Justine Henin mardi dans l'émission Retour Gagnant sur Eurosport. Maintenant, on est sur la terre battue qu'elle aime tant, à l'approche du tournoi qu'elle a gagné quatre fois. S'il y avait un moment pour se retrouver, c'était maintenant. Là, ça va prendre une autre consistance. Contre Collins, elle est passée par un état émotionnel très complexe. Elle est arrivée en conférence de presse avec les yeux rougis. On sent que ça fait mal, au plus profond."
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/05/13/4123799-83613628-2560-1440.jpg)
Henin : "A l’approche de Roland-Garros, c’est le pire moment pour plonger"
Video credit: Eurosport
Il n'y a plus de possibilités de se cacher, de jouer sur des "oui mais". Il n'y a jamais de bon timing pour toucher le fond, mais Iga Swiatek atteint un point bas au moment le moins opportun pour elle, juste avant Roland-Garros. Son royaume. Son dernier territoire. Son dernier refuge, aussi. S'il ne lui reste même plus ça, que lui restera-t-il ? Elle-même l'a admis après sa défaite à Rome, il ne serait ni lucide ni raisonnable de l'attendre en favorite ou en triomphatrice à Paris. Pas dans le contexte actuel.
Bien sûr, comme le rappelle Justine Henin, "c'est une championne au fond d'elle-même. Elle est chez elle à Roland-Garros. La magie du lieu peut opérer, faire renaître quelque chose chez Iga Swiatek." Mais ce n'est pas l'hypothèse la plus probable. On peut même se demander, en dépit de l'aspect contre-intuitif de la chose, si c'est réellement souhaitable. Une résurrection à Roland-Garros aurait un aspect miraculeux mais pas forcément vertueux sur le long terme. Il ne ferait que repousser une fois encore une échéance devenue aussi inéluctable qu'indispensable.
L'épisode Osaka en disait déjà beaucoup
Retour un an en arrière. Même endroit. Roland-Garros. Au 2e tour, la Polonaise se sort sur un fil de son duel contre Naomi Osaka après avoir notamment sauvé une balle de match. Un tournant, puisqu'elle ira au bout de cette quinzaine pour décrocher son quatrième titre parisien. Mais on se souvient aussi de ses mots à l'attention du public, à chaud, micro en main, sur le terrain :
"Je suis désolée d'en parler, j'ai beaucoup de respect pour vous, mais on joue pour vous, parce que c'est un spectacle. Mais parfois, il y a beaucoup de pression, si vous criez pendant l'échange ou avant un retour, c'est très dur de se reconcentrer. Je dis ça parce que je suis le genre de joueuse qui doit être dans sa bulle. C'est très sérieux pour nous, on consacre notre vie à chercher à être toujours meilleure, c'est pour ça que c'est très difficile à accepter."
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/05/08/image-9a8b6028-6033-46aa-af23-592959ff182b-85-2560-1440.jpeg)
Iga Swiatek
Crédit: Getty Images
Des mots déjà révélateurs. "Dans son discours vis-à-vis du public après sa victoire contre Osaka, on sent déjà qu'elle n'est pas spécialement bien, relève la consultante belge d'Eurosport. Elle est à côté du sujet, à fleur de peau. Je pense que ça avait été très dur d'aller chercher ce titre." La cocotte-minute se rapprochait déjà de son point de saturation. La suite ne fut qu'une longue fuite en avant en essayant de maîtriser, ou au moins de retarder l'explosion de la cocotte. Il fallait que ça pète. Que la pression sorte pour de bon.
Iga Swiatek a à peine 24 ans (elle les fêtera le 31 mai, en plein Roland-Garros, un autre de ses points communs avec son idole et modèle, Rafael Nadal). Depuis ses 19 ans et son avènement dans le temple de la terre battue un jour d'octobre 2020, elle est soumise à une pression immense. Forte en apparence, mentalement impressionnante, en témoigne son bilan dans les finales sur le circuit (24 victoires, 4 défaites), elle peine pourtant à se protéger du poids des attentes. Celles des autres, du public, des réseaux sociaux, des médias, particulièrement dans son pays, en Pologne, où elle est une vraie star. Mais avant tout, par-dessus tout, les siennes.
C'est peut-être le moment où ça doit exploser, pour que les choses sortent
C'est d'abord l'extrême exigence d'Iga Swiatek qui bouffe Iga Swiatek. Son perfectionnisme a un côté jusqu'au-boutiste. La plus grande force de la championne, la fragilité de la jeune femme. Comme un crayon qu'elle ne cesserait de tailler pour le rendre toujours plus parfait, jusqu'à ce que la mine casse. "Elle vit des choses complexes depuis un moment. Je pense qu'une des bases, c'est son côté très perfectionniste, témoigne Justine Henin. Elle a envie de faire les choses d'une certaine manière. Le statut qui a été le sien, la domination qu'elle a pu avoir, notamment sur terre battue. On a senti à certains moments de sa jeune carrière à quel point c'était une pression parfois difficile à supporter."
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/05/14/image-2e36464c-e020-4d6e-a70c-ccdfad237287-85-2560-1440.jpeg)
Iga Swiatek en pleine crise.
Crédit: Getty Images
Tant que la victoire la portait, de façon presque machinale, elle pouvait conserver en apparence le contrôle de son ébullition. Mais peu à peu, tout s'est compliqué. Justine Henin, encore, appuie avec justesse là où ça fait mal : "Le fait de sentir que son jeu sur les autres surfaces n'évoluait pas aussi vite qu'elle le pensait ou le souhaitait a pesé. Sa victoire à l'US Open n'a pas suffi à la libérer. Quelque chose s'installait petit à petit. Il y a la concurrence qui progresse. Tout ça met de la pression. Elle est en train de sentir que l'étau se resserre, même sur terre battue."
Là, dans l'instant, l'épreuve fait mal, d'autant plus avec Roland-Garros qui se profile. Mais c'est nécessaire et à terme, l'effet sera peut-être bénéfique. "Elle est dans un cercle vicieux. Ce n'est pas étonnant de la voir dans la difficulté, conclut Justine Henin. Mais c'est peut-être le moment où ça doit exploser, pour que les choses sortent, qu'elle puisse analyser, comprendre ce qui est en train d'arriver à la grande perfectionniste qu'elle est. On se dit que c'est peut-être là, à Roland-Garros, qu'elle va finir de sombrer avant, peut-être, de repartir".
Sur le même sujet
Publicité
Publicité