"Il a joué niveau Top 10 et même Top 5" : Denis Shapovalov, opération renaissance
Par Laurent Vergne
Mis à jour 27/02/2025 à 14:06 GMT+1
On avait fini par l'oublier. Ou quand on pensait à lui, c'était pour dire "Que devient-il ?" Mais Denis Shapovalov est peut-être enfin de retour. A 25 ans, l'ancien prodige, tombeur de Nadal à 18 ans, semble avoir mis derrière lui ses problèmes physiques. Vainqueur à Belgrade fin 2024, puis titré en 500 à Dallas en ce mois de février, le Canadien redécouvre le plaisir et l'ambition.
Shapovalov fait tomber Paul
Video credit: Eurosport
Souvenez-vous. Août 2017. Une époque qui paraît lointaine aujourd'hui. Celle où Roger Federer et Rafael Nadal avaient repris la main sur le tennis mondial, remportant les trois premiers tournois du Grand Chelem de l'année, et bientôt quatre puisque l'Espagnol grattera l'US Open. En ce mois d'août, il est à Montréal pour disputer le Masters 1000. C'est là que surgit une patte gauche de 18 ans, sans complexe et pleine de talent. Son nom : Denis Shapovalov.
L'impact était d'autant plus fort que le pouvoir est alors entre les mains des trentenaires. Emerger à 20 ans est rare. A 18, cela semblait appartenir à d'autres temps. On se dit évidemment que tout ceci demandera confirmation, mais tout de même. Quand, à 18 ans, vous êtes capables de battre le grand Nadal, c'est que votre avenir est prometteur. Shapovalov était cela : une promesse, d'autant plus excitante qu'avec son style de puncheur gaucher et, en prime, son revers à une main, son tennis faisait saliver.
"Quand j'avais perdu contre lui, j'avais dit qu'il gagnerait plusieurs titres du Grand Chelem", se remémore Nadal. "Je me souviens très bien de 2017, nous confiait notre consultant Mats Wilander à Roland-Garros en 2023. A l'époque, j'avais dit qu'il était la combinaison parfaite de Nadal et Federer, ce que je n'aurais jamais dit d'aucun joueur et que je n'ai pas redit depuis, sauf pour Carlos Alcaraz".
Automne 2024, le point de départ
Avance rapide. Octobre 2024. Qui parle encore de Denis Shapovalov ? De déception en inconstance, de blessure en blessure, la pépite ontarienne a disparu de la circulation. Voilà 11 mois qu'il n'est plus apparu dans le Top 100, lui qui avait atteint la 10e place mondiale à 21 ans. Après avoir stoppé sa saison dès Wimbledon en 2023, il avait décidé de se faire opérer du genou. Il n'est plus qu'une étoile filante. C'était oublier que le Canadien avait encore trois choses pour lui : son talent, intact, sa jeunesse (il n'a encore que 25 ans) et une énorme envie de prouver à tout le monde qu'il existe encore.
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Shapovalov ajoute une seconde ligne à son palmarès
Video credit: Eurosport
Depuis quelques mois, au carrefour des saisons 2024 et 2025, il a commencé à remonter la pente. Son titre à Belgrade, d'abord, au mois de novembre, tout au bout du calendrier. Entre Bercy et le Masters, le rendez-vous serbe attire modérément l'attention. Mais tout est parti de là. A Belgrade, il est sorti des qualifications, a survécu sur un fil au premier tour contre Fucsovics, avant de mettre des tannées à tout le monde jusqu'à soulever le trophée, avec au passage des victoires contre Borges ou Lehecka. Ce n'était pas encore Nadal à Montréal, mais pour lui, cela signifiait beaucoup.
Personne ne s'est vraiment attardé là-dessus mais, qualifications comprises, Shapovalov a remporté 16 de ses 20 derniers matches de 2024. Un automne prolifique qui a posé les bases de son premier trimestre 2025. Son "drame", c'est qu'il ne brille pas pour l'heure sur les scènes les plus attractives. Il a disparu à Melbourne dès le deuxième tour, battu en trois sets par Lorenzo Musetti. Sauf que depuis, il n'a plus perdu un match. Sept victoires consécutives, avec en point d'orgue le titre à Dallas. Là-encore, un peu sous les radars puisque, dans le même temps, les regards étaient davantage tournés vers la victoire de Carlos Alcaraz à Rotterdam.
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Australian Open: Shapovalov vs. Musetti - Highlights
Video credit: Eurosport
Je me suis même demandé si j'allais reprendre le tennis
Mine de rien, Dallas, c'est le plus gros titre de la carrière de Denis Shapovalov. Un ATP 500. Au Texas, il a même signé une performance inédite depuis Nick Kyrgios en 2019 à Acapulco : gagner un 500 en battant trois membres du Top 10 en chemin. Taylor Fritz (N°4), Tommy Paul (9) et Casper Ruud (5) au menu canadien, avec en prime un Kecmanovic, vainqueur plus tard à Delray Beach et Machac. Du bon, du lourd, du solide. Et pour "Shapo", un doux parfum de revanche.
"Prouver à certains qu'ils ont eu tort, ça fait beaucoup de bien, lance-t-il alors. Cela fut une longue route pour revenir à mon niveau originel. Ce titre représente beaucoup pour moi. J'ai eu des grosses difficultés avec mon genou. Je me suis même demandé si j'allais reprendre le tennis. Je ne pouvais pas revenir sur le court sans avoir mal, et ça a duré un bon moment." Mine de rien, entre Belgrade et Dallas, il a remporté plus de tournois en trois mois que sur le reste de sa carrière. Et avec son quart de finale (au moins) à Acapulco cette semaine, le voilà prêt à réintégrer dans le Top 30. En attendant mieux ?
Aux Etats-Unis, son titre à Dallas a fait plus de bruit dans nos contrées européennes. "Il a été incroyable, il a joué clairement niveau Top 10 et même Top 5 cette semaine, notamment contre Tommy (Paul). Dès qu'il a battu Taylor Fritz au 2e tour, on a senti que quelque chose se passait", a ainsi jugé John Isner dans le podcast Nothing Major, où il sévit chaque semaine en compagnie de Sam Querrey, Steve Johnson et Jack Sock.
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Denis Shapovalov a décroché son plus beau titre à Dallas.
Crédit: Getty Images
Peut-être qu'une éclosion tardive est une très bonne chose pour lui
Autre podcast et autre regard venu de l'autre côté de l'Atlantique, celui de Jimmy Connors. L'ancien numéro 1 mondial a consacré un épisode de Avantage Connors au cas Shapovalov. Pour lui, toutes ses turpitudes ont peut-être été un mal pour un bien : "Je pensais qu'il avait le talent pour gagner un Majeur ou, au moins, être un prétendant à un titre en Grand Chelem. Mais il est en train de revenir. Peut-être que c'est le début de ça. Peut-être qu'une éclosion tardive est une très bonne chose pour lui. Parce qu'il a toujours le jeu pour gagner et il sait qu'il peut battre les meilleurs." Avec le vécu et le recul de celui qui a galéré.
"Est-ce que Shapovalov est définitivement de retour ?", interroge John Isner. "A le voir jouer, la réponse est oui, estime le géant. Il décochait des coups gagnants dans tous les sens, de partout sur le court à Dallas. Son revers long de ligne était en feu, surtout sur les passings. Vraiment, il a joué à un niveau incroyable."
Comme toujours, c'est sur la durée qu'il faudra juger de la crédibilité de son comeback. L'intéressé lui-même l'a rappelé, tout est "simple" en ce moment pour lui. "A Dallas, si je perdais, c'était normal, je n'avais aucune pression", a-t-il souligné. Les attentes vont revenir. Celles des autres. Les siennes, surtout les siennes. Mais c'est un bon problème à avoir, non ? Il a attendu ça si longtemps. Beaucoup de trains sont passés sans lui ces dernières années. Le TGV Alcaraz. La locomotive Sinner. Personne ne l'a attendu. Ainsi va la vie, ainsi va le circuit. A lui de raccrocher les wagons. Il est encore temps.
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Et si Shapovalov était de retour ? Le résumé de sa victoire probante sur Machac
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