Indian Wells passe du Plexipave au Laykold : de la poudre aux yeux plutôt qu'un vrai changement ?

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Connu pour la lenteur de ses courts en dur, le Masters/WTA 1 000 d’Indian Wells, dont le tableau final a débuté ce mercredi, a entamé un tournant cette année avec le passage au Laykold, une résine acrylique réputée plus rapide que l’ancien Plexipave. Mais, au fond, cela va-t-il changer grand-chose ? Les premiers retours, sur place, laissent à penser que non.

Séance d'entraînement à l'Indian Wells Tennis Garden.

Crédit: Getty Images

C’est l’une des tirades les plus célèbres de la carrière de Daniil Medvedev. Le stand-uppeur, pas le joueur. Il y a deux ans, le Russe s’était emporté contre la lenteur des terrains d’Indian Wells pendant un huitième de finale remporté à l’arraché contre Alexander Zverev : "Une honte pour ce sport, un scandale de qualifier de dur un court aussi horrible, avait-il marmonné sur sa chaise avec le sens de la mesure (et de la répartie) qu’on lui connaît. Et je sais ce que c’est qu’un court en dur, je suis un spécialiste."
Un tour plus tôt, face à Ilya Ivashka (quelqu’un a de ses nouvelles, au fait ?), il avait déjà amusé la galerie en lançant à l’arbitre, au moment de prendre une pause toilettes, qu’il serait "aussi lent que le court" à satisfaire son besoin naturel.
Tout le monde ne verse pas dans les mêmes extrêmes que Daniil. Mais tout le monde a toujours eu à peu près la même idée d’Indian Wells : il s’agit certainement du tournoi en dur le plus lent de la saison, avec une surface abrasive qui élève la taille du rebond et, de facto, augmente la durée des échanges.
Une impression corroborée par le palmarès d’une épreuve où les terriens ont souvent trouvé un terrain d’expression plus favorable à leur jeu qu’à Miami, à l’instar de Rafael Nadal qui s’est imposé trois fois en Californie (mais jamais en Floride), ou des tenants du titre Carlos Alcaraz et Iga Swiatek, sacrés à deux reprises à l’Indian Wells Tennis Garden, où ils n’ont connu que deux fois chacun la défaite.
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Trop lent, Indian Wells ? "Medvedev n'exagère pas, sa frustration prend juste le dessus"

Video credit: Eurosport

Mais ça, cette différence de revêtement Indian Wells/Miami, c’était avant. Associé à Plexipave depuis son installation dans son enceinte actuelle en l’an 2000, le BNP Paribas Open a changé d’équipementier cette année avec le passage au Laykold, une marque américaine qui équipe déjà l’US Open depuis 2020 ainsi que les tournois de Cincinnati et, donc, de Miami. Or, si l’on en juge les retours souvent enregistrés là-bas, le Laykold a la réputation de délivrer un rebond plus bas et - ceci expliquant cela – de proposer des conditions plus rapides.
Voilà qui pourrait rebattre les cartes dans le désert californien ? C’est l’une des grandes questions à l’aube de cette édition 2025. D'aucuns ont même évoqué la possibilité d’un changement drastique. Mais les "feedback" obtenus après les premiers matches et premières sessions d'entraînement laissent à penser que le changement attendu (ou espéré) par certains pourrait faire pschitt. Visuellement, la couleur verte et violette des terrains est la même. Et si les premiers avis récoltés sont nuancés, ils ne vont globalement pas dans le sens d'un gros changement.
Par rapport aux années précédentes, j’ai l’impression que la surface est inchangée
"Honnêtement, je n’ai pas l’impression que ce soit plus rapide, estime Younes El Aynaoui, le coach marocain de Hugo Gaston, qui a été le seul Français à franchir les qualifications. C’est toujours très abrasif, en témoignent les quantités de peluches de balle que l’on trouve partout sur le court. Par rapport aux années précédentes, j’ai l’impression que la surface est inchangée." "Les court me paraissent similaires aux années passées, c'est-à-dire très lents", confirme Brad Stine, l'entraîneur de Tommy Paul. On s'est entraîné avec Zverev sur le Stadium 1, le rebond était très haut."
Ce n'était pas tout à fait l'avis d'Elena Rybakina qui a trouvé le rebond "un peu plus bas" qu'avant, tandis qu'Aryna Sabalenka jugeait pour sa part les courts légèrement plus rapides. Quant à Daniil Medvedev, évidemment tout de suite sondé sur le sujet, il a tranché d'un toujours très mesuré : "c'est encore plus lent qu'avant !" Bref, comme toujours, difficile de trouver deux avis purement identiques et s'il n'y a pas de réelle unanimité, cela veut certainement dire qu'il n'y pas de réelle différence.
Après, le court ne fait pas tout. Ce qui fait avant tout la particularité d’Indian Wells, c'est sa météo, à la fois extrême et variable. La proximité du désert et des montagnes influe sur le coefficient de pénétration dans l’air, et donc sur la rapidité (ou la lenteur) des conditions, bien au-delà du revêtement en lui-même, finalement. D’ailleurs, l’indice officiel de vitesse des courts (« Court Pace Index ») divulgué par l’ATP montrait qu’en 2024, le Masters 1 000 sur dur le plus lent n’était pas Indian Wells mais… Miami (36.9 contre 35.5), le plus rapide étant, de loin, le Rolex Paris Masters (45.9).
Et puis, bien sûr, il y a les balles. Voilà longtemps que les joueurs les fustigent sur le circuit. Or, les choses risquent de ne pas s’arranger cette année à Indian Wells. "Autant je pense que la surface ne sera pas un sujet, autant on risque de beaucoup reparler des balles, poursuit El Aynaoui, qui n’a lui-même jamais gagné un match à Indian Wells alors qu’il avait atteint les quarts de finale à Miami, en 2003, face à Agassi. Au bout de cinq minutes d’échauffement, elles sont déjà tout usées, c’est incroyable ! On a du mal à créer de la vitesse, elles ne répondent pas du tout. Je suis beaucoup plus concerné par ça que par les terrains."
A l’inverse des balles, l’une des particularités de ces surfaces en résine en acrylique, pour y revenir, est de s’accélérer à l’usage, selon un effet de ponçage. Il faudra donc attendre quelques jours pour avoir un retour d’expérience plus précis des joueurs. En attendant, les organisateurs du tournoi, dans un communiqué, se sont avant tout félicités de l’uniformité des terrains garantie "à 0,5 point près" (selon le fameux Court Pace Index) par le savoir-faire Laykold. Dans un même stade, les joueurs peuvent parfois avoir l’impression de jouer, d’un court à un autre, sur deux surfaces différentes. Ce ne sera, a priori, pas le cas à Indian Wells cette année.
Je me considère comme un joueur capable de très bien s’adapter à toutes les conditions et à toutes les surfaces
"Notre succès vient de là, les joueurs s’aperçoivent que l’on est capables de faire quelque chose de très constant et ils sont à la recherche de cela, appuie Jean-Pierre Bailly, directeur commercial de Polytan France, la marque chargée de l’installation des surfaces en Laykold dans l’Hexagone, où elle a ainsi équipé ces derniers mois le Moselle Open ainsi que les Challengers de Brest, Lille et Quimper notamment. C’est cohérent d’avoir un revêtement similaire sur les gros tournois américains car les joueurs aiment bien avoir des conditions équivalentes dans chaque pays."
Les pourfendeurs de la diversité des surfaces et d’une tournée américaine qu’ils jugent déjà longue et monotone en seront, eux, pour leurs frais. Quant à Carlos Alcaraz, lui, il s’en fiche. Pour l’instant en tout cas. "Je me considère comme un joueur capable de très bien s’adapter à toutes les conditions et à toutes les surfaces. Même si les courts sont plus rapides, je serai capable de jouer du très bon tennis." De cela, en revanche, on n’en doute pas une seconde.
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