Jack Draper sacré à Indian Wells : et si c'était lui, le nouveau Nadal ?
Par Rémi Bourrieres
Mis à jour 17/03/2025 à 18:28 GMT+1
Dans son jeu et dans la manière dont Jack Draper a démoli Holger Rune en finale, et plus globalement dominé le BNP Paribas Open où il a décroché dimanche son premier Masters 1 000, beaucoup ont cru voir en lui des réminiscences de Rafael Nadal. Incongru, pour un Anglais élevé sur surfaces rapides ? Peut-être un peu, oui. Mais à y regarder de plus près, les similitudes ne sont pas fortuites…
On espérait mieux et on attendait plus long : la démo de Draper face à Rune en vidéo
Video credit: Eurosport
En quelque sorte, il avait envoyé un premier indice en décochant en quart de finale, face à Ben Shelton, un passing "banana shot" de coup droit comme s'en délectait un ancien grand maître espagnol fraîchement retraité. Et puis, on en était là à le regarder torturer Holger Rune pour sa première finale en Masters 1 000, dimanche à Indian Wells, quand soudain, des similitudes assez troublantes sont devenues plus évidentes, jusqu'à sauter aux yeux de certains observateurs : oui, il y avait bien du Rafael Nadal dans ce Jack Draper. Au moins un peu. Parfois beaucoup sur certains coups, en premier lieu, évidemment, sur son coup droit de gaucher.
Lors de l'interview que Rafa a donnée cette semaine à Andy Roddick pour le compte du podcast Served tenu par l'ancien joueur américain, ce dernier expliquait à quel point le Majorquin était un enfer à jouer à Indian Wells, en raison du rebond très haut qui amplifiait le volume de ses frappes survitaminées en lift, particulièrement côté coup droit. "A-Rod" parlait en connaissance de cause, pour avoir été battu deux fois en deux petits sets par Rafa dans le Masters 1 000 californien (2007 et 2009). Chez lui, dans son pays, et sur sa surface.
Dimanche, Jack Draper a infligé un peu le même supplice à Holger Rune, en réduisant le Danois à la plus totale impuissance par une utilisation très "nadalesque" de son coup droit. Pas forcément tout en puissance (quoi que…) mais plutôt tout en courbes, tout en longueur et en plus, on va y revenir, avec une précision diabolique. Avec son redoutable service de gaucher, aussi efficace en slice côté avantage que kické côté égalité, c'est clairement avec son coup droit que le Britannique a bâti son sacre, comme Rafa une grande partie de sa légende.
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Draper a surpris Shelton : le résumé
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Les chiffres que nous a communiqués TennisViz, qui fournit les statistiques pour l'ATP, révèlent en effet une progression massive du coup droit de Jack Draper sur ce tournoi d'Indian Wells par rapport aux mois précédents. Arrêtons-nous d'ailleurs quelques instants sur ces données :
- Vitesse moyenne du coup droit de Draper à Indian Wells : 123,9 km/h (contre 119 sur les 52 dernières semaines, et 122,3 pour la moyenne du circuit).
- Spin moyen de son coup droit à Indian Wells : 3384 rotations/minute (contre 3125 et 2844).
- Nombre de coups droits tombés à moins d'un mètre des lignes de couloir : 30% (contre 27% et 28%).
- "Shot quality" de son coup droit à Indian Wells (un indice calculé en faisant la synthèse de ces différentes données) : 8.6 (contre 7.7 et 7.5).
En résumé : là où, en vitesse pure, son coup droit était jusqu'alors un peu inférieur à la moyenne du circuit (sa précision aussi), Jack Draper l'a élevé en Californie au cran supérieur, même si certains restent au-dessus comme le numéro 1 mondial, Jannik Sinner, le grand absent d'Indian Wells, avec 125,5 km/h de vitesse moyenne sur l'année écoulée. En revanche, si l'on prend en compte le ratio vitesse/spin, alors Jack Draper se situe tout en haut du panier. Ses chiffres en coup droit à Indian Wells sont comparables et même légèrement supérieurs aux chiffres moyens de Carlos Alcaraz (122,3km/h-3236 rpm). Et c'est ce ratio-là qui faisait, bien sûr, la grande force de Rafa.
Côté revers aussi, on a vu certaines similitudes entre le désormais 7e mondial et l'ancien Roi de la terre. Notamment sur un revers bien précis, le revers appuis ouverts en bout de course. Par la puissance de l'ancrage de son pied droit au sol, son gainage et l'action de sa main directrice, Rafa était réputé pour être l'un des rares joueurs capables de ré-accélérer ce type de balles, et non pas de les jouer simplement en contre. Draper a, lui aussi, montré cette faculté avec en plus, on le jurerait, quelques petits mimétismes dans la gestuelle.
Je suis un peu bizarre. Je joue au tennis de la main gauche, mais tout le reste, je le fais de la main droite. Je ne sais pas trop d'où ça vient.
Mais cela, finalement, est-il si étonnant ? En creusant un peu, on s'aperçoit que tout Anglais qu'il soit, Jack Draper n'avait pour idole d'enfance ni Andy Murray ni Tim Henman. Non, lui n'avait d'yeux que pour Rafael Nadal, jusqu'à adopter dans sa jeunesse le fameux look pirate de ses débuts. Il a évolué, ensuite, pour adopter un look "Gentleman Jack" plus sobre et plus classique, bref plus au diapason de ses racines anglaises. Mais si quelqu'un a des "dossiers" du petit Jack en pantacourt et débardeur, qu'il nous fasse signe !
Plus troublant encore. L'an dernier, à l'occasion d'une interview pour l'édition britannique de Vogue, magazine pour lequel il est mannequin à ses heures, Draper avait révélé que, comme Nadal, sa latéralité n'est pas très claire. "Je suis un peu bizarre. Je joue au tennis de la main gauche, mais tout le reste, je le fais de la main droite. Je ne sais pas trop d'où ça vient", avait-il expliqué. Rafa, sors vraiment de ce corps…
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Nadal s'en sort face à Draper : la fin de match
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Ce qui est "bizarre" aussi, dans tout ça, c'est qu'au premier regard, Jack Draper est l'antithèse de Rafael Nadal. Il n'a jamais gagné un match à Roland-Garros, jamais atteint le troisième tour d'un Masters 1 000 sur terre battue, jamais la moindre demi-finale d'un tournoi du circuit principal, jamais gagné le moindre titre en Future ou Challengers. Bref, a priori, c'est tout sauf un joueur de terre battue. N'oublions pas qu'il est Anglais, tout de même…
Vu ses qualités que l'on vient d'exposer, cela devrait changer rapidement (pas sa nationalité, ses résultats sur terre), mais ne nous faites pas dire non plus ce que l'on n'a pas dit : Jack Draper ne gagnera pas 14 fois Roland-Garros, pour la simple raison déjà que personne ne gagnera jamais plus 14 fois Roland-Garros. Peut-être même ne gagnera-t-il jamais Roland-Garros. Et peut-être aussi restera-t-il toute sa carrière un spécialiste de surfaces plus rapides.
Mais il a tout de même gagné, à Indian Wells, une comparaison flatteuse qui était plutôt réservée jusque-là à Carlos Alcaraz, essentiellement pour une question de nationalité et d'état d'esprit. Essentiellement aussi parce qu'en tennis, on ne peut pas s'empêcher de chercher des "dignes successeurs de…". Ça ne sert à rien mais c'est humain, et ça ne mange pas de pain. Alors, sur un plan purement technique, tactique, gestuel, et si c'était plutôt Jack Draper, le véritable héritier de Rafael Nadal ?
En tout cas, pour ceux qui croient aux signes, en voici un autre. Le dernier match de sa légendaire carrière que Nadal avait pu jouer dans un état "normal", c'était face à Jack Draper, le 16 janvier 2023, au 1er tour de l'Open d'Australie. Vainqueur en quatre sets disputés, Rafa, qui était alors tenant du titre, avait déclaré ensuite avoir hérité du 1er tour le plus difficile qui soit, "face à un adversaire promis à un grand avenir". Deux jours plus tard, face à Mackenzie McDonald, il se blessait à l'ilio-psoas et n'allait plus jamais s'en remettre. Mais Draper a assumé sa prédiction. Et assuré son héritage ?
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