Arthur Fils change de coach - Le coach étranger, passage obligé pour gagner un Grand Chelem ?
Eurosport sur GoogleArthur Fils a remercié Sébastien Grosjean la semaine dernière et n’a, désormais, plus qu’un seul entraîneur : le Croate Ivan Cinkus. Comme d’autres Bleus avant lui, le numéro 1 français a fait le choix d’un coach étranger pour progresser dans sa carrière. Faut-il nécessairement en passer par là pour intégrer le top 10 ou gagner un Grand Chelem ? Tentative de réponse.
"Fils n'a pas trop de limites, il peut aller chercher le Top 10"
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"Si vous voulez gagner quelque chose, vous devez faire vos valises et partir à l’étranger. Ici (en France, ndlr), vous avez des entraîneurs qui n’ont jamais gagné et vous êtes entourés de gens qui n’ont jamais rien gagné." En 2023, comme il aime le faire à intervalle régulier, Yannick Noah fout la pagaille dans le petit monde du tennis français. Faut-il nécessairement aller voir ailleurs pour devenir un champion ? La question revient alors qu’Arthur Fils a choisi de se séparer de Sébastien Grosjean, ancienne gloire tricolore, quelques semaines seulement après avoir officialisé l’arrivée d’Ivan Cinkus dans son staff.
Aujourd’hui, le Croate devient le seul entraîneur principal du tout nouveau numéro 1 français, du moins jusqu'à Roland-Garros. Pourquoi ? "C'est une mentalité différente, expliquait Fils sur les ondes de RMC ces derniers jours. Ça ne passe par cent chemins pour dire quelque chose. C'est très droit et c'est très bien. S'il veut me dire que je suis nul et que je joue mal, il va me le dire et il aura raison. Oui, il faut que ce soit direct sinon tu perds du temps. C'est mieux quand ça va droit. C'est plus simple." Plus direct, moins cajoleur les entraineurs étrangers ?
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Ivan Cinkus en compagnie de Marin Cilic à Wimbledon en 2018
Crédit: Getty Images
J’ai baigné dans le tennis français toute ma carrière et je pense en avoir un peu fait le tour
C’était déjà le sens du choix de Jo-Wilfried Tsonga il y a plus de dix ans. En 2012, un an et demi après la fin de sa collaboration avec Eric Winograsky, il choisit lui aussi de s’associer à un coach étranger et fait appel à Roger Rasheed qui avait déjà travaillé avec Gaël Monfils de 2009 à 2011. Comme souvent dans pareilles circonstances, le Manceau, numéro 1 français de l’époque, veut se confronter à une autre vision. Il se justifie : "J’ai baigné dans le tennis français toute ma carrière et je pense en avoir un peu fait le tour. Il voit les choses différemment. Il est très dur au mal, il n’a pas trop d’états d’âme sur les choses futiles."
Alors, les entraîneurs français sont-ils trop gentils ? "Je n’y crois pas une seconde, nous répond Nicolas Escudé, ancien DTN du tennis français et coach de Jo-Wilfried Tsonga ou Nicolas Mahut. Pour ce qui est de Roger Rasheed, il ne faut pas oublier qu’à la base, c’est un préparateur physique et son approche peut être, du coup, un peu plus dure au mal. Pour le reste, l’entraîneur français trop gentil, c’est un cliché."
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Fils, entre orgueil et grand spectacle ?
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Entraîneur - joueur, une relation déséquilibré
Ce qu’il ne faut jamais oublier, c’est qu’en tennis, contrairement au sport collectif, le joueur reste l’employeur de son entraîneur, les relations s’en trouvent forcément impactées. Il est parfois plus difficile de dire ses quatre vérités à son patron. En France comme à l’étranger. Pour Tsonga, l’expérience étrangère tournera court, quelques mois seulement, à cause de la barrière de la langue et de l’éloignement géographique.
Comme Fils, Tsonga soulignait en creux la nécessité pour lui de se frotter à plus d’exigence. Mais aussi à s’ouvrir des perspectives au-delà d’un strict cadre franco-français forcément restrictif. Nicolas Mahut, lui aussi, a franchi le pas dans sa carrière, à deux reprises.
Avec Mark Woodforde et Gabriel Urpi. Il se souvient des bénéfices qu’il en a tirés : "Ça ouvre des perspectives, nous confie-t-il. Notamment d’un point de vue purement culturel. Si je prends un exemple : Gabriel Urpi me répétait tout le temps que nous, les joueurs français, quand on gagnait, on se prenait pour les meilleurs du monde, qu’on était imbattables mais que si on essuyait une mauvaise défaite, on se retrouvait au plus bas, dans le trou. Il n’y a jamais de juste milieu. Alors qu’en Espagne, qu’on gagne ou qu’on perde, on s’entraîne de la même manière. C’est vrai qu’on a tendance à avoir des écarts dans l’investissement dont la qualité est tributaire de nos résultats."
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Jo-Wilfried Tsonga
Crédit: Getty Images
La vision française est particulière, avec les mêmes outils et des trucs qui finalement ne marchent pas. Ou qui marchent à un certain niveau mais pas après.
En 2013, Gilles Simon choisit de se séparer de Thierry Tulasne pour Jan De Witt. Avec son franc-parler habituel, il avait mis le doigt sur un autre point essentiel : "Il y a un gros manque à penser en France au niveau du jeu. J’ai souvent entendu les mêmes choses. Il y a du bon mais il y a aussi du moins et donc du limitant. La vision française est particulière, avec les mêmes outils et des trucs qui finalement ne marchent pas. Ou qui marchent à un certain niveau mais pas après."
Pour atteindre l’excellence, il faudrait donc aller voir ailleurs comme l’affirmait Noah en 2023. "Je n’y crois pas une seconde, nous confie encore Nicolas Escudé. Ce qui discrédite les entraîneurs français, c’est qu’aucun d’entre eux n’a gagné un Grand Chelem avec un Français depuis 1983. On part de ce constat pour dire que les entraîneurs français sont nuls. Mais que ce soit Gasquet, Monfils, Tsonga ou Simon, ils n’ont jamais gagné de Grand Chelem avec leurs coaches étrangers même si parfois, ça a extrêmement bien marché."
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Paul-Henri Mathieu aux côtés de Sébastien Grosjean et Nicolas Escudé
Crédit: Getty Images
Cervara, Fontang, Faurel...
Tsonga, Gasquet et Simon ont connu leur prime aux côtés de coach français ce qui contredit l’idée selon laquelle un entraîneur étranger boostera forcément une carrière. "Par contre, on a un entraîneur français (ndlr : Gilles Cervara) qui a gagné un Grand Chelem avec un joueur étranger (ndlr : Daniil Medvedev)", continue Escudé pour appuyer son propos.
Les coaches tricolores ont, en effet, aujourd’hui largement intégré les staffs des meilleurs joueurs du monde : Gilles Cervara, coach de l’année 2019, s’occupe donc de Daniil Medvedev, Frédéric Fontang collabore avec Félix Auger-Aliassime, Jean-Christophe Faurel est un membre essentiel du staff de Coco Gauff, Sam Sumyk ou Dimitri Zavialoff, figures du coaching sur le circuit féminin, ou l’incontournable Patrick Mouratoglou devenu l’un des coachs les plus reconnus de la planète. Et Escudé de conclure : "Mais, pour autant, je ne suis pas certain que si ses techniciens collaboraient avec des joueurs tricolores, on aurait gagné des Grand Chelem."
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