ATP S'Hertogenbosch - "Comme un loyer à payer tous les mois" : Félix Auger-Aliassime, une semaine après la déprime
Par Laurent Vergne
Mis à jour 12/06/2026 à 14:56 GMT+2
Etrange situation que celle de Félix Auger-Aliassime. Il reste sur un échec douloureux en quart de finale de Roland-Garros, mais ce résultat lui a permis de se hisser à la 4e place dans la hiérarchie mondiale, soit son nouveau meilleur classement. Néanmoins, le Québécois reste lucide : pour s'y maintenir, il va devoir performer. Dès cette semaine sur gazon. Alors, il a vite tourné la page.
Félix Auger-Aliassime aura-t-il la main verte en 2026 ?
Crédit: Getty Images
Les joueurs le disent souvent. En tennis, le rythme est tel que les temps dédiés à la célébration sont rares et éphémères. Il faut sans cesse tourner la page et se remettre au boulot. Et vite. L'avantage, c'est qu'il en va également dans l'autre sens. Quand vous quittez un tournoi la tête basse, l'échéance suivante débarque illico. Ainsi, Félix Auger-Aliassime, affecté comme jamais on ne l'avait vu après son échec en quart de finale de Roland-Garros face à Flavio Cobolli la semaine dernière, est déjà de retour sur les courts.
C'était, sinon la chance d'une vie, une occasion en or pour le Canadien. À 25 ans, il en aura peut-être d'autres, mais ce Majeur sans Alcaraz et délesté de Sinner et Djokovic, constituait une aubaine pour tout le monde. Surtout dans ce haut du tableau plus faible que la partie basse. Mieux, ou pire, avec le forfait à venir de Matteo Arnaldi (dont il ne savait évidemment rien avant de jouer son quart de finale), ce match face à Cobolli ouvrait grand les portes de sa première finale de Grand Chelem. D'où son dépit en forme de déprime après la rencontre, où il s'est épanché avec franchise en mode "j'en ai marre de moi, de ma carrière, et de ne pas avancer." Ce ne sont pas ses mots exacts, mais son ressenti n'est pas trahi.
Dans son cas, le bilan à dresser au moment de tourner le dos à Roland-Garros s'est doublé d'un vrai paradoxe : ce lundi, il s'est hissé à la quatrième place mondiale. Le meilleur classement de sa carrière. Ce n'est pas rien. Sur de telles hauteurs, chaque marche gravie constitue un pas important dans la hiérarchie historique. Ils sont de moins en moins nombreux à chaque fois. Devenir Top 5. Puis Top 5. Puis faire partie, peut-être, un jour, de ceux qui sont montés sur le podium au cours de leur carrière. Mais il n'a pas vécu cela comme une promotion ou une avancée. Ce meilleur classement de sa vie survient au moment de ce qu'il vit comme un échec massif.
Il y a trois joueurs devant moi… et beaucoup d’autres en dessous qui méritent d’être à ma place
Au moins cette période de l'année constitue-t-elle une vraie césure. Adieu la terre battue, bonjour le gazon. Changement de décor, de style, et de jeu, dans une certaine manière, même si nous ne sommes plus à l'époque de Björn Borg, quand la conquête du "Channel Slam" faisait office d'exploit ultime du tennis, tant le tennis sur ocre ou sur herbe étaient antinomiques. L'homogénéisation des surfaces est passée par là et à peu près n'importe qui, au sein de l'élite, peut briller indifféremment sur l'une ou l'autre.
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Video credit: Eurosport
Il subsiste toutefois des nuances et Félix Auger-Aliassime les aime plutôt. "On ne joue pas souvent de tournois sur gazon. C’est une surface que j’apprécie. Je m’y suis toujours senti à l’aise", a-t-il rappelé jeudi après avoir remporté son premier match à s'Hertogenbosch, face au Hongrois Marton Fucsovics (6-3, 6-4). "C'est agréable de retrouver le gazon, mais pour un premier match, on ne sait jamais à quoi s'attendre, a-t-il ajouté. Il faut faire attention à ses déplacements. Il y a beaucoup d'ajustements à faire, mais on est très concentrés et on essaie de s'adapter au mieux."
Il a donc bien étrenné son nouveau statut de numéro 4 mondial même si, à vrai dire, il ne se sent pas vraiment un autre homme. "Ma vie n'a pas changé, sourit-il, avant de lâcher, du bout des lèvres : "c'est une progression." Ce n'est déjà pas si mal de l'entendre en convenir après son autodénigrement d'il y a quelques jours à Paris. Ce qui est certain, c'est que pour continuer à avancer dans le classement, il devra franchir un cap dans les grands tournois. Ne plus perdre un match à sa portée comme celui contre Flavio Cobolli la semaine dernière.
Il le sait, il est plus le premier membre d'un très imposant peloton, que le dernier élément de ce qui serait un Big Four, en compagnie de Jannik Sinner, Carlos Alcaraz et Alexander Zverev. "Il y a trois joueurs devant moi maintenant, et beaucoup d'autres en dessous qui sont très bons et méritent d'être à ma place", a-t-il concédé aux Pays-Bas. La seule solution, répondre sur le court, semaine après semaine. Pour tenir son rang, avant éventuellement de regarder au-dessus. "Il faut se battre, dit-il. C'est comme un loyer à payer tous les mois : il faut être présent sur le terrain." S'il cesse de payer, il sera délogé. Et vite. Il en a bien conscience.
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