"Février est, de tous les mois, le plus court et le plus matois", dit l'un des dictons consacrés au deuxième mois de l'année. On n'est pas sûr d'en saisir tout à fait le sens général mais, à l'échelle du tennis, ça colle en effet à peu près : il faut être assez retors, pour ne pas dire un brin tordu, pour saisir toutes les subtilités de l'agencement du calendrier ATP à une période de l'année qui semble un peu partir dans tous les sens. Dès la première semaine, le ton est donné : trois tournois sur trois continents et trois surfaces différentes (Pune sur dur, Montpellier en indoor, Cordoba sur terre battue). Ce sera, peu ou prou, comme ça durant tout le mois, le seul de l'année, hors saison "off" bien entendu, qui ne propose ni Grand Chelem, ni Masters 1000 (ou Masters). Heureusement qu'il ne fait que 28 jours, dites vous ? Même pas : 2020 est une année bissextile...

Bref, au lendemain d'un Open d'Australie chargé d'émotions, se remettre tout de suite la tête au tennis n'est pas une sinécure. Heureusement pour nous, Français, l'Open Sud de France à Montpellier et bientôt l'Open 13 à Marseille égayent sacrément le tableau. Sinon, c'est ainsi : en février, on joue n'importe où, sous toutes les latitudes et dans toutes les conditions. Dur à comprendre pour les suiveurs du tennis habitués à un agencement calendaire très structuré, avec des périodes consacrées au dur, à la terre battue, au gazon et à l'indoor, le tout organisé selon une cohérence géographique. Février fait donc figure d'exception, assumée par l'ATP lors de la grande refonte du calendrier en 2008, sous la présidence d'Etienne de Villiers.

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Le "mois de la tournée internationale"

"Il y a la tournée australienne, nord-américaine, asiatique, européenne, etc. Depuis la refonte du calendrier, on considère que février est le mois de la tournée internationale, nous éclaire Jean-François Caujolle, le directeur de l'Open 13. Cela permet aux joueurs, qui rentrent d'une tournée australienne très longue et assez particulière, de revenir jouer près de chez eux, sur leur surface de prédilection, et ainsi de retrouver quelques repères, sportifs ou familiaux... Pour moi, cette tournée internationale est plutôt une bonne chose. D'ailleurs, hormis Federer, Djokovic et Nadal qui ont besoin de souffler, tout le monde joue en février."

Le bazar apparent serait donc organisé, même s'il s'est aussi dessiné au fil de l'eau, en corrélation avec l'internationalisation du circuit. Ce n'est pas un hasard si l'on trouvait auparavant uniquement des tournois européens et américains en février. Ce n'est pas un hasard si le circuit s'est depuis largement exporté. Certes pas de la même manière que le circuit WTA qui, ayant plus de mal à faire recette en Europe, s'est très largement et délibérément "déconcentré" là où les sponsors sont le plus généreux – c’est-à-dire en Asie et au Moyen-Orient - quitte à y perdre une partie de son âme. Malgré un marché également très demandeur, les hommes, eux, ont fait bloc pour ne pas étendre outre mesure les tournois en Asie, où la plupart du temps ils rechignent à jouer… parce que la plupart ne sont pas Asiatiques, tout simplement.

Il suffit de regarder le tournoi de Pune (ex-Chennai), cette semaine, pour s'en rendre compte. Le plateau sportif comme l'affluence populaire - l'un expliquant en partie l'autre - sont, disons-le, plus dignes d'un Challenger que d'un ATP 250. Pour le coup, l'épreuve, censée se disputer la première semaine de l'année, a payé un lourd tribut à son déplacement au mois de février, conséquence de la naissance de l'ATP Cup, sorte d'éléphant rentré avec fracas dans la pataugeoire en arrosant copieusement ses voisins au passage.

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Un bazar nécessaire

A l'inverse, l'Open 13 présentera, comme souvent, mais plus encore que d'habitude, un plateau royal cette année (Medvedev, Tsitsipas, Goffin, Cilic, Khachanov…), plus fort en tout cas que l'ATP de 500 de Rio joué la même semaine. Un plateau qui a beaucoup à voir aussi, évidemment, avec la présence massive d'Européens et de résidents monégasques parmi les meilleurs. Tout comme le déclin du tennis US a beaucoup à voir avec la disparition de deux tournois américains historiques du mois de février, Memphis et San Jose. "Le problème culturel est une réalité, estime encore Jean-François Caujolle, qui milite pour la création d'une ou plusieurs catégories supplémentaires de tournois (des ATP 350, par exemple). Des joueurs européens ont du mal à aller passer un mois aux Etats-Unis ou en Asie. L'inverse est vrai aussi. A leur époque, les Sampras, Agassi, Courier ou Hewitt rechignaient à venir jouer à Monte Carlo, car cela leur faisait partir beaucoup trop longtemps de chez eux."

Entre la densité du calendrier, le déplacement "géopolitique" des sponsors et l'internationalisation du circuit, pas évident, concédons-le, de jongler avec tout ça et de trouver le juste équilibre. Quand il devient compliqué de ranger la maison, il y a toujours une pièce un peu fourre-tout dans lequel on entasse le bazar pour laisser le reste en ordre. C'est, en quelque sorte, le rôle ingrat mais nécessaire du mois de février dans le calendrier tennistique.

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