"L'essentiel, c'est les trois points", disent les acteurs de la Ligue 1 tous les samedis. Ce dimanche 20 septembre, Guy Forget avait un air de Guy Roux. Le capitaine de l'équipe de France de Coupe Davis, qui disputait contre les Pays-Bas (4-1) son premier barrage depuis l'été 2000 (victoire contre l'Autriche 5-0), n'avait qu'un objectif: le maintien dans l'élite. Pour ne pas plonger le tennis français dans un embarras assez profond, pour ne pas perdre sa propre crédibilité, sa place, et enfin, pour ne pas alléger le programme 2010 des meilleurs joueurs Français.

Pendant dix ans pile de bons et loyaux services, Guy Forget a été la figure de proue de l'équipage le plus chouchouté par les institutions. Il dirige ce qui a été défini depuis dix ans comme la mission la plus importante de la FFT, et semble bien parti pour rester aux commandes l'année prochaine. Et pourtant, en dix ans, Forget n'avait pas vécu un moment de solitude aussi intense qu'après la défaite de Gaël Monfils. Le paquebot France était en cale sèche à Maastricht, avec le risque d'envoyer tous ses membres aux galères du groupe I de la zone Europe/Afrique.

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Crédit: Imago

En dix ans, Guy Forget a vécu des triomphes et des désillusions terribles, la gloire en Australie (trophée 2001) et la défaite à Bercy l'année suivante. Dans le sillon de son ami et prédécesseur Yannick Noah, il a piloté trois générations : celle de Cédric Pioline, celle des Sébastien Grosjean/Nicolas Escudé/Arnaud Clément et maintenant celle des Richard Gasquet/Jo-Wilfried Tsonga/Gaël Monfils/Gilles Simon/Jérémy Chardy. Il n'était jamais passé aussi près de la relégation. Face à une équipe dont les joueurs étaient classés entre la 122e et la 316e place, la France et ses deux tops 15 n'avait pas le droit à l'erreur. Guy Forget a sous-estimé la pression ressentie par Gaël Monfils pour sa première participation. Il n'a pas su évaluer la baisse de son impact physique. Dos au mur orange, il a ensuite accompagné Jo-Wilfried Tsonga du regard - et de la parole pendant les matches- en espérant une chose: que celui-ci ramène les fameux "trois points" du maintien.

Tsonga supplante Forget...

Sans que cela soit révolutionnaire, il s'agit d'un tournant dans l'histoire récente de l'élite tricolore. Pour la première fois depuis que Guy Forget dirige l'équipe, un joueur a pris ses marques en tant que leader. Pour la première fois, Guy Forget n'est plus le seul axe autour duquel tourne l'équipe. C'est un changement qui apparaît bénéfique même si cela n'épargne pas certaines contradictions :

Guy Forget a construit sa carrière de capitaine comme un Yannick Noah "rationnel". Le principe est le même: le groupe passe avant le joueur, mais la façon de passer le message est un peu plus froid et un peu moins créatif. Quand le lien n'existe pas entre des hommes, Noah a ses recettes pour le créer. Faire une bouffe, s'isoler et parler etc... (On peut lire tous ces Secrets, c'est le titre de son livre). De l'extérieur, Forget a donné l'impression de s'appuyer sur l'identité immuable d'un groupe France idéal, pour souder chaque nouveau joueur. Depuis la période des potes Grosjean/Clément, la complicité n'a jamais fait la différence. L'équipe existe et se défend bien, mais elle ne se transcende pas.

C'est LA contradiction des équipes de Forget. Les équipes de Noah, en 1991 et 1996, avaient connu une émulation collective forte. Celle de Guy, en 2001, avait bénéficié de l'adhésion de Nicolas Escudé, décisif en finale. En 2009, Guy Forget sait ce qu'il doit à un seul joueur: Jo-Wilfried Tsonga. En bref: un bon capitaine, c'est bien, un bon leader, c'est mieux : "On a tous besoin de lui" , sait Forget. "Surtout quand les rencontres seront plus difficiles. Il fait beaucoup de bien. Quand on a dans son équipes quelqu'un qui peut jouer simple et double, ramener trois points, cela enlève un peu de pression aux autres."

Les trois points de Tsonga, c'est ce qui a sauvé la vie du groupe et la place de Forget. Le contrat du capitaine vient effet à expiration. Lui qui a résisté aux querelles politiques de l'ère Bîmes (Christian, l'ancien président de la FFT), aurait été sous pression en cas de relégation : "Je suis effectivement en fin de contrat avec la Fédération. Pour moi, ce n'est que du bonheur. Une nouvelle équipe dirigeante s'est mise en place à la tête de la FFT. A elle de choisir avec qui elle veut travailler pour mener cette équipe. Je reste à la disposition du groupe. Avec le staff, on a pris beaucoup de plaisir toute cette semaine."

... et Tsonga soutient Forget

Qu'en pense le principal acteur de l'équipe, Jo-Wilfried Tsonga ? Guy Forget doit-il rester ? Il acquiesce: "Pour moi, oui. C'est avec lui que le groupe a commencé. Il faut persévérer. Il faut garder les mêmes joueurs, le même staff, pour que la mayonnaise prenne." Tout en se préservant une certaine indépendance. Pendant l'US Open, le N.1 français avait clairement exprimé ses priorités. Selon lui, c'est une victoire en Grand Chelem qui apportera le plus au tennis français, pas une victoire en Coupe Davis. Lui qui s'était montré défiant envers les bouleversements à la FFT (départ de Patrice Dominguez), détient pour l'instant les clés du projet Coupe Davis. S'il décide de ne faire que quelques piges comme Roger Federer et de se concentrer sur les grands rendez-vous, il faudra que Guy Forget repense son approche. En intégrant Jérémy Chardy assez tôt, contrairement à ce qu'il avait fait avec Gaël Monfils, il peut élargir sa base et voir venir :

"On ne peut être qu'optimistes quand on voit la qualité des joueurs de cette équipe. Mais on a vu aussi qu'une équipe sur le papier anodine peut battre une équipe beaucoup plus forte quand elle joue à domicile. C'est une question de timing, d'opportunité, d'inspiration aussi, mais surtout d'esprit, de valeurs de groupe. Les Tchèques, qui nous ont battus au premier tour, sont aujourd'hui en finale de la Coupe Davis. Chaque année, ce sont de nouvelles ambitions, et de nouveaux problèmes aussi à résoudre. Il faut un peu de réussite. Il faut surtout du coeur." Et un Tsonga. La garantie contre le mal au coeur pendant les tempêtes...

A SAVOIR : Les premiers matches des Français en Coupe Davis

Depuis la création du groupe monde, en 1981, un seul joueur a gagné ses six premiers matches : Nicolas Escudé.
. Arnaud Clément et Thierry Tulasne avaient perdu le troisième.
. Cédric Pioline et Richard Gasquet le deuxième.
. Yannick Noah, Henri Leconte, Guy Forget, Arnaud Boetsch, Sébastien Grosjean, Fabrice Santoro et Paul-Henri Mathieu avaient perdu le premier.

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