Coupe Davis - Finale - Nouveau sacre de l'Italie - Flavio Cobolli, croissance express : Il est là, le troisième homme !
Par Laurent Vergne
Mis à jour 24/11/2025 à 07:26 GMT+1
La polémique Jannik Sinner a été vite oubliée. L'absence de Lorenzo Musetti aussi. L'Italie s'est trouvé des nouveaux héros à Bologne. Un, surtout. Flavio Cobolli, 23 ans, a affiché un caractère hors normes, à l'image de sa victoire contre Jaume Munar dimanche en finale contre l'Espagne (1-6, 7-6, 7-5), qui a offert la Coupe Davis à son pays. Il a beaucoup grandi en quelques jours.
Flavio Cobolli.
Crédit: Getty Images
"Ça fait trois jours que je dis que c'est le plus beau jour de ma vie !" Flavio Cobolli est hilare. Emu, aussi. Le nouveau héros du tennis italien est à peine remis de ses secousses émotionnelles ce dimanche soir à Bologne quand il tente de mettre des mots sur ce qu'il vient de vivre. "Je ne sais même plus où je suis, je ne sais pas qui je suis, je ne sais pas ce que j'ai fait, a-t-il commenté à chaud. La seule chose que je sache, c'est que je suis champion du monde".
Calé dans l'ombre imposante de Jannik Sinner, voire dans celle de Lorenzo Musetti, le Florentin a été contraint de tenir un rôle de leader dans cette phase finale de Coupe Davis. Il a tenu ce rang qui, en théorie, n'était pas encore le sien. Avec son grand frère Matteo Berrettini, l'idole de sa sortie de l'adolescence, il est allé chercher ce titre. Sans Sinner. Sans Musetti. Ce duo-là, c'est une histoire d'amitié enfantine. "Matteo est comme mon frère, mon papa s'est occupé de lui", rappelle Cobolli. "Je l'ai vu grandir, raconte l'ancien finaliste de Wimbledon. J'étais auprès de lui quand il a abandonné le football pour le tennis. Je suis heureux pour lui et pour sa famille. Il fait partie de ma vie."
Il ne renonce jamais
La Coupe Davis n'a plus l'aura qui fut la sienne jadis, mais elle permet toujours de vivre des émotions assez incomparables, surtout quand on évolue devant son public, comme ce fut le cas de Cobolli et Cie. On ignore si cette semaine bolognaise sera de nature à marquer sa carrière et lui faire franchir un cap comme ce fut le cas pour tant d'autres avant lui par le passé dans pareilles circonstances, mais quelque chose nous dit qu'il aura tout de même beaucoup grandi en quelques jours.
Tennistiquement, il n'a pourtant en apparence pas réussi des prodiges en battant Filip Misolic, Zizou Bergs et Jaume Munar, tous moins bien classés que lui. Mais ces rencontres vont bien au-delà des histoires de classement. Il y a tout ce que le contexte lui imposait et tout ce qu'il a su assumer, affichant une force de caractère assez incroyable, que ce soit avec ces sept balles de match sauvées contre Bergs ou, ce dimanche, ce match si mal embarqué contre Munar en finale, qu'il a su renverser après une nouvelle bataille de trois heures (1-6, 7-6, 7-5).
Fabio Fognini, le grand frère à la retraite, n'est pas étonné outre mesure. Lui aussi connait bien le jeune Cobolli. "Je connaissais Stefano, son père et son coach, a raconté l'ancien vainqueur du Masters 1000 de Monte-Carlo au Corriere della Sera. Je lui avais dit 'Amène ton fils, envoie-le s'entraîner avec moi'. J'ai immédiatement compris que Flavio était un dur au mal, quelqu'un qui était fait pour la bagarre sur le court. Il aime ça. Il avait cette grinta, cette détermination. Il ne renonce jamais." Cobolli avait 17 ans à l'époque et ce portrait n'a pas été trahi ces derniers jours à Bologne.
Top 20 ? Top 10 ?
"Je ne sais même pas comment j'ai gagné aujourd'hui, Jaume jouait tellement bien", estime le héros. C'est vrai qu'il aurait pu sombrer, tant il était dépassé par le tennis de son adversaire plus que par le poids de l'évènement. Il y avait aussi la fatigue, physique et plus encore émotionnelle, de ces derniers jours. "J'étais fatigué après la Belgique", dit-il. Samedi, entre la demie et la finale, il n'a pas été question de tennis : "On a fait comme les champions du monde 2006 avaient fait : on a joué à la Playstation toute la journée !" Hilare, encore.
À l'heure où le tennis masculin s'interroge, cherchant un possible troisième larron pour venir chatouiller le nouveau "Big 2" omnipotent façonne par Carlos Alcaraz et Jannik Sinner, Flavio Cobolli a peut-être l'étoffe d'un autre type de troisième homme. Celui du tennis italien. La Botte compte un monstre en Sinner, et un lieutenant qui ferait le bonheur d'à peu près n'importe quel pays en tant que leader en Musetti. Cobolli, lui, est déjà 22e mondial, ce qui ferait de lui le numéro un… français, par exemple, mais il reste encore en retrait de ses deux compatriotes.
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Flavio Cobolli.
Crédit: Getty Images
Nous saurons dans les prochains mois s'il est prêt à passer un cap supplémentaire. Sa chance, c'est de pouvoir avancer sans avoir à porter le tennis italien sur ses épaules, même s'il a montré à Bologne que les responsabilités ne l'effrayaient pas. Elles auraient plutôt tendance à le galvaniser, à le rendre plus fort. S'il n'atteint pas les sommets, ce ne sera pas par manque de caractère. "Ça, il l'a, répète Fabio Fognini. Maintenant, il doit encore progresser sur le plan technique, tennistique. Mais il sait tout ça."
Alors, quoi, en 2026 ? Le Top 20 ? Il est déjà tout proche. Le Top 10 ? Une explosion à mi-chemin entre celle de Musetti et celle de Sinner ? Patience. Il a déjà beaucoup avancé cette année. Décroché ses premiers titres, dont un 500, à Hambourg. Il a aussi atteint son premier quart de finale en Grand Chelem, à Wimbledon. Mais ces quelques jours à Bologne pourraient avoir boosté sa croissance. La Coupe Davis n'a plus grand-chose pour elle, mais elle a encore cette vertu, ce pouvoir.
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