Est-il temps de se réconcilier (un peu) avec la Coupe Davis ?
Par Laurent Vergne
Publié 15/09/2025 à 16:01 GMT+2
Peut-être êtes-vous passés à côté, mais ce week-end de Coupe Davis a vraiment valu le détour, et la chose est devenue rare pour cette épreuve en mal d'identité depuis des années et sa chaotique nouvelle formule. La confirmation que rien ne vaut le format domicile-extérieur. Sans lui, ce n'est plus la Coupe Davis, tout simplement. Ces derniers jours, l'esprit était là.
Coupe Davis : La joie des Belges après leur exploit en Australie.
Crédit: Getty Images
Assumons notre nostalgie. La Coupe Davis, c'était mieux avant. Dans toute son imperfection, avec tous ses défauts. Mais oui, c'était mieux avant. Mieux que cette bouillie, piquette à la Pique, laquelle avait réussi l'invraisemblable exploit d'être tout à la fois sans la moindre saveur et de mauvais goût. C'est déjà la 7e édition de l'ère "moderne" de l'épreuve et c'est peu dire qu'elle s'est cherchée ces dernières années. Peut-être est-elle sur la voie d'une forme de rédemption, pour ceux qui regrettent ses grandes heures.
La formule a quelque peu évolué cette année. Elle a gagné en simplicité et s'est rapprochée de l'identité de la Coupe Davis. Deux tours de qualification, un juste après l'Open d'Australie, l'autre juste après l'US Open, puis la "Finale à 8", avec quarts, demie et finale, au mois de novembre, chez le tenant du titre italien. Oubliées les immondes phases de poules en des lieux où le public, peu présent et/ou peu concerné, n'aidait pas à ôter le côté lugubre du rendez-vous. C'était un fiasco total.
Soyons clairs : tout n'est pas parfait. Ce n'est pas la Coupe Davis que vous avez peut-être connue dans les années 80, 90, 2000 ou 2010. Il manque et manquera toujours le format en trois sets gagnants, celui qui plonge ce sport dans une dimension supérieure. Le "best of 5", désormais cantonné au seul Grand Chelem, est mort pour ce qui est de la "Davis" comme de tout le reste. Dommage. Sans doute manque-t-il aussi une forme de continuité. Sept mois et demi séparent le premier du deuxième tour. Difficile, dans ces conditions, de garder le contact émotionnel avec la compétition.
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Jiri Lehecka
Crédit: Getty Images
Des moments qui suintaient bon l'ancien temps
Mais il y a tout de même du mieux puisque, de toute façon, rien ne pouvait être pire. Surtout, l'essentiel de l'ADN de la Coupe Davis prévaut lors de ces deux tours : le principe du domicile/extérieur dans des confrontations directes. Les années précédentes, ce n'était le cas que pour le premier tour, le moins intéressant, car le moins relevé. Mais ce week-end, avec de véritables oppositions et, en bonus, l'enjeu d'une place pour la phase finale, l'effervescence était réelle. Le plaisir aussi. Ce fut sans doute le meilleur week-end de Coupe Davis depuis 2018.
À défaut des matches au meilleur des cinq sets entre équipes, nous avons eu droit aux matches au meilleur des cinq points entre les équipes. Deux simples, un double puis, si besoin, retour aux simples. Certes, il manquait des stars. Carlos Alcaraz, et on le comprend, a voulu couper après l'US Open. Jannik Sinner et les autres Italiens étaient déjà qualifiés. Alexander Zverev a fait l'impasse, lui aussi. Mais il y avait tout de même du joli monde et du joli match.
Les États-Unis – République tchèque a valu le détour. Le trio Mensik – Lehecka – Machac a vaincu Taylor Fritz et Frances Tiafoe. Du lourd. La Belgique a signé un exploit qui fera date en Australie en s'imposant 3-2. Le royaume s'est trouvé un nouveau héros en la personne de Raphaël Collignon. Le 89e mondial a gagné ses deux simples, dont le match décisif face à Aleksandar Vukic, après avoir scalpé Alex de Minaur, 9e mondial, le premier jour. Ce genre de surprise, qui plus est face à des membres de l'élite, c'est aussi cela, l'esprit de la Coupe Davis.
Ces trois journées ont regorgé de moments spéciaux qui suintaient bon l'ancien temps. Idem pour le petit miracle espagnol. Sans Alcaraz ni Davidovich Fokina, les hommes de David Ferrer auraient pu sombrer contre le Danemark, qui a mené 2-0. Puis le discret Pedro Martinez s'est découvert une âme de guerrier pour épingler Holger Rune 7-6 au troisième set avant que Pablo Carreno Busta ne qualifie son pays au prix d'une formidable "remontada" dans une ambiance épique.
La Vieille Dame bouge encore
Il y a toujours un mauvais côté de l'histoire en Coupe Davis. Rune était les deux pieds dedans, dimanche. Il n'a pas goûté à la corrida des tribunes, jugeant l'arbitre trop "coulant" dans ces circonstances. Il a ainsi refusé de lui serrer la main, avant d'évoquer une "légère différence d'éducation" entre les Espagnols et d'autres pays. "Nous avons joué contre la Serbie, l'ambiance était incroyable aussi, mais il y avait clairement plus de respect", a-t-il confié à son compatriote, le journaliste danois Nicholas Albek. Qu'il ait tort ou raison importe peu. L'essentiel était qu'il le dise. Ces petites piques, ces aigreurs d'estomac incarnent, elles aussi, l'esprit de la Coupe Davis.
Même au-delà des sept duels qualificatifs pour le "Final 8", les barrages du groupe mondial (pour se maintenir ou accéder à l'élite en 2026) ont délivré quelques savoureux duels. Celui entre Joao Fonseca et Stefanos Tsitsipas, dimanche soir, par exemple. Le jeune Brésilien l'a emporté 7-5 au 3e set après avoir été mené 5-3, face à un Tsitsipas touché au dos. Ou la victoire du Pérou contre le Portugal. Un succès historique, parachevé par le jeune Ignacio Buse, 21 ans et 113e mondial, contre Nuno Borges. Là aussi, dans une ambiance formidable.
De Quito à Sydney, de Tokyo à Halifax, de Delray Beach aux quatre coins de l'Europe, le public a vibré. Dans les travées, peut-être des nouveaux convertis. Tant mieux. Sans doute aussi d'anciens amoureux déçus heureux de retrouver quelques effluves d'un passé qui, s'il ne reviendra pas, peut encore produire certains effets quand il revient à certains fondamentaux et s'approche d'un point d'équilibre.
La grande finale n'aura pas ce charme, avec huit équipes réunies à Bologne. Mais si tout le monde joue le jeu et, sauf blessure, tout indique que ce sera le cas, il devrait y avoir Sinner, Alcaraz, Zverev, Musetti, le talentueux trio tchèque et, accessoirement, les Français, qui avaient à peu près disparu de la Coupe Davis en même temps que celle-ci s'est éloignée de ce qui faisait son charme et sa force. Qui sait, si tout se goupille bien, nous pourrions vivre un nouveau et dernier duel Alcaraz-Sinner en 2025 pour boucler la boucle de leur folle saison. Histoire de redorer encore un peu plus la vénérable Vieille Dame du tennis mondial. La Coupe Davis n'est plus ce qu'elle était, mais elle bouge encore.
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