Dos en vrac, match de légende et chaudes larmes : US Open 2006, le crépuscule du dieu Agassi

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Suite de notre semaine spéciale consacrée à Andre Agassi, qui a fêté ses 50 ans mercredi. En 2006, l'Américain disparaît peu à peu des courts. La faute à des problèmes physiques récurrents. Il annonce alors vouloir arrêter sa carrière à l'US Open. Flushing va lui rendre un hommage à la hauteur de sa carrière. Battu au 3e tour, Agassi aura eu le temps de livrer un de ses matches les plus mythiques.

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Le dernier luxe du champion est de choisir sa sortie. Tous n'ont pas ce privilège. Parfois, les circonstances vous poussent dehors avant la date de péremption souhaitée. Andre Agassi, lui, a décidé du lieu et du moment. Pour se retirer, et pour annoncer son futur départ.
Le samedi 24 juin 2006, à l'avant-veille du coup d'envoi de Wimbledon, l'Américain a convoqué les médias pour une conférence de presse. La voix est calme, le ton posé, les yeux parfois embués. "Ce Wimbledon sera mon dernier, et l'US Open sera mon ultime tournoi", annonce l'ancien numéro un mondial.
Une décision mûrie depuis "plusieurs mois". Il ne voulait pas l'annoncer ailleurs qu'ici, sur ce gazon londonien où, d'une certaine manière, tout a commencé pour lui avec la première de ses huit couronnes majuscules, en 1992. Et il ne s'imagine pas finir autre part qu'à New York, devant son public. Un double choix relevant de l'évidence.
Mais Agassi a-t-il vraiment choisi ? Aurait-il voulu continuer encore quelques années ? Son corps, lui, ne le souhaite pas en tout cas. "Je suis un homme relativement jeune, si l'on peut dire. J'ai trente-six ans. Mais quand je m'éveille, j'ai l'impression d'en avoir quatre-vingt-dix", a-t-il évoqué dans Open, sa formidable autobiographie parue en 2009.

Neuf matches en neuf mois

Le natif de Las Vegas souffre depuis la naissance de spondylolisthésis, terme barbare pour dire qu'une de ses vertèbres est séparée de ses petites sœurs. "C'est ce qui explique que je marche avec les pieds tournés vers l'intérieur", précise l'intéressé. Vingt années de sport de très haut niveau ont achevé de traumatiser son dos. Sciatiques, hernies, douleurs dorsales, dans les jambes, Agassi a l'habitude de déguster. La cortisone est devenue sa meilleure amie. Mais depuis le début de l'année 2006, le phénomène s'est aggravé, comme il le raconte dans son livre :
Même son préparateur physique et ami, Gil Reyes, ne peut plus faire de miracles. Agassi le sait, le retrait des courts s'impose non comme une option, mais comme une obligation. Alors il va faire en sorte de le négocier au mieux. On ne l'a quasiment pas vu depuis sa finale à l'US Open 2005, perdue contre Roger Federer. Il paraissait encore éternellement jeune. Mais lorsqu'il annonce à Londres sa prochaine retraite ce 24 juin, Dédé n'a disputé que neuf rencontres en neuf mois et demi. A défaut de jouer, il s'est préparé, en se ménageant, pour réussir au mieux ses adieux. Une vraie tournée. Wimbledon, puis Los Angeles, Washington et enfin l'US Open.
On le sent ému mais serein. "J'ai pris cette décision de la même manière que toutes les grandes décisions que l'on peut prendre dans une vie, dit-il. Ce n'est pas si différent du moment où on décide de se marier, d'avoir des enfants. Ces choix vont bouleverser votre vie, mais au moins doivent-ils être effectués clairement."

"Papa, si tu perds, on pourra avoir un chien ?"

Outre les coups de couteaux dans le dos, métaphore qui s'approche au plus près des douleurs ressenties, l'autre argument qui pousse Andre Agassi vers la porte, c'est sa famille. En couple avec Steffi Graf depuis sept ans, il a eu avec elle deux enfants. Son fils aîné, Jaden, n'est pas fâché de voir son père ranger les raquettes. Papa lui a promis qu'une fois à la maison à temps plein, certains choses changeraient.
"Papa, si tu perds, on pourra avoir un chien ?", lui demande Jaden avant son premier match l'US Open.
"Oui bonhomme, si je perds, on pourra avoir un chien."
"Il sourit, reprend Agassi. Il espère bien que papa va perdre. Nous leur avons promis que lorsque nous ne courrons plus à travers le monde, on achètera un chien. On pourrait peut-être l'appeler cortisone."
Durant ce dernier été, l'Américain ne fait pas de miracles. A Wimbledon, il a atteint le 3e tour, où il a calé en trois sets devant Rafael Nadal. L'Espagnol, encore dans le ventre de sa mère quand Agassi a disputé son premier match sur le circuit pro, cherche à apprivoiser toutes les subtilités du jeu sur gazon, mais il est déjà trop fort pour le grand-père du Nevada. Quart de finaliste à Los Angeles, Agassi a ensuite été sorti d'entrée à Washington, par l'Italien Andrea Stoppini, 246e mondial. Rien de très prometteur avant Flushing.

"Tu es encore debout, toi ?"

Quand il arrive à New York fin août, le divin chauve oscille entre une certaine excitation et, déjà, une pointe de nostalgie. Que s'attend-il à ressentir, lui demande-t-on ? "J'imagine que ça doit être un peu comme quand vos enfants quittent la maison pour rentrer à l'université. Vous vous dites, mince, c'est passé tellement vite", sourit Agassi. Il est lucide, aussi : "Je m'attends à ce qu'il y ait beaucoup, beaucoup d'émotion. Mais je ne pense pas trop à ça parce que, de toute façon, je suis certain que quoi que j'imagine, ça restera en-dessous de la réalité de ce que je vais ressentir le moment venu."
Cet US Open 2006 sera le 21e et dernier de sa carrière. A lui seul, il est un pan de l'histoire du Grand Chelem américain. Il y a atteint le dernier carré une fois sur deux, disputé six finales et soulevé deux fois le trophée. Il est chez lui. La preuve, lorsqu'il rentre sur le court le 28 août pour jouer son premier tour contre le Roumain Andrei Pavel, des supporters multiplient les pancartes : "c'est ta maison, Andre".
Tout New York serait présent si c'était possible mais ce soir-là, le stadium Arthur-Ashe bat tout de même un nouveau record d'affluence : 23 376 spectateurs, grâce à l'ajout de quelques sièges lors de cette édition 2006. Et ils sont venus de bien plus loin que New York pour la der de Dédé. "Nous avons acheté nos tickets il y a deux mois dès que nous avons su qu'il allait prendre sa retraite", témoigne sur ESPN un "Agassi lover" arrivé exprès du Texas avec sa femme. Le champion pénètre sur le court au son du "Viva, Las Vegas" d'Elvis Presley. Chez lui, vraiment.
Andrei Pavel n'est pas encore prêt à prendre sa retraite, mais à 32 ans dont 16 sur le circuit, il possède un vécu appréciable. Pourtant, le Roumain l'avouera, il était mort de trouille. Avant le match, il a été pris de diarrhées. Le contexte est aussi complexe à gérer que celui d'une grande finale. Il va quand même donner du fil à retordre à Agassi dans cette "night session". Il faut quatre sets, dont trois tie-breaks, pour que monsieur Graf s'en sorte, 6-7, 7-6, 7-6, 6-2. Il est minuit quarante-cinq quand il claque un dernier service gagnant pour remporter son 78e match à Flushing. "Plus que six !", lance Andre. Jaden, 4 ans, est le premier à venir le féliciter. "Tu es encore debout, toi ?" rigole le paternel.

Baghdatis, son double

Lors de son 2e tour, papa finira encore plus tard. Il va jouer un set et une heure de plus. Mais ce sera un des grands, un des très grands moments de sa carrière. Curieux, peut-être, de dire cela d'un simple deuxième tour quand on a, comme lui, glané huit titres majeurs, entre autres accomplissements de premier ordre. Mais la qualité des débats, leur dramaturgie plus encore et leur force émotionnelle vont conférer à cette soirée une place très spéciale dans sa riche collection personnelle. Mieux, ce sera un des plus grands moments de l'histoire récente du tournoi.
En attendant, lors de sa journée de repos, Andre Agassi a senti après le match contre Pavel le poids des ans. Il se résout même à subir une injection de cortisone, ce qu'il n'avait encore jamais fait en plein tournoi. L'après-midi, à l'hôtel, pendant que Steffi emmène les enfants au musée d'histoire naturelle bordant Central Park, le futur retraité pleure sous sa douche, pique un somme, et se fait une promesse : "profites-en, ou du moins essaie de profiter de certains moments du match, même de la douleur, même de l'échec si c'est là ce qui t'attend".
S'il envisage la défaite, au-delà de ses propres limites du moment, c'est parce que son prochain adversaire est d'un autre calibre que Pavel. Marcos Baghdatis a explosé cette saison. Finaliste de l'Open d'Australie, demi-finaliste à Wimbledon, il a intégré le Top 10 et, à 21 ans, regarde plus devant que derrière lui.
Pour ajouter du sel au duel, le Chypriote a des airs de clone d'Agassi. "Ils ont beaucoup de forces en commun et leurs jeux se ressemblent, juge Patrick Mouratoglou, alors entraîneur de Baghdatis. Ils lisent très bien le jeu tous les deux, ils ont un super coup d'œil, ils mettent très peu de top spin et aiment jouer vite. Si les deux arrivent à se lâcher, ça pourrait être un match exceptionnel."
Un an plus tôt, lors de l'US Open 2005, les deux hommes s'étaient découverts lors d'un set d'entraînement. Baghdatis n'était encore personne mais les similitudes avec son propre jeu lui avaient sauté aux yeux, et il a compris pourquoi : "J'avais fait remarquer à Baghdatis que son jeu ressemblait un peu au mien et il m'avait répondu que ce n'était pas un hasard. Il avait grandi dans une chambre ornée de photos de moi et avait calqué son jeu sur le mien. En d'autres termes, je vais affronter mon propre reflet ce soir." Une autre chose l'a marqué : Marcos sourit tout le temps, "sans qu'on puisse savoir si ce sourire traduit de la joie ou de l'inquiétude."

Deux sets de rêve

Cette soirée est de celles dont tous les témoins s'accordent à dire qu'elle est enveloppée d'un parfum particulier. Une forme d'électricité inhabituelle, celle qui annonce les grands matches, ceux où la foule devient actrice à part entière plus que spectatrice. Ces soirs-là, les spectateurs "n'applaudissent pas, ils frappent violemment des mains dans une sorte de rite primitif et tribal", selon Agassi.
Dans le vestiaire du court Arthur-Ashe, Andre ressent tout cela. Baghdatis aussi, sans aucun doute. André l'observe. S'amuse de le voir mettre un soin particulier à sa chevelure devant le miroir. "J'éprouve une pointe de jalousie et je regrette mes cheveux, raconte l'Américain dans Open. Puis je passe une main sur mon crâne chauve et suis content de constater que, parmi tous les soucis qui me préoccupent ce soir, au moins il n'y a plus la question des cheveux."
Andre Agassi est assis, attendant l'appel. Une attitude de vieux sage, ou de vieux tout court, qui tranche avec l'excitation de Baghdatis, lequel sautille et multiplie les étirements. "Il bouge ses hanches d'une façon que je n'ai même pas osé tenter depuis l'âge de sept ans", s'amuse Agassi. Une agitation qu'il interprète comme une nervosité extrême de la part de son jeune adversaire. Lorsque les deux hommes pénètrent dans la gigantesque arène du Ashe, une extraordinaire clameur les accueille. Jamais, avouera l'Américain, il n'a entendu ça, à New York ou ailleurs.
Pendant deux sets, Agassi ne paraît pas ses 36 ans. "J'ai joué comme je n'avais plus joué depuis un an", analysera-t-il en conférence de presse. Marcos Baghdatis, lui, ne joue pas comme un numéro 8 mondial, mais comme quelqu'un qui a été propulsé dans un environnement dont il n'avait pas mesuré l'énormité. "Marcos adore les grosses ambiances, mais ce soir, c'était quand même encore autre chose", soufflera Patrick Mouratoglou. Pour l'heure, il n'est pas un finaliste de Grand Chelem affrontant un type qu'il peut expédier à la retraite, mais un petit garçon face à son idole d'enfance. 6-4, 6-4, Agassi.

22 points, 13 minutes : un jeu débile et génial

Le Chypriote aura attendu d'être au pied du mur pour commencer à se libérer. En face, Agassi fatigue, tout doucement. 6-3 Baghdatis. Ce match va alors entrer dans une zone où la logique se fera discrète avant de s'éclipser poliment pour de bon. Agassi mène 4-0 dans le 4e set. C'est plié. Flushing prépare son ovation. Il va la ranger. Baghdatis revient, on ne sait trop ni comment ni d'où, mais il arrache cette manche, 7-5, avant de breaker d'entrée dans le 5e set. Cette fois, le Arthur-Ashe prépare son hommage d'adieu. Mais non, toujours pas. Dédé débreake aussitôt.
A quatre partout surgit alors ce qu'il n'est pas exagéré de considérer comme un des jeux les plus mythiques de toute l'histoire de l'US Open. Agassi emploiera deux mots pour le qualifier : "débile et merveilleux". 22 points. 13 minutes. Quatre balles de break pour Marcos Baghdatis toutes sauvées par l'Américain. "Je n'en reviens pas. On est à Hollywood, pas à New York", lance John McEnroe au micro sur CBS.
A 40-30, celui qui est seul contre tous remporte le point mais, après sa volée gagnante, se met à boiter puis s'effondre sur le court. Il est pris par les crampes. On lui fait signe de se relever. L'arbitre, M.Ramos, lui inflige un avertissement que Baghdatis n'a pas la force d'accueillir autrement qu'en se marrant.
De l'autre côté du court, Agassi regarde cette drôle de scène. Ce que tout le monde ignore à cet instant, parce qu'il n'en montre rien, c'est que sur ce même point, l'octuple vainqueur en Grand Chelem s'est bloqué le dos. Ce qu'il a redouté toute la soirée vient de se produire. "Adieu cortisone", plaisante Agassi dans son livre. Ce sont deux éclopés, deux vieillards, qui vont finir ce match. Les points suivants auront parfois un côté gaguesque. Agassi sert des deuxièmes balles à 120 km/h. Baghdatis enchaîne les parpaings insaisissables et les fautes de débutant. Ce n'est pas du grand tennis mais le tennis n'est jamais aussi grand que dans ces moments-là.

Baghdatis, autant de courage que de cheveux

Les deux sont magnifiques de courage et Agassi a du mal à ne pas éprouver une forme d'admiration, comme il le confiera après coup : "Il ne souffre pas seulement de crampes. Il est quasiment infirme. Il est carrément cassé en deux en attendant mon service. Je n'arrive pas à comprendre comment il peut rester sur le court. Ce gars a autant de courage que de cheveux. J'éprouve de la sympathie pour lui, mais en même temps, je ne dois pas lui faire de cadeau."
Les cadeaux, c'est plutôt Baghdatis qui va les faire. Sur ce jeu, avec ces quatre balles de break envolées. Puis sur le tout dernier, à 6-5. Quatre nouvelles occasions d'arracher un jeu décisif. Deux doubles fautes alors qu'il menait 40-15. Et une ultime faute directe sur la première balle de match d'Andre Agassi. La clameur du Ashe est hystérique. L'accolade entre les deux joueurs est belle.
Vingt minutes plus tard, dans le vestiaire, André se sent mal. Il n'arrive plus à respirer et Darren Cahill, son coach, sent la panique sur son visage. Le clan Agassi part chercher les médecins. Sur la table d'à côté, Baghdatis hurle de douleur. Il s'est recroquevillé, comme un fœtus, puis fout tout le monde dehors.
Pendant quelques secondes, les deux hommes sont seuls dans la pièce. Agassi regarde machinalement l'écran où, déjà, repassent les meilleurs moments du match. "Un instant plus tard, évoque-t-il, quelque chose m'incite à me tourner vers Baghdatis. Il me sourit. Est-il heureux ? Est-il inquiet ? Peut-être les deux à la fois. Je lui rends son sourire."
Ils vont se soumettre aux obligations de la conférence de presse, tant bien que mal. Il est 1h45 quand Andre Agassi sort des entrailles du court Arthur-Ashe. Une voiture l'attend, mais il peine à marcher et au moins autant à entrer dans l'habitacle. Baghdatis arrive quelques instants plus tard, pas beaucoup plus fringant. On lui raconte la scène. Il sourit une dernière fois : "Oui, il était hors de forme ce soir, je l'ai bien senti."

Achevé par Becker, Benjamin

Quoi qu'il arrive maintenant, Agassi sait qu'il a réussi sa sortie. Que c'était une bonne idée de choisir l'US Open pour sa révérence. Mais cette fois, il n'a pas la force de plaisanter. Après sa victoire contre Baghdatis, il n'a pas lâché un "plus que cinq !". Ce serait plutôt "encore un..."
Même deux coups de pouce ne suffiront pas à le propulser plus loin. Le premier vient du tableau. Son adversaire en 16es de finale a tout sur le papier de la proie facile pour lui. Il s'appelle Benjamin Becker, a 25 ans, sort des qualifications et, avant cet US Open, il n'avait gagné que deux matches sur le circuit principal. L'autre bonne nouvelle vient des cieux. Le samedi, la pluie a ruiné le menu de Flushing. Agassi a été reprogrammé le dimanche, en ouverture de la journée. Une journée de repos supplémentaire. Mais ce ne sera pas assez pour le sauver.
Après sa victoire contre Baghdatis, le Névadain a passé une nuit pénible et le lendemain n'a pas été plus agréable. "Jamais je n'ai été dans un tel état, concèdera-t-il une fois éliminé. Je dois déjà tirer mon chapeau aux médecins de m'avoir permis d'être sur le court."
Face à Benjamin Becker, il va s'accrocher, revenir à un set partout en remportant le tie-break à l'expérience, mais il n'est pas vraiment lui-même et s'incline en quatre sets (7-5, 6-7, 6-4,7-5). "Au début du match, je n'avais pas de douleurs particulières, mais j'étais courbaturé de partout. Puis la douleur est venue assez vite et j'ai compris que j'étais mal barré." Étonnamment impassible, Benjamin, en bon Becker, termine sur un ace. Son 27e. Andre Agassi n'aura pas touché la balle sur le dernier point de sa vie de champion.
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Andre Agassi à l'US Open en 2006.

Crédit: Getty Images

Pas le plus grand joueur, mais la plus grande star

Voilà, c'est fini. La tête dans la serviette, sur sa chaise, il va pleurer sans discontinuer pendant dix minutes. Dix minutes pendant lesquelles le court Arthur-Ashe lui réserve une ovation monstre. Tous debout, à applaudir, y compris Benjamin Becker. Agassi semble ailleurs. Il donne l'impression de ne pas entendre les mots que son dernier bourreau prononce au micro sur le court.
"Je n'arrivais pas à mettre du sens sur mes émotions", avouera-t-il quelques minutes plus tard. Quand il a repris ses esprits, sa première pensée a été pour ses enfants, présents dans les tribunes aux côtés de leur mère : "Je me suis dit que j'allais devoir leur expliquer pourquoi je pleurais parce que, pour eux, un papa, ça ne pleure pas."
Il finira par se relever pour parler à son tour. En larmes, toujours. "J'avais un million de choses à l'esprit, je savais à peu près le message que je voulais faire passer, mais trouver les mots..." Il va les trouver :
Une fois hors du court, en arrivant dans le vestiaire, Andre Agassi a la surprise de voir une foule de joueurs (26 matches étaient programmés après les annulations de la veille) l'accueillir. Une ovation, encore. Puis une troisième, à l'issue de sa conférence de presse, qu'il trouve le moyen d'achever par... une question, non une réponse : "Je vais vraiment vous manquer, les gars ?"
Ce 3 septembre 2006, ce n'est pas seulement Andre Agassi qui s'en va. Avec lui s'envolent deux décennies d'histoire du tennis. Pour beaucoup, dans les tribunes du Ashe ou devant leur télé, c'est une partie de leur enfance, un pan de leur vie de supporter ou d'amoureux du tennis qui s'efface. "C'est la fin d'une époque", tranche Pete Sampras. Les mots de l'ancien rival rejoignent alors ceux de l'ex-entraîneur, Brad Gilbert : "Il a grandi devant nos yeux, et s'il n'est pas le meilleur joueur de tennis de ces vingt dernières années, il en a été la plus grande star."
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