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Wimbledon, l'US Open et Roland-Garros en trois mois, est-ce bien raisonnable ?

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Roland-Garros, Wimbledon, US Open

Crédit: Eurosport

ParMaxime Battistella
19/03/2020 à 13:08 | Mis à jour 19/03/2020 à 18:24

Si la planète tennis s’est arrêtée en cette période de confinement liée au coronavirus, la reprise promet d’être chargée avec le report de Roland-Garros le 20 septembre prochain. En admettant que les conditions sanitaires le permettent, trois tournois du Grand Chelem s’enchaîneront cet été. Le défi à relever sur le plan physique pour les joueurs semble immense.

Trois Majeurs d’affilée, avec les Jeux Olympiques et les Masters 1000 de Toronto et Cincinnati intercalés. L’été tennistique s’annonce démentiel si la pandémie de coronavirus le permet. De quoi ravir les spectateurs et les mordus de la petite balle jaune, privés de spectacle par le confinement de plus en plus généralisé. Mais les principaux concernés, joueuses et joueurs, sont moins enthousiastes. Le report de Roland-Garros à l’automne en a surpris plus d’un, pour des raisons de communication mais pas seulement : physiquement, un tel enchaînement de tournois entre le 29 juin et le 4 octobre est-il viable ?

Représentant des joueurs très actif au Conseil de l’ATP, le Canadien Vasek Pospisil n’y a pas été de main morte sur le sujet. "C'est de la folie. Une annonce aussi importante que Roland-Garros qui modifie ses dates et se retrouve une semaine après l'US Open", a-t-il notamment déploré. Car c’est bien cette proximité inédite entre deux tournois du Grand Chelem qui pourrait poser de multiples problèmes avec des changements de continent et de surface à encaisser en à peine une semaine. Du jamais-vu sur le circuit, même à l’époque où Roland et Wimbledon n’étaient espacés que de quinze jours.

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Une semaine entre Flushing et Roland : la tentation de l'impasse

Dans une année olympique, l’été s’annonçait déjà chargé, il se prolongera donc jusqu’en début d’automne. Dans l’hypothèse où les joueurs reprendraient la raquette en juin, ils aborderaient la séquence bien plus frais qu’à l’accoutumée et tiendraient vraisemblablement mieux le coup de Wimbledon à l’US Open. Ensuite, ce sera plus compliqué selon Arnaud Clément. "Pour la plupart des gens, le décalage horaire est beaucoup plus dur à encaisser dans le sens Etats-Unis-Europe que dans l’autre sens. Quand tu rentres de cette tournée américaine estivale, tu as besoin de temps pour récupérer. Et ce n’est pas dès la première semaine que tu remets la machine en route avec de l’intensité. Amortir le décalage, ça veut dire une ou deux nuits beaucoup plus courtes, prendre éventuellement des cachets pour dormir. Ce n’est jamais très bon pour le corps", explique-t-il.

Pour ceux qui seront allés loin à Flushing Meadows, la transition sera encore plus ardue. Rafael Nadal pourrait être l’un des principaux joueurs concernés par ce problème. Si le calendrier actuel se confirme, entre Toronto et la Porte d’Auteuil, le Majorquin remettra ainsi en jeu pas moins de 5000 points en deux mois. Un défi presque herculéen, peut-être même impossible qui pourrait l’amener à faire des choix. "Même s’il y a eu beaucoup de succès, la tournée américaine l’a souvent beaucoup éprouvé physiquement, au niveau des genoux notamment. Il va peut-être se dire : ‘Si je joue la gagne à New York, j’hypothèque mes chances pour Roland’", estime ainsi l’ancien capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis.

Un changement de surface brutal et potentiellement dangereux

Pour d'autres, c'est Roland qui passera à la trappe. Difficile d'imaginer Roger Federer du côté de la Porte d'Auteuil par exemple, d'ailleurs sa Laver Cup sur dur indoor à Boston est pour le moment toujours prévue du 25 au 27 septembre, soit pendant le Majeur parisien. Il ne serait pas étonnant de voir Nick Kyrgios faire un choix similaire, lui dont on connaît l'aversion pour la terre battue. Car au-delà de la fatigue, de l’influx, de l’énergie laissés en route aux Etats-Unis, et de la récupération écourtée, le changement de surface brutal peut aussi avoir des conséquences fâcheuses sur la condition physique des engagés.

"Quand on arrive sur terre, on y va toujours très tranquillement habituellement, on ne peut pas se permettre de forcer. Ceux qui iront loin à l’US Open n’auront justement pas le temps de prendre leur temps. Au bout de quelques jours, ils seront contraints de remettre de l’intensité. Quand tu commences sur terre d’habitude, tu travailles tes trajectoires, dans les diagonales, tu travailles tes glissades… Là, ils devront passer beaucoup plus vite à des matches d’entraînement", analyse notre consultant.

Autrement dit, en l’absence de réelle adaptation et de préparation sur la surface, il faudra parer au plus pressé. Difficile dans ce contexte de ne pas soulever le risque accru de blessures. "Même si tu es un athlète, quand tu arrives sur cette surface, il y a beaucoup plus de glissades à répétition et les adducteurs sont beaucoup plus sollicités. Les entraînements et les matches, ce n’est pas pareil avec le stress supplémentaire. Dans les premiers tours, quand les joueurs vont arriver directement sur des matches en cinq sets, ça va être quelque chose…. La tension affecte aussi la récupération, musculairement", détaille encore Arnaud Clément.

Rafal Nadal - US Open and Roland Garros 2019

Crédit: Eurosport

Des surprises à attendre à Roland ?

Placés dans ces conditions extrêmes, les organismes, déjà fatigués par un long été de compétitions et de voyages, seront soumis à rude épreuve, surtout sur une surface comme l’ocre parisien qui favorise les échanges longs. Cette absence de préparation sur terre pourrait en revanche redonner un certain intérêt sportif aux premiers tours de Roland-Garros, souvent anecdotiques pour les cadors. "Ce sera la même chose pour tout le monde, et on pourrait avoir des surprises. Par exemple, imaginons un Djoko vainqueur ou finaliste de l’US qui jouerait un 33e mondial terrien préparé depuis quinze jours, alors que lui ne tape la balle sur ocre que depuis quatre jours, ça pourrait être étonnant."

Un autre élément pourrait rendre le tournoi de la Porte d’Auteuil encore plus aléatoire : le climat. "Entre la chaleur humide parfois étouffante américaine et les fins de journées parisiennes assez fraîches à l’automne, les conditions météo peuvent être aussi très différentes et avoir des conséquences inattendues", confirme notre consultant. Les investissements réalisés pour doter le court Philippe-Chatrier d’un toit s'avéreront néanmoins fort utiles en cas de pluie, du moins pour les quelques privilégiés qui en profiteront avant les quarts de finale. Plus que jamais, la capacité à s’adapter le plus rapidement possible sera clé pour bien figurer dans les deux Majeurs. Mais réaliser le doublé US Open-Roland-Garros constituerait, dans ces conditions, un authentique exploit.

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