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Entretien exclusif - Adrian Mannarino : "Je pense qu'on aura Arthur Fils ou Ugo Humbert au Masters en fin d'année 2025"
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Publié 29/12/2024 à 23:36 GMT+1
Personnage atypique du circuit, Adrian Mannarino a pris le temps d'évoquer son rapport au tennis et les curiosités qui l'entourent en cette fin d'année 2024. A 36 ans, il se penche également sur l'avenir du tennis français, porté par Ugo Humbert, Arthur Fils et Giovanni Mpetshi Perricard. Entretien avec l'autre "Divin Chauve".
Sinner, Djokovic, Mpetshi Perricard, qui a marqué la saison 2024 ?
Video credit: Eurosport
Par Frédéric Verdier
Adrian, on a beaucoup parlé par le passé de votre envie de ne pas connaître vos adversaires à l'avance, d'y aller à l'instinct. Est-ce que, malgré tout, vous regardez des matches qui ne sont pas les vôtres ?
Adrian Mannarino : Oui, je regarde beaucoup de tennis, parce que ça reste une passion. Ce sport, je l'adore. J'adore l'aspect tactique et mental, mais c'est vrai que regarder un match du début à la fin, ça m'arrive rarement. Mais quand je tombe sur un match à la télé ou même quand je suis sur un tournoi et que je vois une fin de match, un truc un peu croustillant, c'est vrai que j'aime bien aller regarder. J'aime bien voir ce qui se passe, je trouve ça toujours assez passionnant à regarder, du coup, je regarde beaucoup de tennis. Mais plus en tant que spectateur qu'en tant que potentiel adversaire. J'aime bien me marrer aussi donc s'il y a quelqu'un avec moi pour un peu commenter, dire deux, trois conneries au bord du court, c'est toujours sympa.
Donc un joueur qui vous a battu et que vous voyez ensuite à la télé, vous n'allez pas chercher des failles chez lui, le scanner pour une potentielle revanche ?
A.M : Non. Non, vraiment, c'est très rare que je vois les choses de cette manière-là. Après, c'est vrai que le fait que je sois gaucher fait que l'adversaire aura toujours une manière un peu différente de jouer contre moi. C'est vrai qu'on est moins de gauchers qu'à une certaine période. On n'est pas tellement dans les 100 premiers. Que ce soit regarder des statistiques sur le service, sur les balles de break, j'ai l'impression que je n'arrive jamais vraiment à me fier à ça. Du coup, je suis quelqu'un qui préfère vraiment y aller à l'instinct plutôt que d'avoir un petit truc en tête qui peut me gêner finalement sur des points importants.
Ça m'est arrivé qu'un de mes entraîneurs me dise : 'j'ai l'impression que sur balle de break, il préfère servir extérieur.' Donc toi, tu es en position, tu es prêt à retourner. Tu as l'impression qu'il a envie d'aller sur le T, mais tu as ce petit truc en toi que tu as entendu qui t'empêche vraiment de t'engager. J'ai du mal avec ça. Du coup, je préfère ne rien savoir et y aller vraiment à l'instinct.
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Mannarino : "Je ne veux pas savoir contre qui je joue"
Video credit: Eurosport
Est-ce que vous avez le réflexe du replay ? Si on vous dit "le tie break du troisième set entre Sinner et Alcaraz en finale de Pékin était monstrueux", vous allez le revoir dans les conditions du direct ?
A.M : Non, ça sera beaucoup sur Instagram. Il y a deux, trois comptes, notamment celui de l'ATP, qui mettent les highlights des matches un peu chauds. Donc, les conditions du réel, ça m'importe peu. En revanche, aller voir les deux, trois points clés qui ont fait tourner le match, c'est toujours sympa, oui. Mais bon, c'est plus quand il y a un fait un peu… un fait de jeu, un joueur qui pète les plombs, une embrouille avec l'arbitre, ça m'excite un peu plus qu'un rallye de 40 frappes qui s'est fini par un joli smash. Ça, ce n’est pas trop mon truc.
Par le passé, on a également beaucoup parlé de votre tension de cordage. Vous pouvez nous dire à combien vous tendez ?
A.M : C'est entre 10 et 12 kilos.
Vous pouvez nous expliquer ce choix ? Pour ceux qui n'ont jamais eu ça entre les mains, qu'est-ce que ça fait ?
A.M : Ce n'est pas quelque chose qui est venu volontairement en réalité. Quand j'ai commencé, j'étais comme tout le monde, aux alentours de 23, 24 kilos. Et puis, le fait est que je suis un joueur qui casse très peu son cordage. Quand je fais des entraînements, l'hiver, ça peut m'arriver de jouer deux ou trois semaines avec la même raquette sans casser le cordage. Donc, oui, c'est vrai que le cordage lui-même perd en tension au fil du temps. Sauf que moi, quand ça fait trois semaines que je joue avec la même raquette, qu'elle a perdu 5 kilos, au bout d'un moment, quand je redémarre avec une raquette neuve, j'ai l'impression de ne pas réussir vraiment à jouer.
Mais comment êtes-vous passé de 23 kilos à 10-12 kilos ?
A.M : Au fil des années, j'ai descendu d'un kilo, un demi-kilo. Et puis finalement, après tout ce temps, je suis arrivé à peu près entre 10 et 12. Mais ce n'était pas quelque chose de voulu. C'est juste que moi, quand je remonte un petit peu la tension, je n'arrive plus du tout à jouer. Ça paraît étonnant pour les autres, mais quand j'ai une raquette qui est cordée à 14 kilos, j'ai l'impression d'avoir une brique entre les mains et de ne pas réussir à dépasser le filet. C'est vrai que c'est très particulier. Après, je pense que je passe tellement d'heures sur le court que finalement, j'ai mon bras qui va à une certaine vitesse tout le temps. C'est presque robotisé. Au final, je n'ai pas vraiment l'impression d'avoir une raquette détendue quand je joue avec.
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Adrian Mannarino à Pékin
Crédit: Getty Images
L'évolution des raquettes vous a-t-elle aidé ?
A.M : Oui, le cordage, surtout, a évolué. Je ne saurais pas citer toutes les spécificités des cordages actuels mais la plupart des joueurs jouent en ce moment sur le circuit avec le même cordage. Avec celui-là, tu peux descendre en tension sans avoir de réelle perte de contrôle. Quand je prête ma raquette à d'autres joueurs, ils se disent 'Oh non, finalement, ça va, ce n'est pas si flagrant que ça.'.
C'est quel cordage ?
A.M : C'est la marque Luxilon. Je ne sais pas s'il y a des statistiques mais je pense qu'il y a 80% des joueurs qui jouent avec.
Qu'apporte-t-il de différent ?
A.M : Moi, finalement, j'ai joué avec depuis tout petit. Donc, je n'ai jamais vraiment senti ce changement. Ce sont surtout les joueurs de la génération précédente qui ont beaucoup dit : 'quand le Luxilon est arrivé sur le circuit, il y a eu une vraie révolution.' Moi, je n'ai jamais joué avec autre chose. Donc, j'aurais du mal à m'exprimer. Et puis je ne suis pas encore un puriste comme Nicolas Mahut à utiliser du boyau et tous ces cordages d'un autre temps (rires).
Justement, Nicolas Mahut, consultant pour Eurosport, nourrit de grands espoirs pour les Français en 2025. Avec votre expérience, on est preneur de votre avis sur la question. Que pensez-vous qu'Arthur Fils, par exemple, peut nous réserver pour 2025 ?
A.M : Je pense qu'on aura un de nos deux meilleurs joueurs français au Masters en fin d'année. Peut-être que ça sera en tant que remplaçant. Ugo ou Arthur, je pense qu'un des deux finira à la dixième place. Ils jouent très bien et sont à leur place au classement actuellement. Ce n'est pas vraiment une surprise pour moi. Ils sont là ou ils sont censés être, ils sont très fort tennistiquement et physiquement. Ils sont jeunes, ils continuent de progresser donc je ne vois aucune raison de ne pas les voir faire une super saison pour finir au Masters.
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Ljubicic sur Fils et Humbert - Retour Gagnant
Crédit: Getty Images
Si vous deviez définir Ugo Humbert ?
A.M : J'aurais du mal à le définir en termes de personnalité car on ne se connait pas extrêmement bien. Mais c'est un joueur qui joue extrêmement vite, c'est ce qui surprend au premier abord. Il a une frappe de balle qui est très rapide. Avec le temps, il a réussi à canaliser tout ça. Avant, parfois, ça partait un peu partout. Mais il est de plus en plus régulier et constant. Son classement a suivi tout logiquement.
Et Arthur Fils ?
A.M : On a passé pas mal de temps sur le circuit ensemble cette année. Il a vraiment une personnalité extravertie, il adore rigoler. C'est vraiment un mec cool et c'est ce qui se dégage quand on le regarde jouer, il aime faire le show. Il a un physique impressionnant pour un joueur de son âge. Il est costaud, il est rapide, il est endurant… Il m'a impressionné cette année parce qu'il a réussi à faire plusieurs gros matches, parfois sur les mêmes tournois. Je ne pense pas qu'il ait énormément de limites.
On a aussi Giovanni Mpetshi Perricard, qui émerge. C'est un profil atypique…
A.M : Je ne le connais pas assez mais c'est vrai qu'il a un jeu impressionnant, un physique impressionnant. On a très rarement vu un joueur comme ça qui sert au-dessus de 220 km/h sur ses deux services. La difficulté pour lui sera d'être constant tout au long de l'année, il découvre le circuit, il est très bien encadré. Il va falloir réussir à gérer s'il a deux ou trois défaites qui font mal. Mais s'il arrive à progresser sur les secteurs où il est encore perfectible, notamment sur la volée, il va devenir insupportable à jouer.
Avant l'Open d'Australie, on prendrait bien votre avis aussi sur Novak Djokovic. Peut-il vraiment gagner son 25e Grand Chelem ? Si oui, dès Melbourne ?
A.M : Oui, je crois que c'est possible. Je n’ai pas l'impression de le voir plus marqué que ça. Quand il est affuté et en forme, j'ai du mal à ne pas le voir favori quand il rentre sur un court. Je ne sais pas comment il va se sentir, s'il sent le temps long avec les années qui s'accumulent. Mais il y a uniquement deux ou trois joueurs maximum qui peuvent le battre sur le circuit quand il a envie.
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