Eric Deblicker sur la retraite de Richard Gasquet : "C'est un bosseur, il est allé au bout de ce qu'il devait faire"

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Deux jours après l'annonce de la retraite de Richard Gasquet, Eric Deblicker, ancien entraîneur du Biterrois qu'il avait emmené jusque dans le Top 10, a accordé un entretien à Eurosport dans lequel il est revenu sur la carrière de son ancien poulain. Il a surtout mis en relief la passion pour le jeu de l'ex-numéro 1 tricolore, ainsi que sa constance exceptionnelle au plus haut niveau.

Eric Deblicker et Richard Gasquet lors de l'US Open 2009

Crédit: Getty Images

Comment avez-vous appris que Richard Gasquet allait prendre sa retraite ?
Eric Deblicker : On en avait déjà un peu parlé depuis quelques semaines, quelques mois. Il m'a prévenu deux-trois jours avant de rendre sa décision publique. Ce qui est important, c'est que c'est sa décision, alors qu'il joue encore plus que bien au tennis (vainqueur du Challenger de Cassis en septembre, NDLR). Programmer sa retraite à Roland, c'est se donner le temps de jouer quelques tournois pour préparer sa sortie. Il a fait un très long parcours, formidable, dans l'histoire du tennis français.
Qu'avez-vous ressenti ?
E. D. : Il y a plein de sentiments. D'abord de l'admiration par rapport à sa carrière et à sa longévité, par rapport à son tennis. C'est un joueur qui s'entraîne dur avec des objectifs, qui marque le tennis français depuis 20 ans. Et il y a ces moments de partage qui me reviennent pendant un bon nombre d'années et d'avoir gardé un lien, une amitié depuis le moment où on s'est rencontrés.
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Richard Gasquet à l'entraînement à Roland-Garros en 2007 sous le regard d'Eric Deblicker

Crédit: Getty Images

Je me suis demandé s'ils s'étaient téléphonés avec Nadal, ce sont des passionnés
Son plus grand héritage n'est-il pas justement cette longévité, cette constance au plus haut niveau avec notamment 956 semaines d'affilée passées dans le Top 100 ?
E. D. : Oui, quelque part. Je dirais que ses résultats ont été compacts, il n'y a pas eu de grosse chute au niveau du classement pendant très longtemps. Les joueurs jouent de plus en plus longtemps maintenant, mais il faut comprendre ce qu'il y a derrière cette longévité. Longévité, ça veut dire hygiène de vie, travail, préparation. Et surtout ça veut dire passion. L'annonce de sa retraite est tombée quelques heures avant celle de Nadal : ce sont des passionnés. Ce sont des amoureux du jeu qui vous transmettent cette passion qui fait qu'on aime le tennis et qu'on aime ces champions. Nadal a évidemment un palmarès supérieur à celui de Richard, c'est un joueur exceptionnel, mais cette longévité est un point commun entre eux.
Le fait qu'il finisse son voyage en même temps que Nadal qu'il avait affronté aux Petits As, n'est-ce pas le symbole le plus fort d'une carrière bien remplie ?
E. D. : Je suis d'accord. Quand j'ai vu ça, je me suis dit : "Ils se sont téléphonés ou quoi ?" On se rappelle les images des Petits As à Tarbes où ils se sont affrontés. Et depuis, ils se sont toujours bien entendus, et respectés l'un l'autre.
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Richard Gasquet és Rafael Nadal - fotó: Elsa/Getty Images/AFP

Crédit: AFP

Est-ce que vous vous souvenez de votre première rencontre avec le jeune Gasquet ?
E. D. : Je l'avais vu jouer quand il était tout jeune, avant de m'en occuper comme coach. Comme tout le monde, j'ai été frappé par son toucher formidable, le revers évidemment. Après, quand on travaille tous les jours avec un joueur comme Richard, au-delà de la technique, de son tennis, ce qui est important de savoir, c'est ce qu'il a en tête. Quel est son projet ? C'est ce qui m'intéressait quand on a commencé : "Tu as envie d'aller où ?" Et j'ai dû lui faire sortir tout ça parce qu'il était jeune, il avait 17 ans. Déterminer le projet et les moyens qu'on va engager, ce que ça nécessite sur le plan mental et physique. Je n'ai pas une image en tête concernant Richard, mais une évolution.
J'ai coaché un certain nombre de joueurs, et il faisait partie de ceux qui s'entraînaient le plus
Avez-vous ressenti comme lui le poids de l'attention médiatique ? Il a dit encore récemment que cette Une de Tennis Magazine "Le champion que la France attend ?" de lui à 9 ans ne l'avait pas aidé et l'a même poursuivi...
E. D. : Il n'était pas loin des 100 premiers déjà quand on a commencé à travailler ensemble. Il y avait une attente, oui, au fur et à mesure qu'il a gagné des matches. Mais ce n'était pas particulièrement pesant à ce moment-là. Les choses sont arrivées naturellement et il a grandi en termes de connaissance de son sport, mais aussi de lui-même et de ce qu'il pouvait donner. Il a apprivoisé un peu tout ça, mais je ne l'ai pas senti plus perturbé que ça.
À partir du moment où il n'a pas gagné de Grand Chelem, c'était une déception pour certains alors qu'il a l'un des plus beaux palmarès du tennis français (16 titres). N'y a-t-il pas une injustice dans la manière dont il est perçu ?
E. D. : Quand on pense cela, on oublie quelque chose de fondamental : pendant 15 ou 20 ans, à la même période que lui, il y a eu trois champions d'exception qui ont fait évoluer le tennis et progresser le niveau du jeu. Il y avait Federer, Nadal et Djokovic auxquels on pouvait rajouter Murray pendant quelques années. Le rêve de tout joueur, c'est de gagner un tournoi du Grand Chelem. Il a fait trois demi-finales de son côté (battu par Federer à Wimbledon en 2007, Nadal à l'US Open en 2013 et Djokovic à Wimbledon en 2015, NDLR), mais il fallait battre ces trois monstres consécutivement. Ça aurait été formidable, bien sûr, mais sa régularité est à souligner. Il a joué aussi deux fois le Masters. Il avait des objectifs ambitieux, mais je pense qu'il a été au bout de ce qu'il devait faire. Il n'y a que lui qui peut vraiment répondre à cette question, mais c'était un travailleur.
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Video credit: Eurosport

Un autre lieu commun concernant Gasquet : s'est-il donné les moyens à la hauteur de son talent ?
E. D. : Il continue à travailler beaucoup. Dans n'importe quel sport ou milieu, il y a des talents qui s'arrêtent à tel ou tel niveau. Quand on a du talent, il faut bosser quoi qu'il arrive. Le talent seul ne suffit pas. Si on s'arrête sur Federer qui a un talent certain, un sacré relâchement, c'est surtout un bosseur. Ce sont des bosseurs. De l'extérieur, on peut penser que Richard s'est reposé sur son talent, mais c'est un mec qui a bossé. J'ai entraîné un certain nombre de joueurs, il faisait partie de ceux qui s'entraînaient le plus.
Les gens aiment Richard, ils ont l'impression d'avoir grandi ou vieilli avec lui
Qu'est-ce qui lui a manqué face aux trois extraterrestres ? De la caisse physique ? Lui avait évoqué le service…
E. D. : Richard servait à 180-200 sur première et de nos jours, ça sert de plus en plus fort et de plus en plus vite. Les joueurs sont plus grands et servent à 210-220-230 km/h. Nadal et Djokovic ont bossé leur service et ont progressé à ce niveau. Richard l'a aussi fait mais il a été gêné par une blessure à l'avant-bras à un moment donné, et il n'a pas pu mettre la même intensité. C'est vrai qu'il n'a pas pu se reposer sur un ou deux points gratuits par jeu pendant des matches de trois ou quatre heures, et ça l'aurait sans doute aidé. On peut toujours mieux faire, mais je ne pense pas qu'il ait de regrets.
Attendez-vous quelque chose en particulier d'un hommage à Roland-Garros ?
E. D. : Je pense que le tournoi et la Fédé vont faire un hommage, évidemment. Et on posera certainement la question à Richard de ce dont il a envie. Naturellement, les gens connaissent Richard, son revers exceptionnel et son talent. C'est quelqu'un qui parle au monde du sport et du tennis. Selon l'âge qu'on a, on a l'impression d'avoir grandi avec lui ou d'avoir vieilli avec lui. Il fait partie de Roland-Garros, même si ce n'est pas là où il a eu ses meilleurs résultats. Je me souviens de son 1er tour contre Coric lors de la dernière édition, il fait un super match. On verra ce que ça va donner, mais je pense qu'il y aura un accueil extrêmement chaleureux parce que c'est quelqu'un qu'on aime naturellement.
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Video credit: Eurosport


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