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Le gazon est-il encore une affaire de spécialistes ?

Le gazon est-il encore une affaire de spécialistes ?

Le 25/06/2019 à 18:58Mis à jour Le 26/06/2019 à 12:34

A moins d'une semaine de Wimbledon (1er-14 juillet), les quatre tournois de préparation déjà joués ont esquissé plusieurs tendances, dont celle de la belle forme des "vieux" attaquants sur gazon : Feliciano Lopez, Nicolas Mahut et Roger Federer. Clin d’œil du passé ou signe que l’herbe, malgré sa modification, est toujours propice au développement d’un certain tennis ?

"On peut gagner sept fois à Wimbledon, mais personne ne sait jouer sur herbe." Le constat est signé Mats Wilander dans une chronique pour nos confrères de L’Equipe datant du 10 juin dernier. Au lendemain du 12e sacre de Rafael Nadal, l’ex-champion suédois voulait, par cette comparaison, souligner le caractère exceptionnel de l’exploit réalisé par le Majorquin, sur une surface où la concurrence serait bien plus importante. Les spécialistes du jeu sur gazon auraient-ils donc disparu ? L’identité des lauréats à S-Hertogenbosch, à Halle et au Queen’s permet d’en douter.

"Il existe toujours des spécialistes du jeu sur herbe. On peut citer Roger Federer, même s’il est hors norme, Nicolas Mahut ou Feliciano Lopez. Ce sont des joueurs qui, naturellement, sont quand même portés vers le filet. En tout cas, ils n’ont pas peur d’y aller", estime notre consultant Arnaud Clément, quart-de-finaliste à Wimbledon en 2008. Et force est de constater que le style offensif des trois joueurs cités paie encore sur la surface : malgré son élimination dès les qualifications du Majeur anglais lundi, le Français a atteint les quarts de finales au Queen’s la semaine dernière où l’Espagnol a été sacré en simple et en double. Quant au Suisse, il est allé chercher un 10e titre à Halle.

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Le tournant du ralentissement

Mais au début du XXIe siècle, un virage a été incontestablement pris : le gazon a été ralenti, rendant le jeu au filet beaucoup moins indispensable qu’il ne l’était auparavant. Les spécialistes du service-volée ont vu leur pré carré rogné au nom de l’uniformisation des surfaces et du spectacle. "Aujourd’hui, les joueurs sont tellement complets du fond du court, ils n’ont plus de gros point faible. Lleyton Hewitt a gagné Wimbledon en 2002, Rafael Nadal et Novak Djokovic aussi", observe Arnaud Clément.

Et il suffit de jeter un coup d’œil à l’identité des finalistes malheureux au Queen’s et à Halle pour s’en persuader : Gilles Simon et David Goffin sont, avant tout, de très bons contreurs en fond de court. Ils ne s’appuient qu'avec parcimonie sur la qualité de leur service pour gagner les points et leur jeu au filet reste perfectible. Mais cela ne veut pas dire pour autant qu’ils jouent sur gazon exactement comme sur dur : d’autres qualités leur permettent d’être performants sur une surface qui, malgré son ralentissement, conserve de fortes spécificités.

Rafael Nadal lors de sa demi-finale face à Novak Djokovic / Wimbledon 2018

Rafael Nadal lors de sa demi-finale face à Novak Djokovic / Wimbledon 2018Getty Images

" Pour bien jouer sur gazon, il faut avoir la fibre"

"Beaucoup de styles peuvent s’adapter sur gazon. Pour bien y jouer, il faut avoir l’envie, avoir la fibre. Il faut avoir envie de s’amuser, de jouer. Il faut accepter la particularité du déplacement, la particularité du rebond. C’est une pose de pied différente. Si c’est moins radical qu’à l’époque, le rebond reste plus bas, il faut savoir bouger en étant plus près du sol. Le corps est sollicité de manière différente. Quand on arrive sur gazon, il n’est pas rare d’avoir des courbatures au fessier qu’on a un peu moins sur terre battue", détaille notre consultant.

Si l’herbe n’est plus réservée aux purs spécialistes, elle n’en nécessite donc pas moins une préparation spécifique. Et elle met toujours en valeur un certain tennis : frapper la balle à plat avec une trajectoire rasante y est souvent payant, de même que l’utilisation du slice. Le cas d’Adrian Mannarino est à ce titre particulièrement éclairant. En difficulté depuis le début de saison, il a soudain retrouvé des couleurs sur un gazon qui lui sied particulièrement. "J’ai l’impression que mon jeu y est plus dangereux et ça me donne confiance. Je prends du plaisir. C’est plus tactique. Moins physique. C’est un jeu au bluff", expliquait l’intéressé juste avant son premier titre en carrière à S-Hertogenbosch.

Son service fuyant de gaucher a notamment fait des merveilles, preuve qu’il faut toujours apprivoiser les caractéristiques naturelles de la surface pour y être performant. "On utilise beaucoup plus le slice sur gazon. La variation est très importante : il faut savoir utiliser un peu plus de coups, faire un peu plus de choses sur le court. Quand il y a une balle courte et qui rebondit peu, il faut savoir la gérer. Il faut être capable de poser une volée de temps en temps, d’anticiper davantage à la relance contre des grands serveurs. Ce sont beaucoup de petits ajustements à faire", confirme Arnaud Clément.

Adrian Mannarino

Adrian MannarinoGetty Images

Quel héritage pour les purs spécialistes ?

Rafael Nadal et Novak Djokovic ont beau avoir fait l’impasse sur les tournois de préparation, pour mieux récupérer de leurs efforts à Roland-Garros, ils sont conscients de la complexité de la transition entre terre battue et gazon. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le Majorquin est souvent apparu friable en première semaine à Wimbledon, lui qui n’est jamais aussi performant que lorsqu’il peut ancrer ses appuis sur l’ocre pour donner à sa puissance sa pleine mesure. Plus délicate voire glissante, l’herbe met moins en valeur les qualités d’endurance que celles d’explosivité, ce qui explique en partie les succès des vétérans Nicolas Mahut, Feliciano Lopez et Roger Federer.

Mais il faut bien le reconnaître, ces adeptes d’un tennis plus classique et offensif se raréfient sur un circuit où la place accordée au gazon est limitée dans sa durée (un peu plus d’un mois seulement). "Ont-ils des héritiers ? Ce qui est sûr, c’est qu’il y a de moins en moins de joueurs qui viennent régulièrement au filet. Stefanos Tsitsipas le fait, il n’a pas peur d’y aller et de prendre la balle tôt. Mais c’est vrai que ce n’est pas la tendance." S’ils existent toujours, les purs spécialistes du jeu sur gazon sont une espèce en voie de disparition. Mais pour y triompher, disposer d’un éventail large de coups et d’un bons sens tactique reste une condition sine qua non.

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