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Geler le classement, une décision juste ? Peut-être pas, mais la crise actuelle l'imposait

Geler le classement, une décision juste ? Peut-être pas, mais la crise actuelle l'imposait

Le 20/03/2020 à 15:20Mis à jour Le 20/03/2020 à 21:17

C’est officiel depuis jeudi, le classement ATP est figé jusqu’à la reprise des tournois, pour le moment prévue début juin, qui dépend de l’évolution des conditions sanitaires. Dans ces circonstances extraordinaires, pouvait-il en être autrement ? Cette décision aura, quoi qu’il en soit, fait quelques heureux et ne sera pas sans conséquences sur la fin de saison (si celle-ci reprend effectivement).

L’ATP a donc opté pour le statu quo. A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Pandémie de coronavirus oblige, le circuit professionnel de tennis, et ses voyages incessants, a dû interrompre sa course folle et ce, au moins, jusqu’à la semaine du 8 juin. Mis dans l’incapacité de défendre leurs points de la saison passée sur la même période, les joueurs auraient dû les perdre si la logique traditionnelle avait été suivie. Un constat absurde qui a incité l’instance dirigeante à geler le classement tel qu’il était avant l’annulation du Masters 1000 d’Indian Wells, comptabilisant seulement en plus les résultats des Challengers et des tournois ITF interrompus la semaine dernière.

Si elle répare une potentielle injustice – on ne peut préjuger de la capacité des uns et des autres à défendre ou gagner des points si les tournois annulés avaient pu se jouer –, cette décision en crée une autre. Elle permet à ceux qui avaient enchaîné les performances de choix en mars et pendant le printemps sur terre battue (Roland-Garros excepté car reporté) en 2019 d’en conserver le bénéfice… sans frapper un coup de raquette. Le choix ne peut donc faire l’unanimité, même si aucune voix ne s’est élevée, publiquement du moins, pour s’en plaindre. Une telle initiative serait d’ailleurs inaudible, étant donné la gravité de la crise sanitaire actuelle.

La décision la plus simple alors que l'ATP navigue à vue

"Je pense que geler les points a été la décision la plus simple à prendre, en termes de calcul dans le système de classement de l’ATP. Ils auraient pu enlever les points et les résultats les uns après les autres, mais le problème, c’est qu’ils ne savent pas combien de temps ça va durer. Imaginons le pire du pire, que la saison ne reprenne pas. Eh bien, c’est une année blanche. Sinon, qu’est-ce qui se serait passé ? Ils enlèvent les points à tout le monde et il n’y a plus de classement ?", observe Paul-Henri Mathieu. Pour notre consultant – et il est difficile de lui donner tort sur ce point –, il n’y avait pas de solution idéale et une décision devait être prise rapidement.

Car dans ces temps d’incertitude, les joueurs auront besoin d’un minimum de repères au moment de relancer la machine, et leur classement en fait partie. Mais certains en font plus les frais que d’autres. S’il est impossible, par exemple, de savoir si Gaël Monfils aurait pu entretenir sa belle dynamique actuelle, le Français avait indéniablement de gros points à aller chercher dès Miami puis sur ocre (il avait été forfait en Floride et à Monte-Carlo l’an passé) pour entretenir ses espoirs d’accession au top 5 mondial.

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Le cas Richard Gasquet peut également être évoqué. Actuellement 50e, le Biterrois n’avait pu commencer sa saison 2019 qu’en mai à Madrid à cause d'une hernie inguinale, il pouvait espérer une remontée et se repositionner, pourquoi pas, comme tête de série en vue du prochain Majeur. C’est désormais exclu à court terme. Pour d’autres, en revanche, ce gel du classement ne pouvait pas mieux tomber. Et tous les regards se tournent logiquement vers le cas Roger Federer, opéré du genou droit à la mi-février et éloigné des courts, coronavirus ou pas, au moins jusqu’en juin prochain.

Federer ne s'en plaindra pas

Alors qu’il aurait dû laisser des places et 2680 points en route d'ici la fin de Roland-Garros (même si ceux de la Porte d'Auteuil seront remis en jeu à l'automne), il restera numéro 4 mondial. "Ce n’est pas pour rien s’il est le dieu de notre sport ! Il sent les choses…", s’exclame non sans humour Paul-Henri Mathieu. Le capitaine de l’équipe américaine de Coupe Davis Mardy Fish y est aussi allé de son petit tweet tout en dérision, vantant les talents divinatoires de l’homme aux 20 titres du Grand Chelem. Mais une telle heureuse coïncidence laisse aussi un terrain propice aux théoriciens du complot : le Bâlois, qui a un poids certain au Conseil des joueurs, aurait-il pu faire pencher la balance vers le gel ?

"Les mauvaises langues diront peut-être que c’est Federer qui a mis un coup de pression à l’ATP. Mais vu de l’extérieur, moi qui connais d’autres joueurs du circuit quand même, c’est une aberration de penser ça. L’ATP vient de prendre une décision collective, Federer, lui, a annoncé il y a un moment qu’il était blessé et qu’il reviendrait en juin. Lui ne se retrouvera pas pénalisé, comme d’autres ne le seront pas non plus", balaie d’un revers de la main notre consultant. Et pour cause : les deux autres monstres du circuit, Novak Djokovic et Rafael Nadal, conservent respectivement 2635 et 4260 unités accumulées sur la période, même s’il est vrai, qu’ils étaient en état de les défendre potentiellement.

Dans l’affaire, Federer aura donc juste perdu les 500 points de sa victoire à Dubaï, permettant à Dominic Thiem de lui prendre sa place sur le podium. Le Suisse devrait aussi voir son record de nombre de semaines passées à la place de numéro 1 mondial protégé plus longtemps, la mesure suspendant de fait le bon déroulement du circuit et donc le temps. Le gel du classement ATP a surtout cet avantage qu’il permet, désormais, d’avoir les idées claires sur les 32 probables têtes de série à Wimbledon, si la situation sanitaire permettait au Majeur britannique de se jouer comme prévu à la fin du mois de juin.

La Race plus que jamais essentielle en vue du Masters

Mais il n’évitera pas une certaine confusion en fin de saison puisque le décalage entre la hiérarchie à l'ATP et la Race (points accumulés depuis le 1er janvier) ne se résorbera pas juste avant le Masters, comme c’est le cas habituellement. Il est d'ailleurs important de se rappeler que le nom complet du classement réalisé sur la saison est le suivant : "Race to London", soit en français "la course à Londres" où devrait se dérouler en novembre, pour la dernière fois, le tournoi des Maîtres, avant qu'il ne s'exile à Turin en 2021. Les huit qualifiés seront donc, selon toute logique, les huit premiers de cette Race, si bien que quelques paradoxes pourraient se présenter.

Il est par exemple possible qu'un joueur officiellement 7e mondial, mais 15e à la Race, se retrouve exclu de cet ultime rendez-vous de prestige. "Ce sera un ajustement, mais j’ai peur qu’il y en ait d’autres à trouver d’ici là", confie Paul-Henri Mathieu. Réduite en nombre de tournois, la saison 2020 sera, de fait, moins généreuse en termes de points. Et la bataille pour les huit sésames pour Londres risque d’être encore plus féroce qu’à l’accoutumée. Surtout si les bisbilles entre la Fédération française de tennis (FFT), les autres Majeurs et l’ATP se prolongent. Mise devant le fait accompli par le report de Roland-Garros à l’automne, celle-ci n’a pas du tout apprécié la méthode, critiquant ouvertement dans son communiqué une "action unilatérale" regrettable en ces temps de crise.

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L’ATP pourrait-elle alors répliquer en privant Roland-Garros du nombre de points habituellement attribués à un tournoi du Grand Chelem ? "Tout est possible. Chacun peut penser égoïstement à son tournoi et à son circuit. Bien sûr que l’ATP, parce que la FFT ne les a pas avertis, pourrait enlever des points à Roland et se dire par exemple : ‘Ok, nous, on fait Indian Wells en même temps, on met tant d’argent, et les points ATP, débrouillez-vous !’ Mais là, on va au clash. Peut-être que j’ai un côté naïf, mais j’ai envie de penser qu’on ne peut pas en arriver là, et que tout le monde peut échanger pour trouver la moins mauvaise solution", tempère enfin notre consultant. Un appel plus que légitime à un minimum de solidarité dans le petit monde du tennis, alors que nous traversons une crise sans précédent.

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