Herbert et Mahut dans Retour Gagnant "assez pessimistes sur l'avenir du double sur le circuit"
Par SEBASTIEN PETIT
Publié 05/02/2025 à 16:33 GMT+1
Invités de notre émission digitale Retour Gagnant, à retrouver sur YouTube et sur Max, Nicolas Mahut et Pierre-Hugues Herbert sont revenus sur leurs heures de gloire en double sur le circuit ATP. Malgré le fait que cette discipline souffre d'un manque d'attrait notable depuis plusieurs années. En cela, ils ne savent pas comment elle va évoluer dans le futur avec les changements voulus par l'ATP.
Mahut et Herbert sur le double : "On est assez pessimiste sur son avenir"
Video credit: Eurosport
Sans tricher en allant chercher la réponse, êtes-vous capables de citer les deux premiers joueurs du classement ATP de double ? A moins de suivre l'actualité de cette discipline avec assiduité, difficile de viser juste. Le Salvadorien Marcelo Arevalo et le Croate Mate Pavic ne vous en voudront pas de ne pas les connaître, il n'empêche que ce sont les doubles vainqueurs de Roland-Garros (2022 et 2024) et finalistes du dernier Masters. Comment expliquer cela ? un manque d'intérêt ? Un manque de stars ? Un manque d'accès aux images des tournois ? Un peu tout à la fois.
Pourtant spectaculaire et apprécié du public, le double est une discipline en net repli depuis plusieurs années. Combien de directeurs de tournoi s'arrachent les cheveux pour organiser ce tournoi en parallèle du simple ? Cela augmente le nombre de matches, pose des problèmes d'embouteillage sur les courts d'entraînement et de logistique pour une audience qui, au final, est loin des standards du simple. "Cela fait une quinzaine d'années que le déclin du double a été amorcé", nous explique Nicolas Mahut aux côtés de Pierre-Hugues Herbert dans Retour Gagnant, émission digitale à retrouver sur Max et YouTube. "A partir du moment où les joueurs de simple ont commencé peu à peu à se concentrer sur une carrière plus individuelle, à moins jouer le circuit double, principalement en raison du prize-money qui a explosé en simple, ça a perdu un petit peu de son intérêt."
Ajoutez à cela une réputation pas souvent facile à porter : "Aujourd'hui, c'est vrai que le regard porté sur le double n'est pas le même partout, poursuit notre consultant. Contrairement à ce qui peut se passer dans les pays anglo-saxons, aux États-Unis ou en Angleterre ou en Australie, où il y a une culture du double plus importante, en France c'est assez dénigré : c'est souvent le joueur qui n'a pas réussi en simple qui va en double.De plus sur le circuit ATP, le double n'est pas assez mis en avant, alors que les gens adorent la discipline. On voit par exemple l'importance que le double a en Coupe Davis. Donc je suis assez pessimiste sur l'avenir du double sur le circuit parce que les décisions qui sont prises ne sont pas en faveur de son développement."
En 2024, l'ATP a décidé de donner un coup de boost. De nouvelles règles destinées à accroître l'attrait des tournois de double "pour les spectateurs, les joueurs et les organisateurs" ont été expérimentées sur la terre battue de Madrid, sur le gazon du Queen's, puis sur quelques autres événements à Gstaad, Hambourg, Kitzbühel, Newport, Toronto, Washington et Winston-Salem. En Espagne par exemple, où le Masters 1000 s'étale désormais sur dix jours, le tournoi de double a été condensé sur cinq ; le tableau de 32 équipes a réservé jusqu'à seize places pour des équipes dont les joueurs ont eu la possibilité d'entrer grâce à leur classement en simple et non en double.
Alex de Minaur s'est essayé à l'exercice avec Alexei Popyrin, comme les frères Tsitsipas ou encore Daniil Medvedev avec Tommy Paul... Pour le Russe, l'idée était surtout de pouvoir s'entraîner en vue des Jeux Olympiques et non de persévérer dans cet exercice. "J'ai peu de temps pour m'entraîner en double à côté du simple, donc je voulais jouer quelques matches pour avoir des repères, a-t-il expliqué après coup. C'est compliqué de trouver des partenaires disponibles ; à Madrid, Tommy m'a dit oui, donc on y est allé, c'était fun.. mais plus je jouerai, meilleur je serai." Associé à Roman Safiullin aux JO, où ils ont perdu au premier tour, Daniil n'a pas renouvelé l'expérience au-delà de 2024. Même chose pour de Minaur, qui a même fini sans une seule victoire en poche en six matches.
Autre changement notable : les joueurs ont été soumis à de nouvelles règles devant réduire la durée des rencontres. Ainsi, au lieu d'avoir 25 secondes entre deux points, le serveur n'en aura que quinze si le point précédent a donné lieu à moins de quatre échanges et récupèrera les 25 secondes actuellement en vigueur si le point a atteint ou dépassé les quatre échanges. Ils ne seront pas autorisés à s'asseoir systématiquement tous les deux jeux et le public ne sera pas cantonné à son fauteuil, les allers-et-venues seront possibles pendant le match.
"Les doubles devraient être commercialisés comme une action non-stop et je pense que réduire une grande partie du temps mort améliorera beaucoup le produit", a estimé pour sa part Jamie Murray, directeur du tournoi du Queen's qui a expérimenté ses nouvelles règles. "Je suis ravi de voir l’ATP continuer à essayer de tester des moyens de comprendre les choses pour essayer d’améliorer l’attrait du double pour toutes les différentes parties prenantes : joueurs, fans, tournois, streaming, TV et diffuseurs. C’est une bonne chose pour l’avenir."
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/02/04/4094199-83021628-2560-1440.jpg)
Herbert : "La finale 2017 est peut-être la plus grosse cicatrice dans notre relation avec Nico"
Video credit: Eurosport
Ces changements n'ont pas été accueillis avec enthousiasme et laissent Nicolas Mahut toujours aussi sceptique. "Je pense qu'il y aurait des choses à faire en termes de programmation, en termes de communication sur le double : rien qu'à voir sur les réseaux, à chaque fois qu'il y a des images, il n'y a jamais de double, sauf quand il y a un joueur de simple qui joue en double". Et d'ajouter : "Lors des Masters 1000, il y a une réflexion à mener aussi sur le moment où l'on place le double. On est tous d'accord sur le fait qu'on serait contents de voir un Tsitsipas jouer en double, même avec un Rune, par exemple, les gens viendraient les voir, parce que les gens aiment le double."
Pierre-Hugues Herbert, le compère de double de Mahut pendant plusieurs années, estime que le problème est plus profond et multiple : "Il y a de plus en plus de joueurs sur le circuit, puisque les joueurs se spécialisent en double, ce qui n'était pas le cas avant. Le jeu a évolué aussi parce que les joueurs de simple passent de moins en moins de temps au filet et ils passent de plus en plus de temps en fond de court alors que le jeu de double se joue dans l'ensemble vers l'avant et au filet. De plus, jouer en double n'a pas spécialement d'impact positif sur le simple, donc il ne vont pas forcément le jouer."
Les problèmes rencontrés pour redonner de l'attrait au double pousserait l'ATP à prendre d'autres dispositions en condensant la discipline sur trois jours ou encore en allant repositionner le double mixte potentiellement pendant la semaine des qualifications de Grand Chelem... "En tout cas, ils cherchent des solutions pour trouver le meilleur format, poursuit Pierre-Hugues Herbert. Le double a toujours été une partie importante de ma carrière et le sera toujours : c'est extraordinaire comme spectacle. Parce qu'on voit des choses qu'on ne voit pas en simple."
/origin-imgresizer.eurosport.com/2021/11/21/3257921-66675688-2560-1440.png)
Imprenables au service et en symbiose, Mahut et Herbert ont joué la finale parfaite
Video credit: Eurosport
"La seule solution qui prévaut, c'est que les joueurs de simple se remettent à jouer en double, appuie Arnaud Clément, consultant Eurosport et ex-n°8 mondial en double. Quand on voit l'engouement qu'il y a eu autour de la paire Nadal-Alcaraz aux Jeux olympiques de Paris, on voit quelle direction il faudrait prendre. Il faudrait peut-être intéressé davantage les joueurs en points ATP supplémentaires, au sein d'un classement unique éventuellement. Le tout en mettant des différences de valeur entre les points de simple et de double..."
Et de souligner : "Le côté financier ne changera rien en tout cas. Il y a tellement d'argent généré autour des gros tournois que ce n'est pas avec des milliers de dollars en plus que les joueurs de simple se mettront au double. Mais tout cela est utopique : personne ne sera d'accord pour changer vraiment le système en place, même s'il manque parfois d'intérêt et de logique économique." Raison aussi pour laquelle la bonne formule qui contentera tout le monde sera longue à trouver.
Sur le même sujet
Publicité
Publicité