Surfer sur la vague ou retomber brutalement de son nuage. C'est l'alternative qui se présente à tout nouveau lauréat en Majeur. Daniil Medvedev n'échappe pas à la règle, à ceci près qu'il est aussi la tête de série principale du premier tournoi du reste de sa vie de champion en Grand Chelem, en l'absence de Novak Djokovic. Dans le désert californien, le Russe est donc favori à double titre. Pas forcément de quoi l'effrayer, tant il semble désormais maîtriser cette pression du résultat. En revanche, un autre danger le guette : celui du relâchement après être allé chercher le Graal.
Aussi prestigieux soit le Masters 1000 d'Indian Wells, auquel certains donnent le titre officieux de "cinquième tournoi du Grand Chelem", inscrire son nom à son palmarès n'aurait évidemment pas la même portée pour Medvedev que ce qu'il a réalisé à Flushing Meadows. Premier membre de l'ex-Next Gen à briser le plafond de verre en Majeurs, chasse gardée ces dernières années du "Big 3", il aurait bien des raisons de trouver ce rendez-vous californien un peu fade. L'an passé, Dominic Thiem avait d'ailleurs eu le plus grand mal à relancer la machine après avoir conquis l'US Open, jusqu'à vivre une saison 2021 cauchemardesque.
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Personne n'est à l'abri d'une pareille mésaventure, mais chaque joueur a sa propre personnalité. Et celle de Medvedev détonne, assurément. "Je n'ai pas du tout de problème de motivation. Je suis encore jeune. Gagner mon premier titre du Grand Chelem était un gros objectif pour moi et un rêve devenu réalité, mais je suis encore là à Indian Wells. Je n'ai pas quitté les Etats-Unis puisque j'ai joué la Laver Cup à Boston. Je voulais me sentir bien physiquement, et revenir en Europe n'était pas un bon choix dans cette perspective", a-t-il assuré.
En Laver Cup justement, il a disputé son seul match depuis son triomphe new-yorkais, participant au large succès de l'équipe européenne. Si le résultat a assurément moins d'impact qu'un match gagné sur un tournoi classique, Medvedev a tout de même montré qu'il n'avait rien perdu de la confiance qui l'habitait à l'US Open, éparpillant Denis Shapovalov (pourtant alors 12e mondial) dans les grandes largeurs 6-4, 6-0.

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Son statut a changé, pas son regard sur lui-même ni ses ambitions

De là à dire que rien n'a changé pour le Russe, il y a un pas que lui-même ne franchit pas. "Il y a eu beaucoup d'excitation autour de moi, mais surtout la semaine après ma victoire. Tout le monde parlait de moi, tous les médias et les journaux, surtout en Russie. Certaines personnes dont je suis moi-même fan m'ont envoyé des messages, c'était assez sympa. Beaucoup de gens veulent payer pour moi au restaurant, et j'essaie de refuser. Parfois, le serveur vient et me dit que je ne peux plus payer parce ça a déjà été réglé", a-t-il fait remarquer, sourire en coin. Assurément, devenir champion en Grand Chelem a ses avantages.
Mais ce nouveau statut n'a ni modifié le regard que Medvedev porte sur lui-même, ni sa manière de concevoir sa carrière tennistique. Ambitieux, le dauphin de Novak Djokovic a encore bien des objectifs à atteindre. Et logiquement, le prochain est de monter sur le trône du tennis mondial. Si le faire d'ici la fin de l'année semble compliqué (il accuse près de 2000 points de retard sur le Serbe à la Race), l'entreprise semble bien réalisable à moyen terme. Le Russe n'a donc aucun intérêt à ralentir le rythme et ne semble pas manquer de détermination.

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"Je suis arrivé ici préparé. On ne peut pas savoir avant ce que le tournoi va nous réserver, mais même si je perds au 2e tour, ça n'aura rien à voir avec la motivation. Ce sera à cause de l'adversaire ou parce que je n'aurai pas bien joué. Je vais disputer quelques tournois encore cette année et je vais donner le meilleur de moi-même pour essayer de les gagner", a-t-il encore indiqué. S'il restait sur sa dynamique et venait à l'emporter en Californie, il reviendrait à un peu moins de 1000 unités de Djokovic à la Race, ce qui pimenterait certainement encore un peu plus la fin de saison.
D'autant que Medvedev adore se trouver de nouveaux défis pour aiguiser son appétit. Si la perspective de devenir numéro 1 mondial peut lui sembler lointaine, celle de conquérir un tournoi de prestige, qui ne lui a pas réussi jusqu'ici, a un attrait certain. Lors de ses trois précédentes participations, il n'a jamais fait mieux qu'un 3e tour et ne compte que trois matches gagnés dans le grand tableau du tournoi californien. Une statistique étonnante, tant le joueur s'épanouit sur dur à l'accoutumée.

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Mais la surface très abrasive et la hauteur du rebond à Indian Wells lui ont posé des problèmes par le passé, un peu à l'image de ses difficultés sur terre battue, le Russe préférant les trajectoires rasantes. "Habituellement, je n'aime pas les conditions ici. Mais je me sentais bien l'année dernière car on était tous venus ici pour jouer (en mars 2020). Je détruisais tout le monde à l'entraînement, avant que le tournoi ne soit annulé (à cause de la pandémie de coronavirus, NDLR). Je m'étais dit : 'Dommage, c'était peut-être mon année à Indian Wells.' Donc voyons voir si cette année est la mienne."
Il aurait bien tort de ne pas y croire, alors que de son propre aveu, il transpire la confiance. Avant cette reprise attendue à Indian Wells, il s'est remis dans le bain en frappant la balle à l'université de UCLA à Los Angeles la semaine dernière, contre une dizaine d'étudiants-tennismen.
"Mon coach et mon agent ont pensé que c'était mieux de m'entraîner à UCLA et de ne pas venir sur le site du tournoi trop tôt, parce que si tu viens une semaine et demie avant le début de la compétition, tu peux te cramer. Ils savent tous jouer du bon tennis là-bas. D'ailleurs, on voit souvent des gens issus du tennis universitaire américain devenir Top 100 ou Top 300, ce qui est un très bon niveau." Une préparation sérieuse, loin du tumulte et des caméras en somme. Décidément, l'animal ne laisse rien au hasard.
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