Jo-Wilfried Tsonga a 40 ans : Quel est le plus grand moment de sa carrière ? On en débat

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Jo-Wilfried Tsonga fête ce jeudi ses 40 ans. L'occasion pour nous de saluer la carrière du deuxième meilleur joueur français de l'ère Open derrière Yannick Noah. Rémi Bourrières et Laurent Vergne ont tous les deux choisi ce qui, pour eux, est LE moment le plus fort vécu par le Manceau. Ils n'ont pas choisi le même...

Jo-Wilfried Tsonga.

Crédit: Getty Images

Sa victoire contre Nadal à Melbourne en 2008

Par Rémi Bourrières
Plat du pied, sécurité. J'ai confiance d'enfoncer une porte ouverte, mais comment ne pas citer ce match qui demeure, à mes yeux, le plus retentissant de la carrière de Jo-Wilfried Tsonga, celui qui l'a définitivement propulsé dans un autre monde ? Je suis pourtant sensible aux arguments de Laurent : à l'époque, Rafael Nadal, 21 ans, n'était encore qu'un ogre de l'ocre et se cherchait un peu sur dur, surface sur laquelle il disputait alors sa première demi-finale majeure. Et oui, c'est vrai, il y a eu peut-être des victoires encore plus fortes, ou plus importantes, notamment d'ailleurs sur cet Open d'Australie où Jo lui-même a souvent évoqué son 1er tour contre Andy Murray, ou son quart contre Mikhail Youzhny, comme des succès fondateurs.
Mais demandons à 100 personnes dans la rue : je parie que 99 auront essentiellement retenu celui contre Nadal, match érigé en symbole de cette épopée du bout du monde et des abords de l'irréel, qui a valu au Manceau de devenir le sixième joueur masculin français de l’Ère Open (le dernier à ce jour) à atteindre une finale de Grand Chelem. Tsonga n'a pas battu Nadal ce jour-là. Il l'a pulvérisé, roué de coups pendant près de 2h et finalement assommé en trois petits sets (6-2, 6-3, 6-2). C'était "rumble in the jungle", Mohamed Ali qui met K. O. Georges Foreman à Kinshasa en 1974. Violent. Brûlant. Sanglant.
Une telle masterclass dans un jour aussi important ? En mettant à part la finale de Roland-Garros de Yannick Noah en 1983, on ne voit guère que la "demontada" de Henri Leconte face à Pete Sampras en finale de la Coupe Davis en 1991 pour soutenir la comparaison, en termes d'impact visuel chez les observateurs. Et pas uniquement dans le microcosme franco-français, on vous le certifie : "Même chez Federer, je ne me serais pas attendu à niveau pareil", a ainsi lâché Nadal, groggy, en conférence de presse.
C'est clair : jamais Tsonga n'a atteint un niveau aussi élevé que ce 24 janvier 2008. Ni avant, ni après. C'est d'ailleurs en ce sens que cette victoire l'a presque autant desservi qu'elle ne l'a servi. Car il aura passé l'essentiel de sa carrière, ensuite, à rechercher cet état de grâce absolu, cette plénitude tennistique, ce sentiment de totale invincibilité même si on avait dû mettre en face de lui l'intégralité du Big Three, plus un Stan Wawrinka et un Juan Martin Del Potro pour la route. Ce jour-là, Jo les aurait tous bouffés.
Sauf que ce match, en fin de compte, ça n'était pas un match de tennis. C'était un songe, un rêve éveillé, quelque chose qui n'arrive jamais, ou alors une fois dans une vie. Après avoir choqué la planète, hérité du surnom de "Tsonga Tsunami" et fait une entrée fracassante parmi l'élite, le jeune Français de 22 ans n'allait plus jamais pouvoir jouer avec le même degré de relâchement et d'insouciance.
Et c'est d'ailleurs ce qui magnifie d'autant plus ce qu'il a réalisé après. Car même restée inégalée, cette demi-finale de l'Open d'Australie est restée tout sauf un "one shot". Par la suite, Jo a également battu Novak Djokovic en Australie (en 2010) puis Roger Federer à Wimbledon (en 2011) et Roland-Garros (2013), devenant l'un des trois joueurs avec Stan Wawrinka et Tomas Berdych à avoir battu l'intégralité du Big Four en Grand Chelem. Il a gagné partout, face à tout le monde, parce qu'il est devenu un joueur certes moins relâché, mais beaucoup plus solide, complet, établi.
Quelque part, ce succès contre Nadal aurait presque dû être le sommet de son époque "prime". Mais Jo avait choisi de commencer par le dessert. C'est ce qui rend ce match d'autant plus fou, irréel, avec en plus toute la folie médiatique et populaire qu'il y a eu autour, en France et à Melbourne. Un sommet resté, à mon avis, le must de sa carrière. 
Mon top 10
1. Sa demi-finale contre Nadal Open à l'Open d'Australie (2008)
2. Sa finale contre Federer à Toronto (2014), cerise sur le gâteau de son chef-d'œuvre canadien
3. Son titre à Bercy (2008)
4. Sa victoire contre Federer à Wimbledon (2011)
5. Ses 4 balles de match contre Djokovic à Roland-Garros (2012)
6. Sa finale au Masters en (2011)
7. Sa victoire contre Nishikori pour atteindre sa 2e demie à Roland en (2015)
8. Sa 5e place mondiale atteinte en (2012)
9. Sa médaille d'argent en double aux JO de Londres (2012)
10. Sa sortie à Roland-Garros contre Ruud (2022)

Sa victoire contre Federer à Wimbledon en 2011

Par Laurent Vergne
Ce qui saute aux yeux, d'abord, c'est qu'avec Tsonga, il y a le choix. On aurait aimé qu'il n'y ait pas de discussion possible et que le numéro un soit sans ambiguïté son sacre à l'Open d'Australie en 2008. Ou ailleurs. Malheureusement, pour lui et pour nous, le Sarthois n'est jamais allé au bout en Grand Chelem. Il peut donc y avoir débat à l'heure de déterminer le plus grand moment de sa carrière. Pour être honnête, j'aurais pu, moi aussi, opter pour cette victoire presque surnaturelle dans la forme contre Nadal à Melbourne. J'en conviens, c'est LE moment le plus inoubliable et, comme tout le monde, spontanément, ma mémoire me ramène à ce match, à cette victoire.
Sur un strict plan sportif, je ne suis pas loin de penser que son sacre à Toronto constitue le sommet de sa carrière. Parce que c'est un titre. Un Masters 1000. Surtout, en battant en quelques jours Novak Djokovic, Andy Murray puis Roger Federer en finale, il a accompli au Canada quelque chose de rarissime en dominant quatre membres du Top 10 dont trois des quatre ténors du Big 4, performance que seul David Nalbandian a accomplie par ailleurs.
Mais rien ne dépasse le Grand Chelem. Alors, même s'il n'y a pas de consécration avec le trophée au bout, difficile de ne pas choisir entre Melbourne 2008 contre Nadal et Londres 2011 face à Federer. C'est vers cette dernière victoire que je me tourne finalement. Peut-être pour l'aura de Wimbledon, et celle de Federer en ce lieu, supérieure à celle de Nadal sur la Rod Laver Arena, surtout en 2008. À l'époque, le Majorquin, 21 ans, est déjà un sacré champion mais il n'est encore "que" le triple lauréat de Roland-Garros encore jamais titré ailleurs.
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Jo-Wilfried Tsonga lors de son exploit contre Federer à Wimbledon en 2011.

Crédit: Getty Images

Paradoxalement, c'est aussi ce qui fait la force de ce match qui en constitue d'une certaine manière la limite à mes yeux : le coté irréel de la performance. Ce jour-là, Jo-Wilfried Tsonga a atteint un niveau stratosphérique qu'il ne tutoiera plus jamais. Il était sur son nuage, presque dans une dimension parallèle. C'était fou, c'était grand, c'était beau, mais je crois que je préfère encore ce qu'il a accompli trois ans et demi plus tard contre Federer sur le Centre Court de Wimbledon. Peut-être parce qu'il y avait quelque chose de plus maîtrisé, de plus conscient et donc de plus abouti dans l'approche comme dans la réalisation.
Alors, certes, il n'a pas collé une raclée au Suisse à Wimbledon, mais battre le sextuple maître des lieux après avoir été mené deux sets zéro, c'est au moins aussi exceptionnel. Jamais Federer n'avait été battu en Grand Chelem en ayant remporté les deux premières manches. C'est cela qui magnifie la performance du Manceau dans ce quart de finale. Il aura fallu attendre le 179e match en Grand Chelem du Bâlois pour assister à un tel évènement. Ce qu'a produit Tsonga dans les trois derniers sets (6-4, 6-4, 6-4) relève du prodige. La perfection au service, au filet (37 volées gagnantes !) et dans son opportunisme avec un magistral trois sur trois sur les balles de break dans ces trois manches.
C'est donc un exploit d'une nature différente de celui de Melbourne 2008 face à Nadal, mais pas nécessairement inférieur. Au contraire, à mon avis. Puis il y avait, sous le franc soleil anglais, une joie communicative, presque palpable, au-delà de la victoire. Une forme de bonheur ultime du moment. Jo l'avait très bien expliqué dans le podcast Echange, avec Antoine Benneteau : "Jouer Rodgeur sur le Central de Wimb… pour moi, c'était inespéré. Enfin, ce n'est pas que c'est inespéré mais je n'avais pas rêvé de ça. J'avais peut-être rêvé de jouer contre lui un jour, mais je n'osais pas imaginer ça sur le Central de Wimbledon, avec la Royal Box, le fait de rentrer avec lui dans le couloir... Ce sont des moments fabuleux." Le plus grand, pour moi. Le contexte n'est jamais anodin dans la portée d'un moment, d'une victoire.
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Tsonga : "Je n'avais jamais rêvé jouer Federer comme ça sur le central de Wimbledon"

Video credit: Eurosport

Mon Top 10
1. Sa victoire contre Federer à Wimbledon (2011)
2. Sa demi-finale contre Nadal à l'Open d'Australie (2008)
3. Son sacre à Toronto avec 3 victoires sur le Big 4 (2014)
4. Son titre à Bercy (2008)
5. Sa finale au Masters (2011)
6. Sa victoire en 3 sets contre Federer à Roland-Garros (2013)
7. Sa médaille d'argent en double aux JO de Londres (2012)
8. Son titre à Vienne contre Del Potro après avoir été mené un set et un break (2011)
9. Son accession au Top 5 en février 2012
10. La victoire en Coupe Davis (2017)

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