Justine Henin : "Nadal gagnait en équipe, mais il perdait seul"
Par Laurent Vergne
Publié 20/11/2024 à 00:26 GMT+1
Quadruple lauréate de Roland-Garros, Justine Hénin a notamment été la reine des lieux au début du règne de Rafael Nadal chez les hommes. A l'heure du grand départ à la retraite du champion espagnol, notre consultante évoque "son" Nadal. Elle retiendra de lui son incroyable intensité sur le court, et sa faculté à toujours assumer ses responsabilités. Surtout dans la défaite.
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Video credit: Eurosport
Rafael Nadal n'a pas seulement inspiré toute une génération de joueurs. Il a aussi durablement marqué des joueuses. Le cas de Iga Swiatek est bien connu. Le Majorquin fut l'idole d'enfance et d'adolescence de la Polonaise qui, depuis, a marché sur ses traces en remportant quatre fois Roland-Garros. Parce qu'elle est née quelques années avant "Rafa", Justine Henin, une autre reine de la porte d'Auteuil ne pouvait le prendre comme idole. Mais elle se sent proche de lui d'une certaine manière. "Ça peut paraître étrange, mais je me retrouve beaucoup en Rafael Nadal", nous souffle modestement la consultante d'Eurosport. Non Justine, pas si étrange.
Bien sûr, il y a ce lien parisien. Comme Swiatek, la championne belge a soulevé quatre fois le trophée sur le Chatrier, en 2003, 2005, 2006 et 2007. Elle a donc été la patronne ici lors des trois premières couronnes du règne nadalien. "On n'a qu'un tout petit bout d'histoire partagé à Roland-Garros, dit-elle modestement. Lui a continué sa route encore d'une toute autre manière, mais on a quand même ce petit bout d'histoire en commun. Il y avait une complicité parce qu'on avait cet amour de Roland-Garros, cet amour de la terre battue. Ça, c'est sûr qu'on a ce point commun."
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Nadal, une évolution géniale sous-cotée ?
Video credit: Eurosport
Le bal des anxieux
Paradoxalement, ce n'est pourtant pas le lien le plus fort qui, selon elle, l'associe à Rafael Nadal. Mais là, elle parle presque davantage d'aspects humains que de tennis pur et dur. "Là où je me retrouve vraiment, poursuit l'ancienne numéro un mondiale, c'est quand même sur le côté anxieux du personnage. Moi, j'étais une joueuse très anxieuse et on voit bien aussi ce qu'il a quand même eu à gérer, à dépasser par rapport à ça, même si bien sûr, il a construit son palmarès et donc sa confiance. Mais ce côté 'Rien n'est acquis, tout peut s'arrêter du jour au lendemain donc je ne peux pas me reposer sur mes lauriers', ça m'a inspiré, ça, chez Rafael Nadal".
Par pudeur, ce sujet n'est jamais venu sur le tapis entre eux. Ni pendant la carrière de Justine Henin ni après, quand elle est passée de l'autre côté du miroir, dans les médias. Mais elle est convaincue que ce point commun la rapproche du Majorquin. "On n'en a jamais discuté, mais son regard vers les membres de son clan, ses habitudes, sa routine, sa superstition, tout ça, ça me parlait pas mal et je me retrouvais énormément en lui, à ce niveau. Je sentais que c'était quelque chose qu'on partageait."
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Rafael Nadal et Justine Henin lors du tirage au sort de Roland-Garros en 2007.
Crédit: Getty Images
Si elle devait n'utiliser qu'un seul mot pour définir ce que fut Rafael Nadal et ce qu'il a incarné mieux et plus que n'importe qui, la Rochefortoise n'a pas besoin de réfléchir trop longtemps pour trouver le terme qui lui semble adéquat. "Je pense que c'est l'intensité, évoque-t-elle. En tout cas, à titre personnel, c'est ce qui va me rester." Et c'est une chose qui l'a marquée dès les premiers pas de l'Espagnol et dès le début de son règne à Paris, en 2005 :
"On n'avait jamais vu ça. Ce côté, je vais presque dire animal, cette présence, cette puissance, ce culot, cette audace, et puis quelque chose qui se met en place assez naturellement. Quelles que soient les conditions dans lesquelles il entrait sur le court, il mettait une intensité folle. Et ça, pour moi, c'est ce qu'il va quand même laisser au monde du sport. Il m'aura vraiment marquée à ce niveau-là."
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Ljubicic : "Jouer Nadal sur le Chatrier était une expérience traumatique"
Video credit: Eurosport
D'autant que, selon elle, cette intensité s'accompagnait en permanence d'une responsabilisation constante. Ne pas se réfugier derrière des excuses. Assumer. Justine Henin a une formule à la fois juste et forte pour résumer le personnage : "Finalement, Nadal gagnait en équipe, mais il perdait seul."
Elle précise : "Après avoir arrêté de jouer, j'ai eu la chance de l'interviewer à Roland-Garros. On avait parlé de ça. On a parlé du clan, de son entourage, de sa capacité à ne se chercher aucune excuse sur le court. Il ne perdait pas seul, parce qu'il avait le soutien de son clan, mais il prenait ses responsabilités en permanence. Je pense que c'est important, cette responsabilisation. Il a toujours été acteur de ce qu'il a fait."
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Rafa Nadal, 14 fois le roi de Roland-Garros
Crédit: Eurosport
Si elle souligne l'évolution de son jeu au fil des ans et la force de ses accomplissements partout ailleurs, notamment ce titre à l'Open d'Australie en 2022, qui semblait "presque impossible", Justine Henin en revient presque toujours à Roland-Garros. Parce que c'est la plus grande partie de son histoire et c'est évidemment le cas aussi pour Nadal. Elle ne s'en fait pas, le tournoi continuera à tracer sa route. Nadal passera, comme tous les autres avant lui. Mais tout de même. Son legs est différent de tout ce qui a pu exister dans l'histoire du tennis, ici comme ailleurs.
"Roland-Garros va survivre à Rafael Nadal, heureusement, mais l'empreinte sera éternelle, insiste la septuple lauréate en Grand Chelem. Ce qu'il a fait, on peut se dire que ça va rester unique, même si certains auront vu dans sa domination quelque chose qui enlevait de l'intérêt au tournoi, pour le public. Mais quand quelqu'un prend le contrôle comme il l'a pris, quand quelqu'un s'empare des clés, n'a pas envie de les partager."
Pour le reste de ses jours, Nadal sera chez lui à Roland-Garros. Henin a elle-même un peu ce sentiment avec ses quatre titres. Alors, avec 14, imaginez… "Même si on ne peut pas nous comparer, quand j'y vais, j'ai besoin de retourner voir tout le monde dans les vestiaires, avoue-t-elle. C'est la maison et ce sera la maison à vie pour Rafael Nadal. Et je pense qu'il y sera toujours extrêmement bien accueilli. Les histoires d'amour, c'est comme ça, ça ne s'explique pas toujours au départ. Il a fait grandir Roland-Garros. C'est un bout d'histoire. Un sacré bout d'histoire."
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