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Kramer et l'idéal du tennis moderne
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Publié 24/04/2015 à 09:57 GMT+2
Savez-vous que l'homme le plus important de l'histoire du tennis a quitté ce monde ? En pleine ère de domination du joueur le plus titré et le plus médiatisé de l'histoire de ce sport, Roger Federer, un certain Jack Kramer vient de disparaître dans l'indifférence générale en France, avec quelques hommages appuyées aux Etats-Unis.
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C'est à l'Open de Los Angeles (UCLA), sur les courts d'un tournoi qu'il a gagné et dirigé (son fils Bobby le dirige actuellement) que la cérémonie funéraire a eu lieu. On y retrouvait un cercle de proches dont Pam Shriver, Tracy Austin, Tim Curley (directeur de l'US Open), Donald Dell de l'International Hall of Fame. Une sortie discrète pour un personnage que d'autres observateurs américains saluent comme l'acteur essentiel du tennis moderne:Joel Drucker, journaliste pour espn.com et Tennis.com, en fait partie : "Jack Kramer, c'était Michael Jordan et David Stern en même temps. Un champion et un éminent homme d'affaire." A 88 ans, disparu des suites d'un cancer, Kramer est considéré comme le joueur qui a imposé le style de jeu emblématique de la modernité: le service-volée, comme un acteur décisif du passage au professionnalisme en tant que premier président de l'ATP, et comme la personnalité qui rendu le tennis "business compatible". Natif de Las Vegas (1er août 1921), Jack a suivi son père au Sud de la Californie où il a été définitivement séduit par le tennis à 13 ans. Entre le base-ball et le tennis, Jack n'allait plus hésité, il allait consacrer sa vie à ce sport. Sous la férule de Perry T. Jones, il a la chance de s'entraîner dans un club qui fait la pluie et le beau temps du tennis américain à l'époque avec Ellsworth Vines et- Les Stoefen, anciens N.1, et sans parler de Bill Tilden, vieillissant mais légendaire. Plus tard, sa rencontre avec Cliff Roche est décisive. Cet ingénieur automobile estime qu'il faut monter au filet pour bousculer les champions de l'époque, à l'aise au fond du court. Le service-volée devient un schéma de jeu irrésistible, et qui a gardé aujourd'hui encore son charme et son efficacité. Le tennis séduit une plus grande population grâce à lui, et ses adversaires Bobby Riggs, Don Budge et Pancho Gonzalez. Victoires/défaites face aux meilleurs de son époque:Contre Bobby Riggs: 69 / 20Contre Pancho Gonzales 96 / 27Contre Pancho Segura 64 / 28Contre Frank Sedgman 54 / 41 A 24 ans, après la seconde guerre mondiale, il s'implique encore plus au plus haut niveau et remporte Wimbledon (1946) et ce qui sera plus tard appelé l'US Open (1946 et 1947). Pour en venir à l'ère Open, il a fallu des joueurs comme Kramer pour défendre et inventer le professionnalisme (1968). Kramer estimait que les joueurs devaient être rémunérés. Il devient le premier président de l'ATP (en 1972), dont Philippe Chatrier en France sera un émule et un relais efficace. L'argent transforme le sport qui prendra quelques décennies plus tard une dimension internationale. L'argent, Kramer savait également comment le gérer au-delà des primes de matches. Il donne son nom à une raquette, ornée d'une couronne, qui deviendra la raquette de référence aux Etats-Unis des années 50 aux années 80. En revanche, il estime que le tennis féminin ne mérite pas autant d'attention. Billie Jean King, l'équivalente de Kramer côté dames, a dû se battre contre le sexisme des premières rémunérations sur les tournois mixtes (en 1970, BJK a boycotté un tournoi de Kramer où le gagnant recevait 12000$ et la gagnante 1500$, avant de créer la WTA).Sûr de lui, porté par une mode et des valeurs qui correspondaient à la montée en puissance du capitalisme américain et aux peurs provoquées par la Grande Dépression des années 30. Jack Kramer a bousculé le monde du tennis en préservant sa morale : "Tout bien considéré, j'ai toujours été un conservateur, mais en tennis, j'ai toujours été parmi les révolutionnaires." C'est lui qui a mis en place le système de points des "Grand Prix" (en 1970) qui sont à l'origine des classements actuels, c'est lui qui a fait revenir le tennis dans le giron des Jeux Olympiques. Sur un court, il a toujours donné le change, dans le style et l'attitude. Le premier vainqueur d'un tournoi du Grand Chelem en short, c'est lui !"A l'époque des "shamateurs" (contraction d'amateur et honte, "shame" en anglais), nous étions juste des gigolos athlétiques et le système était immoral. Le tennis d'aujourd'hui n'est pas pur mais au moins, les joueurs ont leur mot à dire", lançait-il avec conviction.JandcoA lire aussi : Steve Flink dans The Independant. Michael Gray sur The Guardian et Richard Evans pour The Observer. Vous y apprendrez quelques anecdotes, dont la fameuse affaire du boycott de Wimbledon en 1973. On y avait fait l'expérience l'influence de Kramer, souvent opposé à l'ITF et aux tenants des tournois du Grand Chelem,
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