Qui se souvient de la Coupe Davis ? Vous savez, cette compétition par équipes, opposant des pays jouant alternativement à domicile ou à l’extérieur, dans des ambiances de folie, avec des tours tout au long de la saison, disparue il y a près de trois ans, après 118 ans d’existence.
Disparue ou plutôt transformée par la disgrace du footballeur (!) Gerard Piqué et de sa société Kosmos en un machin indigeste se déroulant dans un lieu unique (en tout cas lors de la première édition en 2019), avec des poules et un format raccourci, ratiboisé même, au grand désarroi de beaucoup de fans de tennis, dépités par ce crachat sur l'une des épreuves les plus emblématiques de leur sport favori.
Le principal argument en faveur du changement venait du fait que les meilleurs joueurs se désintéressaient du Saladier offert en récompense de la victoire finale par le créateur Dwight Davis. Federer, Nadal, Djokovic et Murray l'ayant tous soulevé au moins une fois, cela ne faisait plus partie de leurs plans dans l'organisation de saisons déjà très chargées.
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Casper Ruud et Petros... Tsitsipas

De son côté, Federer avait créé la Laver Cup, richement dotée et reprenant un peu le principe : deux équipes, l'Europe contre le Monde, sur un week-end, avec un capitaine sur la chaise de chacun des deux protagonistes. Une compétition non officielle néanmoins, au statut d'exhibition, mais plus lucrative donc plus attirante pour les joueurs, dès lors moins regardants sur l'encombrement du calendrier.
La situation sanitaire liée au Covid-19 a mis en sommeil la nouvelle formule de Coupe Davis en 2020 mais elle se déroulera à nouveau sur une dizaine de jours en fin de saison dans trois villes distinctes. En attendant, la "vraie" Davis n'a pas complètement disparu. Les qualifications pour la phase finale ayant déjà eu lieu en 2020, ce sont les "petits", les "sans-grade" qui se sont affrontés le week-end dernier aux quatre coins de notre ronde planète.
L'occasion de constater, dans un anonymat presque général, que ce qui a toujours fait le sel de cette compétition, c'est avant tout le fait pour les joueurs de se transcender pour une équipe, pour un collectif, pour un pays et pour un public, quel que soit leur classement ou leur renom. Evidemment, voir la motivation d'un Federer à Lille, d'un Djokovic à Belgrade ou d'un Nadal à Séville, avait une saveur toute particulière. Mais la force de la Coupe Davis est justement de pouvoir offrir ce type d'émotions à tous les niveaux, dans tous les pays. L'épreuve est plus grande que les joueurs la disputant.

Roger Federer à Lille en finale de la Coupe Davis.

Crédit: Imago

Certes, seuls neuf joueurs du top 100 (sur 22 possibles, Federer et Wawrinka étant blessés) ont revêtu la tunique de leur nation pour aller se bagarrer dans les joutes des groupes mondiaux I et II, l'équivalent des deuxième et troisième divisions mondiales, la semaine dernière. Sélectionné par la Grèce, Stefanos Tsitsipas a laissé sa place sur le terrain à son frère Petros et Casper Ruud est le seul top 10 à avoir joué pour aider la Norvège à s'imposer face à l’Ouzbékistan.

L'incroyable défaite de Schwartzman

Mais la magie opère toujours, malgré le regrettable abandon du format 5 sets (qui permettait à certains joueurs, pas suffisamment bien classés à l'ATP pour jouer en Grand Chelem, de découvrir ce type de rencontre). Diego Schwartzman, 15e joueur mondial, l'a constaté à ses dépens ce samedi en s'inclinant à domicile, sur la terre battue du Lawn Tennis Club de Buenos Aires, face à l'inconnu Biélorusse Daniil Ostapenkov, 18 ans et non classé. Une gigantesque surprise made in Coupe Davis, peut-être même l'une des plus improbables de l’Histoire. Malgré la victoire finale (4-1) de l'Albiceleste, "El Peque" n'a pas été récompensé de son investissement, recevant des tombereaux d'insultes sur les réseaux sociaux à la suite de cette inattendue déroute. Un triste constat prouvant néanmoins l'intérêt toujours suscité en Argentine par la Coupe Davis.

Diego Schwartzman

Crédit: Getty Images

Autre sensation improbable à Bratislava où le Slovaque Norbert Gombos (114e mondial) a remporté le point du succès face au Chili en ne laissant qu’un jeu à Christian Garin, pourtant 17e à l’ATP. Ce dernier mettra cette humiliation sur le compte des émotions : "Émotionnellement, ça a été un de mes pires matchs. Mon adversaire a joué de manière incroyable. Je n'aurais jamais imaginé pouvoir jouer comme ça un jour."
Le vaillant Sud-Africain Lloyd Harris (31e mondial), récent quart de finaliste de l'US Open, n'a pas eu à quitter New York pour atomiser 6-0, 6-0 en 37 minutes son jeune adversaire vénézuélien Brandon Perez dans une rencontre délocalisée, Covid oblige. Un double bagel de circonstance.
D'un peu partout ont fleuri les images de joie ou de déception, comme au bon vieux temps de la mythique épreuve. Ruben Bemelmans au sol après avoir offert le point de la victoire à une renversante Belgique en terre bolivienne, idem pour le Roumain Marius Copil laissant désemparé son adversaire portugais Joao Sousa.

Sur les chaises de capitaine, Gaudio, Massu, Medvedev...

Sur les chaises de capitaines, un vainqueur de Grand Chelem, Gaston Gaudio (Argentine), un champion olympique, Nicolas Massu (Chili), un ancien finaliste de Roland Garros, Andrei Medvedev (Ukraine), le coach d'un double décuple vainqueur de Grand Chelem, Séverin Luthi (Suisse) et quelques autres noms délicieusement vintage pour les nostalgiques : Paul Haarhuis (Pays-Bas), Jarkko Nieminen (Finlande), Jaime Oncins (Brésil) ou encore Christo Van Rensburg (Afrique du Sud). Tous ont gardé cette fibre "davisienne" et se plaisent à vivre ces aventures collectives dans un sport tellement individuel tout le reste de l'année.
La Coupe Davis, à tous les niveaux, c’est aussi l'occasion de découvertes. Pour un commentateur, comment ne pas rêver avoir à commenter le double thaïlandais Kovapitukted-Trongcharoenchaikul ? Plus sérieusement, depuis mon plus jeune âge, j'ai toujours aimé découvrir les patronymes moins connus de représentants de pays moins présents sur la scène tennistique au quotidien. Me reviennent à l’esprit des noms jamais oubliés : le Luxembourgeois Johnny Goudenbour, l'Ivoirien Clément N’Goran ou le Kenyan Paul Wekesa parmi tant d’autres...
Du gazon pakistanais à la terre battue uruguayenne en passant par le Rebound Ace indoor finlandais, la Coupe Davis a offert à nouveau le temps d’un week-end son cocktail d'émotions et de sensations un peu oubliées.
Nul ne sait si l'ancienne formule renaîtra un jour de ses cendres mais en attendant, ça fait toujours du bien ! La Coupe Davis est morte, vive la Coupe Davis !
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