Dans le tennis masculin, certaines choses semblent immuables. Comme la permanence de Novak Djokovic au sommet du tennis mondial, ou tout proche de ce sommet. En dehors de la saison 2017, celles de ses bleus à l'âme et au coude, depuis 2007, l'année de ses 20 ans, le Serbe a toujours achevé la saison parmi les trois premiers du classement mondial. Mieux, de 2011 à 2021, si l'on met toujours de côté l'exception 2017, le Djoker a achevé toutes ses campagnes à la première ou à la deuxième place. Depuis ce week-end, il est assuré de passer Noël au chaud tout en haut de la hiérarchie pour la septième fois. Un record. Encore un.
Djokovic apparaît donc comme la pierre angulaire de son époque. L'astre central, autour duquel gravitent tous les autres, à tour de rôle. Du Big 3, il ne reste presque plus que lui. Roger Federer n'a joué qu'une poignée de matches depuis deux ans, et à 40 ans, l'avenir de la légende suisse s'écrit plus que jamais en pointillés. Rafael Nadal, lui, a mis un terme à sa saison 2021 dès le début de l'été. Il devrait être de retour en début d'année prochaine mais lui aussi soulève de nombreux doutes quant à sa capacité à tenir physiquement la distance. Sans doute, espérons-le, livrera-t-il encore quelques batailles épiques avec son rival de Belgrade, mais le Big 3 n'est plus ce qu'il était et il faut se préparer doucement à en faire notre deuil.
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Medvedev maintient ses papilles en éveil

A 34 ans, Novak Djokovic continue donc quant à lui à péter le feu. Il ne montre ni signe de lassitude ni amorce de déclin. Mais lui aussi est entré dans la dernière ligne droite de sa carrière et le compétiteur qu'il est se nourrit aussi de ces rivalités qui invitent au dépassement. Jamais il ne retrouvera un frisson égal à celui de ses relations avec Federer et peut-être plus encore Nadal, mais si l'émergence de la désormais ex-NextGen constitue une menace pour lui, elle est aussi une excellente nouvelle pour le numéro un mondial.
C'est tout particulièrement vrai de Daniil Medvedev. Le Russe s'est imposé comme l'incontestable fer de lance de la génération née après 1995. A lui seul, il a disputé autant de finales de Grand Chelem que tous ses petits camarades réunis. Et lui seul a réussi à aller au bout, qui plus est en battant sa seigneurie Djokovic elle-même. C'est une très bonne chose pour lui, pour le tennis mais aussi pour Djokovic, même si ce dernier y a perdu une page de légende avec son Grand Chelem avorté lors du dernier US Open.
Si "Nole" n'est pas du genre à être rassasié, la spectaculaire avancée de Medvedev maintient ses papilles en éveil. Qu'on vienne bouffer dans sa gamelle aiguise ses crocs. Si la finale de Bercy, dimanche, nous apprend quelque chose, c'est bien que le vétéran de Belgrade est toujours prêt à montrer les dents. Cela aurait été le cas contre n'importe qui, et il peut livrer bataille n'importe où, n'importe quand, avec n'importe qui. Mais à l'évidence, il prend un plaisir un peu plus prononcé à ferrailler avec le francophile moscovite, dont il apprécie à la fois le jeu et la personnalité.

"En usant du service-volée, Djokovic a eu le plan B parfait face à Medvedev"

C'est un gars intelligent et un mec bien
Novak Djokovic ne tarit pas d'éloges sur l'élève de Gilles Cervara, dont il admire la montée en puissance en même temps qu'il la contemple. "Il n'y a pas de faille dans son jeu, a-t-il jugé dimanche. Il a un gros service, il bouge très bien pour sa taille. Son coup droit et son revers sont très solides. Coup droit en mouvement, ou à mi-court, il a beaucoup progressé là-dessus. Il vous fait jouer, encore et toujours. Sa défense et sa couverture de terrain sont fantastiques. Il est devenu aussi beaucoup plus agressif, n'hésite plus à venir finir au filet. C'est un joueur complet, toujours en train d'essayer de maximiser son potentiel."
A l'évocation du joueur Medvedev, Djoko donnerait presque par moments le sentiment d'esquisser un autoportrait. C'est vrai, à bien des égards, il y a du Djokovic chez Medvedev. Pris à son propre jeu lors de la finale de l'US Open, et plutôt violemment, le Serbe a eu l'extrême intelligence de forcer sa nature en se précipitant à la volée chaque fois qu'il a pu le faire, y compris derrière sa mise en jeu. Un "Nole" offensif comme rarement, signe de son extrême intelligence, d'une certaine forme de courage et de sa phénoménale capacité d'adaptation. S'il aime autant voir cette "grande rivalité qui se développe", comme il l'a dit au micro lors de la cérémonie protocolaire, c'est parce que Djokovic en a autant besoin qu'envie.
Besoin, car elle le pousse à se réinventer, encore et toujours. Envie, parce qu'il n'y a rien de pire pour un compétiteur de sa trempe que d'avoir l'impression d'être dépourvu de la moindre personne capable d'entretenir la flamme de cette compétitivité. Que cette pression émane de Medvedev ravit l'actuel patron du circuit : "Daniil se rapproche de la place de numéro un. Je suis sûr qu'il l'atteindra et quand ce sera le cas, ce sera amplement mérité, parce qu'il est le leader de cette génération. Puis c'est un gars intelligent et un mec bien."

Djokovic: "Une grande rivalité se crée avec Daniil"

Sur le dernier point, Djokovic a prolongé sa réflexion dimanche soir sur les réseaux sociaux, expliquant que ce qu'il aime et respecte chez Daniil Medvedev, c'est "son engagement à être fidèle à ce qu'il est en toutes circonstances. Authentique et original. Il ne s'occupe pas de ce que les autres pensent, disent ou attendent." Puis : "Quand je vois des gens qui embrassent leur nature et leur identité et travaillent dur chaque jour pour devenir meilleurs, je sais qu'ils sont prêts à de très grandes choses. J'ai hâte de te retrouver."

Une rivalité cantonnée au "dur" ?

Il y a peu de doutes sur le fait que Novak Djokovic retrouve une part de lui-même dans ce nouveau rival. Ces compliments ne l'empêcheront pas, au contraire, d'avoir envie de le mettre par terre chaque fois qu'il le pourra. Le défi lui plaît parce qu'il est imposant. Pour la première fois, un joueur né des années après lui (ils ont neuf ans d'écart) semble de taille à le regarder en face. Djokovic y prend du plaisir plus qu'il n'en prend ombrage.

Daniil Medvedev et Novak Djokovic

Crédit: Getty Images

Avec leurs deux finales de Grand Chelem (un fait pas si courant dans une même saison, comme nous l'évoquions ce week-end) et, à un degré moindre, celle de Bercy, les deux meilleurs joueurs du monde ont donné une certaine ampleur à leur relation tennistique. Elle n'atteindra pas les hauteurs quantitatives des rivalités que le Serbe a pu connaître avec Federer ou Nadal. Parce qu'ils ne peuvent désormais plus, au moins à court et moyen terme, s'affronter qu'en finale (à l'exception du Masters, où un choc en demie est possible), et parce que Novak Djokovic va se montrer de plus en plus sélectif sur ses ambitions et ses apparitions, les possibilités de voir des "Djokodev" à un rythme régulier semblent limitées.
Mais à la quantité, ils supplanteront peut-être la qualité. D'autres finales de Grand Chelem ou de Masters 1000 feraient l'affaire. Pour que cette rivalité naissante et, pour tout dire, assez excitante, gagne encore en envergure, il faudra aussi que Medvedev diversifie sa palette. Aujourd'hui, il est déjà un monstre sur dur ou en indoor. Mais sur terre battue et sur herbe, il apparaît encore loin du compte, même s'il y a eu du mieux cette année. Sans quoi le rapport entre les deux pourrait se mettre en sommeil du début du printemps au milieu de l'été. Ce serait dommage. Mais cette histoire n'en est qu'à ses premiers chapitres. Le plus intéressant reste peut-être à écrire. Novak Djokovic ne s'en plaindra pas. Nous non plus.

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