L'Arabie saoudite, future plaque tournante du tennis ?

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Le Six Kings Slam fait du bruit. Six stars du circuit mettent cette semaine en lumière l'Arabie saoudite, qui organise avec Djokovic, Nadal, Alcaraz, Sinner, Medvedev et Rune une exhibition proposant un "prize money" hallucinant. Le symbole de la puissance de frappe de Riyad, bien déterminé à jouer un rôle majeur dans la future recomposition du tennis mondial.

Daniil Medvedev lors de la Diriyah Tennis, en Arabaie saoudite.

Crédit: Getty Images

Ces quelques jours entre eux pourraient n'être qu'un épiphénomène, une exhibition de plus dont le manque d'intérêt sportif se doublerait d'une absence de signification et de portée pour le tennis lui-même. Mais nous sommes ici à Riyad, la capitale de l'Arabie Saoudite, le pays qui lorgne le monde du tennis, qu'il soit féminin ou masculin, avec un appétit dévorant et des moyens presque sans limite.
Le "Six Kings Slam", le tournoi des rois du Grand Chelem, où Holger Rune fait un curieux intrus puisqu'il n'a encore jamais gagné de Majeur et il s'en faut de beaucoup, propose un parterre royal avec Novak Djokovic, Rafael Nadal, Carlos Alcaraz, Jannik Sinner, Daniil Medvedev et, donc, Rune. Difficile de faire plus prestigieux et plus clinquant aujourd'hui. Ils amènent leur imposant CV, le royaume allonge les billets. Du jamais vu.
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L'ATP face au danger des exhibitions démesurées : "Si le tennis ne veut pas mourir, il doit réagir"

Video credit: Eurosport

Des codes pulvérisés

La défaite sera assez vite digérée cette semaine, même pour ceux qui disparaitront dès leur entrée en lice, avec un chèque garanti de 1,5 million de dollars. Le vainqueur, lui, grossira son compte en banque de 6 millions, environ 5,5 millions d'euros.
Même si certains, comme Carlos Alcaraz encore récemment, se plaignent de la surcharge d'un calendrier qui ne les laisse plus souffler, le déplacement à Riyad pour quelques jours et quelques sets est un jeu qui, économiquement parlant, en vaut la chandelle. Un Djokovic ou un Nadal n'ont a priori pas besoin d'argent, mais 5,5 millions pour deux matches exhibition (ils rentreront tous les deux directement en demi-finale), voilà un pactole auquel il est sans doute difficile de résister.
À titre de comparaison, le vainqueur de Roland-Garros, Carlos Alcaraz, a empoché cette année 2,4 millions d'euros en soulevant la coupe des Mousquetaires. Pour sept matches au meilleur des cinq sets et quinze jours d'effort. A Riyad, il prendra plus du double en cas de victoire finale. Le "Six Kings Slam" pulvérise les codes en vigueur en termes de rémunération. Ici, le seul nom suffit à s'enrichir, même si ce sont leurs performances passées (Djokovic, Nadal) ou présentes (Sinner, Alcaraz, vainqueurs des quatre Grands Chelems cette année) qui justifient leur présence. Medvedev et Rune (surtout), peuvent en revanche vraiment se dire qu'ils ont gagné au loto.

Le tennis sera saoudien ou ne seRA plus, vraiment ?

Mais est-ce si étonnant ? Beaucoup de joueurs jugent que les quatre tournois du Grand Chelem ne sont pas justes dans leur redistribution. Il y a un an environ, dans les colonnes de L'Equipe, Stan Wawrinka avait résumé un sentiment assez général chez ses collègues au sein de l'élite :
"Le vrai problème du tennis, ce sont les tournois du Grand Chelem. Ils ne redistribuent pas assez au tennis par rapport aux revenus qu'ils génèrent. Et ils ont beaucoup trop de pouvoir, parce qu'ils font de l'argent. C'est là où s'écrit l'histoire du tennis. Ce sont les Fédérations les plus riches qui ne redistribuent pas grand-chose (...) Le revenu des Grands Chelems aujourd'hui est très important et le pourcentage reversé aux joueurs est ridicule. Il n'a pratiquement pas augmenté."
A terme, le seul prestige suffira-t-il ? Les stars auront-elles la tentation de jouer la surpuissance des pétrodollars contre le circuit, les utilisant comme un moyen de négociation, voire de pression ? "J'espère que les joueurs, et on parle beaucoup avec eux, comprendront qu'il ne faut pas les joueurs (les, à savoir les Saoudiens, NDLR) contre le Tour", dit ce mercredi dans L'Equipe Herwig Straka, le patron du tournoi de Vienne.
Avec ce nouveau coup de force, l'Arabie saoudite pose une pierre de plus dans le jardin de ce sport qui l'intéresse au plus haut point. Alors, à moyen terme, le tennis sera-t-il saoudien ou ne sera plus ? Ce serait excessif, mais le royaume entend clairement jouer un rôle important dans le tennis de demain. Et pas seulement à travers des exhibitions aux sommes délirantes. Il le fait déjà puisqu'il organisera cette année le Masters féminin au mois de novembre et ce pour au moins trois ans.

Riyad a du PIF

Mais ce n'est qu'un début. Le classement ATP s'appelle aujourd'hui officiellement le "PIF ATP Rankings". Pif, comme Public Investment Fund, avec lequel l'ATP a signé un "partenariat stratégique sur plusieurs années". Un début, on vous dit. "Il faudra trouver une entente avec les Saoudiens pour le futur", admet aujourd'hui Herwig Straka, ce qui en dit long sur le côté incontournable de ce nouveau partenaire.
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PIF, le sponsor du classement ATP. Un des symboles de l'influence saoudienne.

Crédit: Getty Images

Depuis un an, des discussions existent autour de la possible naissance d'un nouveau circuit parallèle, le "Premium Tour", plus élitiste que jamais, où la place des Grands Chelems, des Masters 1000 et… de quelques exhibitions ultra-lucratives serait centrale. Le circuit classique, lui, pourrait se reposer sur l'Arabie saoudite et ses moyens sans fin pour contrer ce projet. Celle-ci a proposé de mettre deux milliards sur la table au printemps dernier pour fusionner les circuits WTA et ATP.
D'une manière ou d'une autre, Riyad aura un rôle majeur à jouer. Aujourd'hui, aucun tournoi masculin du calendrier ne se déroule sur le territoire saoudien. Mais la création d'un 10e Masters 1000, en Arabie saoudite, à partir de 2027, paraît acquise. Il devrait même marquer le coup d'envoi de la saison, au tout début du mois de janvier, ce qui ne réjouit pas franchement Craig Tiley, le patron de l'Open d'Australie, très en pointe sur l'idée du circuit fermé du Premium Tour. Ce n'est pas un hasard.
Nous ne sommes encore qu'au début d'une redistribution des cartes dont il est difficile aujourd'hui de connaître toutes les implications et encore moins d'en mesurer toutes les conséquences. Mais il semble assez clair que l'Arabie saoudite, d'une manière ou d'une autre, y jouera un rôle non négligeable. Le "Six Kings Slam" n'est qu'un petit signe de ce vent qui souffle du désert.
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