Le revers "hybride" de Diane Parry : expérience marginale ou intuition futuriste ?

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Demi-finaliste il y a dix jours à Ostrava, Diane Parry intrigue depuis le début de l'année pour une décision technique rare à ce niveau : conserver son revers à une main à l'échange et… le jouer à deux mains en retour. Expérience marginale ou intuition futuriste ? Nous en avons discuté avec Julie Coin, qui l'entraîne désormais aux côtés du Suédois Thomas Högstedt.

Diane Parry frappe un revers à deux mains à Wimbledon en 2025.

Crédit: Getty Images

Actuellement hors du top 100, loin de la 48e place mondiale qui fut (pour l'heure) son meilleur classement en 2024, Diane Parry avance malgré tout. Avec patience, et une certaine vision de là où elle voudrait aller. Freinée l'an dernier par une blessure au genou, elle est encore en train de construire les fondations de son jeu, brique après brique, dans l'idée de revenir plus haut, et surtout plus durablement, parmi les meilleures. A 23 ans, le chantier est encore en cours.
On ne pourra pas lui reprocher de ne pas tout tenter. Après avoir embauché l'été dernier le très réputé coach suédois Thomas Högstedt – ancien entraîneur, notamment, de Maria Sharapova, Madison Keys et Caroline Wozniacki -, Parry s'est également adjoint les services, en fin de saison, de Julie Coin, qui l'avait déjà accompagnée de 14 à 16 ans. Ensemble, l'équipe a validé un choix audacieux : adapter son (fameux) revers à une main pour le jouer à deux mains en retour de service.
"C'est vraiment une idée qui est venue d'elle il y a déjà un moment, raconte Julie Coin, qui était à ses côtés la semaine dernière au tournoi 250 d'Ostrava, où la Française a atteint le dernier carré, son meilleur résultat sur le circuit principal depuis un an et demie. Elle a attendu l'aval de Thomas qui, au départ, était un peu réticent. Puis il a vu qu'elle se débrouillait bien. Alors, on y est allé. Pendant l'intersaison, elle a "mangé" du revers à deux mains tous les jours. C'est vraiment ce qu'on a le plus travaillé."
Et le "switch" s'est fait presque naturellement pour la Boulonnaise, qui jouait à deux mains jusqu'à ses 12 ans. Dès le premier point de son premier match en 2026, lors des qualifications de l'Open d'Australie, boom ! Retour de revers à deux mains, et break d'entrée. L'histoire est plus nuancée : elle a perdu sèchement ce match et mis du temps à trouver ses repères. Mais à Ostrava, les choses ont pris forme. Retours à deux mains systématiques, sur premières comme sur deuxièmes balles. À l'œil nu, difficile d'y voir un coup encore en apprentissage.
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Parry : "J'ai eu beaucoup de mal à bien retourner"

Video credit: Eurosport

La réflexion derrière ce changement s'inscrit dans une réalité plus large. On sait tous que le revers à une main, au-delà de son élégance et de sa puissance émotionnelle, est en voie de raréfaction sinon de disparition au plus haut niveau. Dans le top 100 féminin, seules deux joueuses, et pas des plus jeunes, l'utilisent encore (Tatjana Maria et Viktorija Golubic). Les raisons sont connues. "Le gros inconvénient du revers à une main, c'est de ne pas pouvoir prendre la balle aussi tôt et ne de pas pouvoir retourner aussi bien qu'à deux mains", résume notre consultant Georges Goven, témoin direct – voire victime – de l'irruption du revers à deux mains dans les années 70.
En retour, à une main, elle se sent un peu bloquée. Elle donne trop de points ou alors, c'est trop neutre.
Souvent comparée à Amélie Mauresmo pour la pureté de son geste, la native de Nice s'est elle aussi heurtée à cette limite. "En retour, à une main, elle se sent un peu bloquée. Elle donne trop de points ou alors, c'est trop neutre, explique Julie Coin. En fait, elle part souvent en slice. Comme elle a une prise assez fermée, ça lui prend du temps pour s'ajuster par rapport à sa prise coup droit. Or, le jeu va de plus en plus vite. Quand on voit les "cartouches" que Sabalenka ou Rybakina envoient au service... A deux mains, elle sent vraiment que c'est plus facile."
Sur le papier, la solution de l'alternance paraît presque évidente. Mais si c'était si simple, elle serait déjà généralisée. Or, elle demeure inédite à ce niveau. Chez les hommes, le gaucher américain Alex Rybakov (294e mondial) utilise un procédé similaire. Dans le top 100, personne n'a encore franchi le pas. Sans doute pour les mêmes raisons que celles citées plus haut : plus le niveau monte, plus le jeu va vite ; et plus le jeu va vite, plus il faut avoir des certitudes techniques ancrées.
"Sur ses premiers matches, on a quand même senti un manque de repères, concède Julie Coin, dont le fait d'armes fut une victoire sur Ana Ivanovic, alors numéro 1 mondiale, à l'US Open en 2008. Moi, j'avais un peu peur qu'elle s'embrouille, qu'elle perde sa qualité en slice. Cela change pas mal aussi au niveau des appuis, qui sont plus ouverts à deux mains. Bref, il y a pas mal de paramètres à maîtriser et le danger est de se faire des nœuds au cerveau. Mais match après match, elle commence à trouver le bon équilibre."
Prochaine étape, passer entièrement au revers à deux mains ? Ce n'est, a priori, pas le plan, même si la question s'est posée. La Française, qui enchaînera avec Mérida puis Indian Wells, ne sait pas encore réellement où la mènera cette expérience pour le moins novatrice. Sur terre battue, surface qui laisse plus de temps, la question se reposera sans doute. Mais à une époque où l'on annonce la mort du revers à une main, Parry a peut-être entrouvert la porte à un compromis intéressant.
Elle en a discuté à l'ancien entraîneur de Roger Federer (Séverin Lüthi, NDLR), qui a trouvé l'idée intéressante (...) On verra si cela en inspire d'autres.
"Elle en a discuté avec l'ancien entraîneur de Roger Federer (Séverin Lüthi, NDLR), qui a trouvé l'idée intéressante, conclut l'ancienne 60e joueuse mondiale. Golubic est également venue lui en parler et mon mari, qui entraîne Alice Ramé – elle aussi dotée d'un revers à une main -, réfléchit à faire la même chose. On verra si cela en inspire d'autres. De notre côté, on pourra faire un vrai bilan en fin d'année."
Choix futuriste ou simple aventure sans lendemain ? Impossible à dire encore.  Mais dans un sport où les grandes évolutions naissent souvent d'ajustements pragmatiques, l'expérimentation mérite d'être suivie. Et si, à défaut de sauver le revers à une main, Diane Parry venait d'en inventer la version 2.0 ?
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