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Lucas Pouille, l'homme qui tombe à pic

Pouille, l'homme qui tombe à pic

Le 26/09/2016 à 15:48Mis à jour Le 26/09/2016 à 19:02

Alors que Tsonga, Gasquet, Monfils et Simon ont tous dépassé la trentaine, la question du leadership du tennis français dans les prochaines années commençait à sérieusement inquiéter. L'éclosion de Lucas Pouille, qui n'en finit plus d'avancer depuis six mois, est à cet égard pour le moins rassurante.

Ce n'est encore qu'une petite bise agréable sur la nuque. Pas encore le souffle chaud d'un Sirocco déchainé prêt à ensabler l'élite actuelle du tennis mondiale. Mais quand même. Dimanche, Alexander Zverev, 19 ans et demi, a décroché son premier titre sur le circuit en battant Stan Wawrinka, vainqueur sortant de l'US Open. C'était à Saint-Pétersbourg.

A quelques milliers de kilomètres de là, à Metz, Lucas Pouille, 22 ans, inaugurait lui aussi son palmarès. Sa victime en finale, Dominic Thiem, 23 ans et déjà membre du Top 10, est un autre éminent exemple de cette nouvelle génération. Il fait du bien ce nouveau souffle, alors que la moyenne d'âge du Top 10 commençait à dépasser tranquillement la trentaine, phénomène jamais vu depuis la création du classement. Il ne s'agit pas de faire du jeunisme. Il s'agissait de s'inquiéter de l'absence d'une relève, désormais prête à en découdre.

La peur du vide

Aux héros du week-end, on pourra ajouter Nick Kyrgios, 21 ans. L'Australien, comme Pouille et Zverev, touche son meilleur classement cette semaine (15e). Tout ceci n'est pas mauvais pour le tennis. Et c'est particulièrement vrai du tennis français.

Depuis plus d'une décennie, celui-ci vit au rythme des exploits, frustrations et autres péripéties d'un quatuor abusivement qualifié de "Mousquetaires". Référence trop glorieuse, tennistiquement, pour être justifiée. Il n'empêche. Jo-Wilfried Tsonga, Gaël Monfils, Richard Gasquet et Gilles Simon ont donné au tennis masculin français une place dans le concert international que beaucoup de nations auraient aimé avoir au cours de cette période.

Y compris des nations majeures du tennis, comme les Etats-Unis, l'Allemagne ou la Suède. Coupe Davis ou Grand Chelem, il manque une consécration majuscule à cette génération, c'est entendu. Mais à mesure qu'elle a avancé dans le temps, c'est la peur du vide qui a commencé à nous guetter. Après eux, on ne voyait rien venir. Le risque de voir le tennis français frappé du syndrome suédois n'était pas négligeable.

Vidéo - Une finale tout en maîtrise et Pouille s'offre son premier sacre

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Il faudra le voir gérer des séquences plus complexes

Voilà pourquoi l'éclosion de Lucas Pouille tombe à pic, juste quand les quatre leaders français sont tous entrés dans leur quatrième décennie, celle qui, en tennis, coïncide avec la retraite. Le Nordiste a vraiment choisi le meilleur moment pour débouler. Depuis ce lundi, il est le numéro 3 français au classement ATP, derrière Gaël Monfils et Jo-Wilfried Tsonga, mais désormais devant Richard Gasquet. Il est même probable qu'il finisse l'année en dauphin de Monfils, aux portes du Top 10.

Il y a six mois, pareille hypothèse aurait semblé irréaliste. Avec ses quarts de finale à Wimbledon et Flushing, son titre à Metz, ses premiers pas en Coupe Davis et ses victoires sur Nadal, Del Potro ou Thiem, Pouille incarne déjà le présent. Mais plus important encore, il donne un socle pour l'avenir et, sinon une garantie, en tout cas un sérieux espoir de voir le tennis tricolore préserver une place notable dans le concert international quand Tsonga, Gasquet et Cie auront rangé leurs raquettes.

Attention, il ne faut pas s'y tromper, il y aura des soubresauts. Cette saison, Lucas Pouille est sur son petit nuage. Tout roule, tout coule. Il ne doute de rien. Il faudra le voir gérer des séquences plus complexes à plus long terme, car elles viendront forcément. Mais sur ce qu'il a montré d'avril à septembre, il n'y a vraiment aucune raison de de penser qu'il ne puisse pas être le leader français dans les années à venir.

L'ambition sans le melon

Jusqu'où peut-il grimper ? La question se posera et elle est légitime. Depuis Yannick Noah, dernier vainqueur français en Grand Chelem chez les hommes, il y a maintenant 33 ans, le tennis tricolore a produit une foule de très bons joueurs. Voire de très, très bons joueurs. Et même de très grands joueurs. Leconte, Forget, Pioline, Tsonga, Grosjean, Monfils, Gasquet... Tous classés, au faite de leur carrière, entre la 4e et la 7e place mondiale. Mais du grand joueur à l'immense champion, la France ne sait plus franchir le pas.

Il est évidemment beaucoup trop tôt pour savoir si Lucas Pouille peut être celui-ci. Il ne faudra ni attendre de lui qu'il gagner Roland-Garros et devienne numéro un mondial dans l'année qui vient, ni le condamner définitivement si, à 25 ans, il bute encore sur les plus hautes sphères du pouvoir. L'exemple de Stan Wawrinka est là pour prouver qu'un champion met parfois du temps à s'assumer. La carrière de Lucas Pouille sera ce qu'il en fera. Mais en six mois, il a offert trois certitudes : il possède les armes dans son jeu pour aller très haut. Il fournit les efforts au quotidien pour tirer le meilleur parti de ses armes. Et il a de l'ambition sans avoir le melon.

Le plus intéressant, c'est probablement sa manière d'appréhender les choses. Tout lui semble "normal". Après la balle de match, dimanche, contre Dominic Thiem, il a eu la joie sereine, comme s'il avait déjà 10 ou 15 tournois à son palmarès. Et ça, c'est très bon signe. C'est l'attitude de quelqu'un qui ne se fixe pas de limites, sait où il veut aller et plus important encore, comment.

Lucas Pouille

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