Après Indian Wells, Miami, Monte-Carlo et Madrid, revivez tout au long de la semaine les moments forts de l’histoire du tournoi de Rome, qui aurait dû se tenir du 11 au 17 mai.
Pete Sampras n’aura probablement jamais autant survolé le circuit que durant les cinq premiers mois de la saison 1994. Avec son physique de gendre idéal et son goût pour le spectacle en apesanteur (avec ses fameux "slam dunks", smashes en extension), l’Américain avait des airs de Superman du tennis au plus fort de sa domination. A tel point qu’en ce 15 mai, pour filer cette métaphore (certes hasardeuse), il était même parvenu à dompter sa cryptonite jusqu’alors, la terre battue, pour ce qui resterait son seul sacre sur ocre en ATP Super 9 (équivalent du Masters 1000) à Rome.
A 22 ans, celui que l’on surnomme "Pistol Pete", en référence à la puissance dévastatrice de son service et de son coup droit, est au sommet de son art. Numéro 1 mondial presque sans discontinuer depuis plus d’un an (à l’exception de trois petites semaines en août 1993), le Californien réalise un quasi-sans-faute depuis le coup d’envoi de la saison. Avant de débarquer en Italie, il a ainsi décroché pas moins de six trophées en quatre petits mois (Sydney, Open d’Australie, le doublé Indian Wells-Miami, Osaka et Tokyo). Vainqueur de 33 de ses 35 premiers matches de l’année, il n'a perdu au 1er tour qu’à Doha et Philadelphie et reste sur 21 succès.
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Dire que Sampras transpire la confiance relève de l’euphémisme. Mais de là à transformer l’essai sur terre battue, alors qu’il doit en plus encaisser le changement de surface, il y a un sérieux doute. Au regard de ses 28 titres (déjà) depuis ses débuts professionnels, ses performances sur brique pilée laissent franchement à désirer. Seul le modeste tournoi autrichien de Kitzbühel, remporté deux ans plus tôt, figure à son palmarès, une misère pour un champion de son envergure sur les autres surfaces.

Pete Sampras en 1994 sur terre battue

Crédit: Getty Images

Seul le jeune Corretja titille quelque peu l'ogre américain

Et pourtant, le Californien se sent si bien, maîtrise tellement son tennis, que cette fois, il parvient à le rendre efficace sur terre battue. Durant cette semaine de rêve pour lui à Rome, il ne laisse même en route qu’un set, en début de tournoi contre le jeune Alex Corretja (20 ans à l’époque) au 2e tour (6-3, 3-6, 6-3), spécialiste de la terre battue certes mais pas encore titré sur le circuit. L’Espagnol inaugurera d’ailleurs son palmarès sur l’ocre de Buenos Aires quelques mois plus tard en fin de saison.
Si Sampras ne fait face à aucun top 10 durant son parcours romain quasi-parfait, il s’offre quand même quelques noms en route comme le Russe Andrei Chesnokov (7-6, 6-3), sur la pente descendante à 28 ans mais toujours dangereux sur cette surface. En quart de finale, il fait ensuite plier un certain Andrea Gaudenzi (6-3, 7-5), devenu désormais… président de l’ATP. Ironie du destin, l’Italien, pur terrien qui atteindra la 18e place mondiale, sera aussi le dernier bourreau de Sampras au 1er tour de Roland-Garros huit ans plus tard.
Après avoir disposé aisément du Tchèque Slava Dosedel (6-1, 6-2) dans le dernier carré, l’Américain réserve un final en apothéose au public du Foro Italico. Pour s’adjuger le trophée, il lui faut alors dompter Boris Becker, 13e mondial, un autre grand spécialiste du… gazon et plus largement des surfaces rapides. Bien que presque incongrue sur brique pilée, l’affiche fait saliver d’autant que Sampras ne mène que d’une courte tête 4 victoires à 3 dans leurs duels, même si la tendance est clairement en sa faveur puisqu’il reste sur trois succès d’affilée.

Boris Becker en 1994

Crédit: Getty Images

Pete joue comme un joueur du XXIe siècle. Il fait des choses que je n'ai jamais vues avant sur un court
Mais pas question pour Becker de nourrir le moindre complexe. L’Allemand a lui aussi tracé sa route vers la finale : avec un set seulement abandonné au 1er tour et un match de moins (il a bénéficié de l’abandon de son compatriote Michael Stich en quart), il arrive frais, prêt au combat. Et, croyez-le ou non, avant de défier un Sampras quasi-invincible, il déclare ne pas voir "Superman" en l’Américain. Erreur fatale. Ce dimanche de finale, "Pistol Pete" joue probablement le meilleur match de sa carrière sur ocre et ne laisse que cinq minuscules jeux à son rival (6-1, 6-2, 6-2), éparpillé en moins de deux heures (1h52 précisément).
"Il joue comme un joueur du XXIe siècle", constate un Becker aussi résigné qu’admiratif après avoir reçu la fessée. "Il fait des choses que je n’ai jamais vues avant sur un court de tennis. Je ne peux le comparer qu’aux plus grands joueurs de l’histoire. Il m’a simplement laminé", reprend l’Allemand. Venant d’un tel champion, triple vainqueur à Wimbledon – ce que n’était pas encore Sampras alors –, le compliment n’a rien d’anodin. Il faut avouer qu’il y a de quoi être impressionné. Dès son premier jeu de retour, Pistol Pete avait fait admirer tout son arsenal : passing de revers long de ligne sublime (après une glissade maîtrisée, ce qui n’était pas son fort), retour gagnant de coup droit long de ligne et la même chose de l’autre côté en revers chopé pour breaker.
Et tout au long du match, Sampras est resté sur son nuage. "J’ai fait très peu d’erreurs et j’ai tout contrôlé depuis le début. Boris n’a jamais pu mettre en place son plan de jeu, ou juste parvenir à trouver un quelconque rythme", analyse-t-il, lucide. "Je me déplaçais beaucoup mieux que pendant le reste du tournoi. Je me suis aussi senti beaucoup mieux au filet, en équilibre. C’est le résultat d’une semaine passée sur terre." Toujours aussi performant dans son jeu d’attaque, il a aussi largement pris le dessus du fond, parvenant à asséner une série de gifles mémorables grâce une de ses armes favorites, le coup droit croisé en bout de course.

Le jour où Sampras est devenu empereur de Rome en éparpillant Becker

Sampras rêve de Roland, il en fera bientôt des cauchemars

Tout simplement dépassé, Becker n’a pu que constater les dégâts, à l’image de la balle de match où Sampras s’accorde un ultime petit plaisir en décollant légèrement pour smasher derrière sa première balle. S’il n’a pas le moindre regret à avoir, l’Allemand perd une finale sur terre battue pour la quatrième fois en quatre essais. Maudit, il ne parviendra jamais à décrocher le moindre trophée. Sampras, lui, est radieux. Au septième ciel même, comme le nombre de titres qu’il a déjà glanés en 1994.
Alors qu’il ne compte même pas 23 printemps, il a déjà trois des quatre tournois du Grand Chelem dans son escarcelle depuis son succès à Melbourne en janvier. Couronné à Rome et irrésistible, son prochain défi est tout trouvé : compléter déjà sa collection en Majeurs sur la terre battue de la Porte d’Auteuil. "Je dois me considérer comme l’un des favoris. Il y en a beaucoup d’autres comme Sergi Bruguera et Andrei Medvedev. Mais que ce soit cette année, la suivante ou dans cinq ans, je veux gagner Roland-Garros. Il y a beaucoup de grands joueurs qui n’y sont pas parvenus. Cela signifierait beaucoup pour moi", affirme alors Sampras.
Finalement battu par son compatriote Jim Courrier en quart de finale à Paris, le Californien aura tout de même partiellement vu juste puisque c’est bien Bruguera qui décrochera la timbale pour la deuxième année consécutive. Et si Sampras ajoutera dix titres du Grand Chelem (14 en tout) à sa collection, ses rêves de Roland se transformeront bientôt en chimère. Jamais il n'ira au bout de sa quête terrienne, atteignant au mieux le dernier carré en 1996 après avoir pris sa revanche sur Courrier. C’est dire l’exception que constitue ce sacre sur l’ocre du Foro Italico. Comme une parenthèse enchantée sur une surface qui lui aura fait tant de misères.
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