Une page vient de se tourner pour Daniil Medvedev. Il y a trois semaines, le Russe était encore numéro un mondial. Après sa sortie plus précoce qu'il ne l'espérait à l'US Open, où il s'est incliné dès les huitièmes de finale contre Nick Kyrgios, il a chuté de son trône et même du podium puisqu'il n'occupe plus que la 4e place au classement ATP. Mais il n'est ni aigri, ni déprimé. "Dans ma vie, je relativise beaucoup, nous dit-il. Cette année, il y a eu des hauts, des bas et beaucoup d'émotions. Mais je fais un travail que j'aime et je suis toujours aussi motivé."
Discuter avec lui, c'est toujours la garantie de ne pas perdre son temps. Il est disponible, affable et intéressant, triptyque pas si commun dans ce milieu. De retour en France, c'est à l'occasion de la présentation de son nouveau modèle de raquette dévoilé par son équipementier Tecnifibre que Medvedev a fait le point avant d'amorcer la dernière ligne droite de sa saison. En ligne de mire, une qualification pour le Masters, en bonne voie, mais pas encore garantie (il occupe la 5e place à la Race à ce jour mais demeure en-dessous du cut).

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Mentalement, il semble dans de bonnes dispositions, avec une certaine faim à l'aube de ce nouveau départ, même s'il ne considère pas avoir perdu son titre à l'US Open, pas plus que la place de numéro un. Sa perspective est autre :
"C'est comme tout en tennis, quand tu accomplis quelque chose. C'est quelque chose qu'on ne pourra jamais me prendre donc c'est bien, c'est agréable. J'ai la coupe de l'US Open à la maison et sauf si on me vole, elle restera là, donc ça, c'est agréable. C'est pareil pour le N°1. Je l'ai fait, personne ne pourra me l'enlever. En fait, pour être honnête, je n'ai pas ressenti grand-chose quand j'ai perdu la place de N°1. Le classement, c'est la conséquence de tes résultats. C'est juste logique. Donc je n'ai pas de sentiments par rapport à ça. Je peux juste me dire que je dois faire mieux si je veux retrouver cette place à l'avenir."

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L'opportunité messine

Peut-être parce qu'il n'a jamais pu enchaîner depuis le début du printemps en raison d'une blessure au coude qui a nécessité un passage sur le billard, l'impossibilité de jouer Wimbledon qui avait banni les Russes et les Biélorusses et de résultats en dents de scie, le protégé de Gilles Cervara a besoin et envie de jouer. Dès cette semaine, il lance donc sa campagne indoor à Metz, pour le plus grand bonheur du directeur du Moselle Open, Julien Boutter.
"Après l'US Open, explique Medvedev, on s'est assis avec Gilles pour parler du programme et on s'est dit : 'Qu'est-ce qu'on fait ? Moi, je pensais que Metz enchaînait directement avec l'US Open. J'avais oublié qu'il y avait la Coupe Davis. Là, ça n'aurait pas été possible. Après la longue tournée américaine, tu as besoin de souffler. Donc enchaîner à Metz, même physiquement, ça pouvait être un peu dangereux. Mentalement, c'est dur aussi. Mais quand j'ai compris qu'il y avait une semaine de battement, il y avait deux options : faire trois semaines d'entraînement ou aller jouer à Metz. Pour le rythme, c'était pas mal je trouve. Donc j'ai dit : 'On va essayer de jouer ce tournoi'. C'est en France, et j'aime bien jouer en France."
Après Metz, il enchaînera avec deux ATP 500, à commencer par Nour Sultan, où il devrait retrouver un certain Carlos Alcaraz, avant de finir par Paris-Bercy et les ATP Finals. Copieux menu. "Pour moi, c'est une partie très importante de la saison, assure le Moscovite. J'aime beaucoup jouer en indoor. C'est sûr qu'il n'y a pas de Grand Chelem à préparer à ce moment de la saison mais l'Open d'Australie arrivera vite et pour être en confiance là-bas, c'est important de faire une bonne fin de saison. Et même pour le classement, pour avoir la tête de série la plus haute possible dans le tableau à Melbourne."

Daniil Medvedev

Crédit: Getty Images

Là, il y a 3750 points à prendre…
A 26 ans, il est peut-être à un tournant dans sa carrière, à l'heure où un Carlos Alcaraz vient, en quelques mois, de donner un coup de vieux à l'ancienne NextGen dont le Russe aura été un des plus beaux fleurons. Face à la tornade Alcaraz, Medvedev n'est ni résigné, ni "jaloux". Au contraire, il n'a que du bien à dire sur le jeune Espagnol de 19 ans. Lui qui, à cet âge-là, n'était encore personne, mesure le côté exceptionnel des accomplissements de l'élève de Juan Carlos Ferrero.
"Ce que Carlos fait depuis le début de sa carrière, c'est un truc de malade, admet Medvedev. Il le sait lui-même. C'est énorme. Cet été, pendant la tournée américaine, je le sentais un petit peu plus vulnérable. Contre Norrie, contre Paul, il a eu des moments difficiles. Mais à l'US Open… Il joue des matches en 5 sets, il finit à 3h du mat', il gagne le tournoi, il devient N°1 mondial. Le plus jeune de l'histoire du tennis et on a quand même eu quelques grands joueurs dans l'histoire… Bravo à Carlos. Je l'aime bien. Il faut le féliciter."

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Pour autant, il dit "avoir envie de redevenir numéro un mondial." Alors, Daniil a fait ses comptes. "Là, il y a 3750 points à prendre au maximum jusqu'à la fin de l'année et je veux me rapprocher de ça, même si ce n'est pas facile, dit-il comme pour affirmer sa détermination. 3750 points, c'est beaucoup. Et même pour la place de N°1, si tu arrives à gagner 3000 points, ça te place bien pour la suite. Capitaliser, c'est important."

Ne pas laisser passer les trains

Après sa défaite contre Kyrgios à Flushing Meadows, Medvedev avoue avoir coupé avec les choses du tennis. "Quand je suis dans le tournoi, je regarde autant de matches que je peux. J'aime bien ça. En revanche, quand je suis éliminé, honnêtement je coupe, je fais autre chose que du tennis. Je vais suivre le live scoring des matches, si je vois qu'il y a 6-6 au 4e je vais checker pour voir. Le tennis, ça m'intéresse, quand même !"
Aucun des aléas de ces derniers mois n'a en tout cas altéré son envie ou son ambition. "Comme tous les métiers du monde, poursuit-il, il y a toujours des moments, certains jours, où il y a un petit peu moins de motivation. Pour moi, c'est plutôt si quelque chose se passe dans ma vie qui fait que ma tête est un peu ailleurs parce que je suis préoccupé. Mais honnêtement, j'ai rarement ça. J'aime bien jouer au tennis, mais j'ai aussi conscience que ça reste mon travail."
A Metz, où il sera exempté du premier tour et entrera directement en huitièmes de finale, Daniil Medvedev lance une campagne indoor loin d'être anodine pour lui. Depuis sa courte et cruelle défaite en finale de l'Open d'Australie en tout début d'année, il peine à carburer sur tous ses cylindres en même temps.
Il espérait tourner à nouveau à plein régime lors de la tournée estivale en Amérique du Nord, mais ça n'a pas été le cas. Voilà pourquoi il joue peut-être plus gros que beaucoup d'autres dans les semaines à venir. Alors, il le martèle encore, comme pour s'auto-persuader : "L'indoor, j'aime ça." Ça recommence aujourd'hui pour lui, pour chasser un péril qui le guette doucement, celui de voir les trains passer sans lui dans le wagon de tête.

Daniil Medvedev

Crédit: Imago

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