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On refait l'Histoire : Qui est le plus grand joueur à ne jamais avoir gagné de Grand Chelem ?

On refait l'Histoire : Qui est le plus grand joueur à ne jamais avoir gagné de Grand Chelem ?
Par Eurosport

Le 24/05/2019 à 10:12Mis à jour Le 24/05/2019 à 11:39

ON REFAIT L'HISTOIRE - Pour le tout premier numéro de notre nouvelle rubrique, et à l'aube de Roland-Garros, gros plan sur ces joueurs qui ont laissé des souvenirs, parfois à la pelle, mais pas de ligne dans les palmarès des tournois du Grand Chelem. Bertrand Milliard et Laurent Vergne ont opté pour deux joueurs ayant évolué à la même époque. Deux joueurs plein de talent(s)...

A l'occasion de Roland-Garros, Eurosport.fr vous propose une nouvelle rubrique, co-alimentée par Bertrand Milliard, commentateur du tennis sur nos antennes depuis vingt ans, et Laurent Vergne, qui contribue à la rubrique tennis sur notre site. Un principe, simple : une question, deux points de vue.

Ici, plus que d'actualité, il sera question de la grande et de la petite histoire du jeu. Ici, personne n'aura tort ou raison. Tout sera affaire de goûts, de choix, de souvenirs ou de points de vue. Et parce que cette rubrique sera aussi celle des lecteurs, nous comptons évidemment sur vous pour partager les vôtres.

Bertrand Milliard : Miloslav Mecir

Subjectivité, quand tu nous tiens… Oui, forcément, cette nouvelle rubrique sera subjective, et c’est ce qui fera son charme. Car journaliste ou non, nous avons tous des goûts personnels, des souvenirs plus forts que d’autres, des déceptions ineffaçables, des émotions enfouies qui ont fait grandir notre passion.

Lorsque nous avons évoqué ce thème, et même si j’ai pensé très fort à Henri Leconte (et un peu aussi à David Nalbandian pour une période plus récente), c’est évidemment le nom de Miloslav Mecir qui s’est immédiatement imposé à moi. Car le Slovaque, alors encore tchécoslovaque, fut certainement ma première idole tennistique. J’ai scruté assidument tous ses résultats pendant les 8 ans d’une carrière écourtée dès l’âge de 26 ans en raison d’un dos récalcitrant.

Le palmarès de Mecir parle pour lui : deux fois finaliste en Grand Chelem, à l’US Open 1986 et à l’Open d’Australie 1989, celui qu’on surnommait "le Chat" pour son agilité et le côté félin de son déplacement, a également atteint le dernier carré des deux autres Majeurs, Roland-Garros en 1987 et Wimbledon en 1988. Sur le gazon londonien, Mecir élimine sèchement Mats Wilander en quarts. Il sera le seul joueur à le battre en Grand Chelem cette année-là. Et en demie, il mènera 2 sets à 0 puis 3-1 au 5e face à Stefan Edberg, immense spécialiste de l’herbe, avant de s’incliner 6-4 dans l’ultime manche. Dans la foulée, le Suédois remportera face à Becker son 1er titre au All England Club et cette demie, je ne m'en suis toujours pas remis aujourd’hui, car l’exploit était proche et la partition de l’homme de Bratislava si parfaite pendant les deux premières manches… C’est peut-être ma plus grande déception tennistique.

Au cours de cette année 1988, Mecir atteint son meilleur classement, 4e, en simple comme en double. La même année, il s’adjuge le titre olympique, en dominant cette fois Edberg en demie puis Tim Mayotte en finale. Ce ne sera pas le titre le plus marquant de sa courte et brillante carrière. Au total il récoltera 11 titres, dont 3 Grand Prix Super Series, l’équivalent à l’époque des Masters 1000 actuels : Hambourg 85, Key Biscayne 87 et Indian Wells 89. Et celui qui a le plus marqué les esprits, c’est évidemment Key Biscayne.

Car à l’époque, le tournoi floridien se déroule dans le même format qu’un Grand Chelem : tableau de 128, matches au meilleur des 5 sets, le tout sur deux semaines. Son parcours sera éloquent : il bat successivement Motta, Yzaga, Arias, Zivojinovic, Edberg (encore lui), Noah (qui abandonne à 5-7, 1-5) et enfin son habituel bourreau Ivan Lendl au terme d’une finale de rêve remportée en 3 manches (7-5, 6-2, 7-5), où le niveau de tennis sera parfois très élevé, notamment en fin de match. L’un des points du jeu de 5-5 au 3e est réputé être l’un des plus beaux "ever", comme disent les Anglo-Saxons, avec un Mecir dans le rôle du défenseur indébordable.

Pourtant le Chat était loin d’être un défenseur : à l’aise sur toutes les surfaces, il fait d’ailleurs partie des rares joueurs à avoir gagné un titre sur les 4 surfaces différentes la même année, en 1987. Son toucher de balle faisait merveille partout et malgré une certaine nonchalance, il était extrêmement rapide. On a souvent comparé le style d’Andy Murray à celui du Slovaque mais Mecir était beaucoup plus offensif, capable de jouer service-volée et venant volontiers à contre-temps au filet pour finir les points.

Du haut de son mètre quatre vingt-dix, Mecir pouvait sembler un peu dilettante, parce qu'il semblait rendre facile tout ce qu’il réalisait avec sa raquette, grâce à son excellente main. Et cela s’accordait avec un style atypique : on aurait parfois pu le confondre avec un joueur amateur, lorsqu’il se présentait sur un court avec seulement deux raquettes dans son sac ou bien avec des chaussures usées jusqu’à la moelle… Une impression trompeuse selon Eric Deblicker, qui l’a côtoyé sur le circuit lorsqu’il démarrait sa carrière d’entraîneur : "On ne peut pas évoluer à ce niveau sans être travailleur. Mecir avait un très bon physique et un coup d’œil exceptionnel, ce qui lui permettait de prendre la balle tôt et d’avoir un excellent timing."

Un poil plus sévère, Jean-Paul Loth explique que "dans ses mauvais jours, il ne faisait peut-être pas suffisamment d’efforts. Il ne s’arrachait pas souvent quand son jeu très fin ne s’exprimait pas comme il l’entendait." C’est peut-être pour cette raison que ce génie du jeu n’a pas obtenu la récompense suprême, le titre du Grand Chelem. Mais il reste pour moi le meilleur joueur à ne pas l’avoir récoltée.

Miloslav Mecir à Wimbledon en 1985.

Miloslav Mecir à Wimbledon en 1985.Getty Images

Laurent Vergne : Henri Leconte

S'il fallait se confiner aux résultats bruts, mon choix se serait probablement porté vers un autre. David Ferrer, pour citer le plus récent, voire Jo-Wilfried Tsonga ou David Nalbandian, ou bien un des doubles finalistes malheureux de l'ère Open, de Cédric Pioline à Mark Philippoussis, de Todd Martin à Miloslav Mecir. Mais ici, je n'ai aucune envie de jouer les experts-comptables. On parle souvenirs, de la force de ceux-ci, et empreinte mémorielle. Dans ce domaine, tout me ramène à Henri Leconte. Instinctivement. Naturellement.

Avec une finale, à Roland-Garros en 1988, et trois autres demies, deux à Paris et une à Wimbledon, Leconte présente d'ailleurs lui-même un CV majeur de nature à l'installer parmi les joueurs les plus marquants à ne pas avoir gravi la dernière marche en Grand Chelem. Mais Leconte, c'était autre chose. Plus qu'une affaire de statistiques de ratio de victoires et de défaites. S'il fallait deux mots pour le définir, magicien et frustrant dessineraient de lui un portrait assez fidèle. Il a livré un jour une formule le résumant assez bien : "je joue des coups que je ne comprends pas moi-même". Ce fut son charme et sa limite.

Davantage homme de coups (dans tous les sens du terme) que de grandes conquêtes, le gaucher nordiste n'a jamais sacrifié à une certaine esthétique du geste sa soif de victoires. D'autres, moins gâtés par la nature tennistique, ont sans doute davantage désiré les titres que lui. "Il faut aimer le tennis, a-t-il dit l'an dernier dans un entretien au quotidien écossais, The Scotsman, et je l'ai aimé. C'est juste un jeu. C'était ma philosophie. C'est presque devenu un business, et ça n'a jamais été mon approche."

Peu de joueurs m'ont procuré plus de plaisir que lui dans sa génération. Peu de joueurs m'ont rendu aussi dingue devant une télé ou dans un stade. Dingue de joie ou de rage. Son Grand Chelem à lui, ce fut la Coupe Davis 1991. Ce week-end à Lyon a sublimé sa carrière et très franchement, même si cela peut sembler absurde à beaucoup, je ne suis même pas convaincu qu'il échangerait ce qu'il y a vécu contre un titre à Roland-Garros. Il y réfléchirait au moins à deux fois. A Lyon, il était dans le partage, et c'était son truc, à Henri, le partage.

Même s'il a rallié trois fois le dernier carré à Roland-Garros, dont une finale, plus qu'à Paris, si regret majuscule il devait nourrir, c'est à Londres qu'il faut le trouver. Et comme il n'est pas à un paradoxe près, c'est une année où il n'a même pas atteint les demies qu'il fut peut-être le plus proche du Graal. En 1985, après avoir sorti Lendl, Leconte affronte Boris Becker en quart de finale. Ce match, plus que leur demie un an plus tard, où Boum Boum s'était déjà mué en intraitable maître des lieux, était à sa portée. Derrière, il restait Anders Jarryd et Kevin Curren. Ce n'était pas du tout cuit mais c'était un Wimb' à prendre après une décennie de règne du trio Borg-Connors-McEnroe. Tant pis.

A défaut de laisser une trace dans les lignes de palmarès du Grand Chelem, il a légué des souvenirs plus forts que certains confrères qui, eux, ont su aller au bout. Bravo à eux. Et ce n'est pas là qu'une affaire franco-française. Henri était adulé en Allemagne et adoré du public de Wimbledon, qui a su l'aimer sans, contrairement à celui de la porte d'Auteuil, exiger quoi que ce soit en retour. Il n'a peut-être jamais été aussi heureux que là-bas. Il y a quelques années, désignant les trois plus beaux joueurs à ne jamais avoir triomphé au All England Club, le Guardian avait cité son nom en troisième position, derrière Ken Rosewall et Ilie Nastase. Pas vilain.

Dans le tennis, il y a les chars d'assaut, ceux qui écrasent tout jusqu'à la victoire à n'en plus pouvoir. Leconte, lui, me fait penser à un papillon: beau mais insaisissable. Je ne l'ai jamais totalement compris et pas sûr que lui non plus se soit toujours bien saisi sur un court. Mais c'est comme ça que je l'aimais. Alors, de lui, on pourrait dire, comme Sainte-Beuve le fit de Ronsard : "Il osa trop, mais l'audace était belle. Et de moins grands que lui eurent plus d’honneurs."

Henri Leconte à Roland-Garros lors de l'édition 1988.

Henri Leconte à Roland-Garros lors de l'édition 1988.Getty Images

A vous de jouer maintenant. Dites-nous quel joueur est, selon vous, le plus marquant parmi ceux qui n'ont pas apposé leur nom au palmarès des quatre tournois du Grand Chelem, et dites-nous pourquoi. Vous pouvez aussi prendre part au sondage ci-dessous.

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