Dans la dernière édition de Players ’Voice, la star tunisienne, désormais 24e joueuse mondiale, revient sur son parcours vers le haut niveau, les réactions qu'elle a reçues au pays, mais elle explique aussi et surtout comment elle espère envoyer un message puissant aux femmes et aux enfants de Tunisie, d'Afrique et de l'ensemble du monde arabe.
J'ai commencé à jouer au tennis dès l'âge de trois ans. Ma mère était licenciée dans un club de tennis local et elle m'y a amenée une fois. Le reste appartient à l'histoire. Quand j'avais environ six ans, j'ai commencé à participer à des tournois nationaux et j'ai fait ma première apparition internationale à l'âge de dix ans.
En grandissant, on réalise que les joueurs de tennis professionnels en Tunisie se font assez rares au final. Il n'y a pas vraiment de modèle à suivre ou de "chemin pré-établi". Cependant, je me souviens avoir énormément regardé Andy Roddick et j'essayais de suivre ses matches dès que je pouvais. Je me suis sentie inspirée à la fois par son jeu et son esprit. Je pense que, combiné au soutien de ma famille, c'est ce qui m'a amenée à réaliser mon rêve de devenir une joueuse de tennis de classe mondiale.
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Ons Jabeur avec sa mère Samira

Crédit: Eurosport

Ma mère, la toute première personne qui m'a mis une raquette dans la main, a été une grande inspiration pour moi. C’est une femme très forte et j’adore son caractère. Elle m'a donné la conviction, la volonté d'aller plus loin et de faire de grandes choses. Mon père, mes frères et ma sœur m'ont aussi inspirée chaque jour et m'ont motivée à continuer : quoi que je fasse, que je perde ou que je gagne, ils ont toujours été là.
À l'âge de 13 ans, nous avons décidé que je devais aller dans une école de stature nationale, où je pourrais étudier et jouer au tennis en même temps. J'ai commencé à jouer sur le circuit mondial junior de l'ITF et trois ans plus tard, j'ai remporté Roland-Garros Juniors, ce qui était un événement assez fort en Tunisie...

Ons lifts the Girls’ Singles trophy at Roland-Garros in 2011 to become North Africa’s first ever female to win a junior Grand Slam event

Crédit: Eurosport

Voir toutes ces personnes qui me suivaient, et tout ça simplement en tant que junior, ça m'a fait réaliser le genre d'impact que je pouvais réellement avoir. Ça m'a donné beaucoup de courage pour continuer et rendre mon pays encore plus fier de moi. Dix ans se sont écoulés depuis et ce soutien n'a cessé de grandir, surtout depuis le quart de finale à l'Open d'Australie. On a l'impression que le tennis est devenu comme le football en Tunisie ! On m'a envoyé des vidéos de fans regardant mes matchs dans les cafés en plein milieu de la nuit et je pense que cela suscite un intérêt croissant pour le sport en général, et pas seulement pour mes matches.
J'ai également reçu des appels de personnes très importantes. L'année dernière, le président de la Tunisie m'a appelé et c'était incroyable de l'entendre. Je ressens profondément l’amour de tout mon pays, notamment cette année où la vie de tout le monde a été chamboulée à cause de Covid. Si je peux remonter le moral des gens, ne serait-ce qu'un peu, à chaque fois que je gagne, ça me touche énormément.

Fans gather in Tunisian cafe at 3am to watch Ons in action

Crédit: Eurosport

En fin de compte, j'espère que tous ces éléments peuvent se matérialiser en quelque chose de plus grand. Plus il y a de la visibilité, plus il y a de gens qui ont envie de jouer. Et pas seulement jouer, mais aller plus loin et gagner des matchs et des titres, faire son entrée dans le top 100 et participer à des tournois du Grand Chelem. Nous avons vu les succès de Malek Jaziri (ex-42e mondial à l'ATP) et Selima Sfar (ex-75e mondiale à la WTA) au cours des vingt dernières années, mais je rêverais de voir plus de deux ou trois joueurs africains ou issus du monde arabe au haut niveau.
C’est incroyable de voir Mayar (Sherif) performer à ce niveau ces derniers temps. Je la connais depuis longtemps car nous jouions à la fois dans les championnats d’Afrique et d’Arabie quand nous étions plus jeunes. Je vois tous les Français et les Américains ensemble en tournée et même si Mayar et moi ne sommes pas du même pays, c’est formidable d’avoir l’opportunité d’être davantage avec elle et de parler en arabe ensemble. Espérons que nous pourrons à la fois inspirer les générations futures avec nos performances et leur montrer qu'il est tout à fait possible de jouer dans un Grand Chelem.

Mayar Sherif celebrates her opening round victory …ever woman to win a main draw match at a major

Crédit: Eurosport

Je veux juste envoyer un message très puissant aux femmes et aux enfants : si j'ai pu réaliser tout ce que j'ai fait jusqu'à présent, en venant d'un petit pays et d'un continent où le sport a historiquement eu peu de visibilité, alors d'autres peuvent faire la même chose. Bien sûr, il est très important d’avoir autant de courts et de gymnases que possible et je sais que nous n’avons pas les meilleures installations en ce moment. Nous ne sommes pas comme l’Europe ou les États-Unis, mais nous faisons de notre mieux. Vous pouvez avoir les meilleures structures du monde, mais c'est ce qui est dans votre esprit et comment vous travaillez qui comptent le plus.
Je suis un produit 100% tunisien. J'ai grandi et je me suis entraînée toute ma vie en Tunisie et oui, je n'avais pas les meilleures installations de tous les temps, mais j'ai travaillé dur pour essayer d'atteindre le meilleur classement possible. Pour moi, il ne faut pas perdre de temps à se plaindre des installations et consacrer plus de temps à se concentrer sur soi-même. Peu importe d'où vous venez, il vous suffit de travailler dur et de croire qu'il est possible de réaliser votre rêve. Croire en vous-même est une grande étape à franchir, mais une fois que vous y parvenez, je suis convaincu que le reste suivra.
Mes propres rêves continuent d'évoluer et Tokyo cet été est une perspective énorme pour moi. Je compte les jours depuis très longtemps ! J'ai joué à Londres et à Rio, mais je sens que je suis actuellement à un niveau où je peux faire de belles choses et j'espère aller loin dans la compétition. Les Jeux olympiques, c'est un tournoi pas comme les autres. Il ne s’agit pas seulement de gagner pour soi-même comme on peut y être habitué, il s’agit de gagner pour son pays. C’est aussi incroyable de côtoyer tous les autres sports. Je suis amie avec de nombreux athlètes tunisiens, donc c’est formidable d’être avec eux, d’observer leurs routines et d'observer toutes les nuances avec mon sport.
D'ici la fin de cette année, j'aimerais entrer dans le top 10 ou 15 avant de viser au-delà. Je veux être N°1 mondiale et gagner des Grands Chelems. J’ai affronté beaucoup de grandes joueuses et c'est ce qui m’a donné la confiance nécessaire pour me rendre compte que j’ai vraiment ce qu’il faut pour y arriver. Pour le moment, je reconnais que je n’en suis pas tout à fait là. J’ai du travail à faire pour trouver cet ingrédient manquant, mais je crois fermement que je peux atteindre cet objectif.
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