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Players' Voice avec Paula Badosa : "Les gens doivent comprendre que les joueuses ne sont pas des robots"
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Publié 07/03/2022 à 23:09 GMT+1
PLAYERS' VOICE - Elle était 73e joueuse mondiale il y a un an. Depuis, le destin de Paula Badosa a bien changé. L'Espagnole a grappillé 66 places à la WTA, s'invitant même un temps dans le top 4, mais surtout elle a remporté ses premiers tournois sur le circuit et notamment le WTA 1000 d'Indian Wells, son plus beau succès en carrière. L'une des révélations de 2021 se confie dans Players' Voice.
Paula Badosa - Players' Voice
Crédit: Eurosport
Alors qu'elle s'apprête à entamer la défense de son titre en Californie (du 9 au 20 mars 2022), l'Espagnole revient sur ses derniers mois passés sur le circuit, sa résilience dans ses bonnes performances. Surtout, la native de New York évoque à son tour l'importance pour les athlètes de s'ouvrir et de discuter de leur santé psychologique.
Être la meilleure joueuse du monde, c'est quelque chose dont j'ai toujours rêvé, mais mon premier rêve, depuis que je suis toute petite, c'est de gagner un Grand Chelem. C'est la raison pour laquelle je me réveille chaque matin : devenir un jour vainqueure d'un Grand Chelem.
2021 a été une année très importante pour moi et une grande étape dans la réalisation de ce rêve. Je pense que j'avais touché une sorte de plafond de verre jusque-là en ne participant qu'aux demi-finales. Gagner mon premier tournoi à Belgrade a été un soulagement et une grande émotion, cela m'a enlevé un poids sur les épaules. Cette victoire m'a donné beaucoup de confiance et je pense que c'est à ce moment-là que tout s'est enchaîné. Mon tennis s'est amélioré et j'ai grandi mentalement.
Quelques mois plus tard, j'ai gagné Indian Wells, un rêve devenu réalité. Ce n'est pas un Grand Chelem, mais c'est un WTA 1000 et un tournoi très important. La finale contre Victoria Azarenka était quelque chose de spectaculaire. Parfois, dans une finale, vos nerfs peuvent vous empêcher de faire un bon match, mais nous avons toutes les deux joué à un très haut niveau. Cela signifiait beaucoup de choses de battre une joueuse comme elle.
Le plus grand apprentissage que j'ai tiré de ce match, c'est la prise de conscience de ma propre force mentale. Il y aura toujours des moments difficiles sur le court, il y a toujours des peurs et c'est une bataille constante donc savoir que vous pouvez surmonter ces peurs, c'est vraiment important. La peur de perdre peut vous tuer et il n'y a pas de solution miracle. C'est un processus où vous devez toujours avancer. Je pense que la clé est simplement de faire face à ses peurs, peu importe à quel point vous les traversez et de croire simplement que les mauvais moments ne vous définissent pas.
Je recommanderais toujours de s'entourer des bonnes personnes. Lorsque vous n'êtes pas sûr(e) de votre performance et que vous êtes face à des défis, il est très important d'en parler, en particulier avec des professionnels de la santé mentale comme des psychologues ou des entraîneurs. Peu de gens peuvent continuer à jouer ou à avancer s'ils intériorisent des pensées et des sentiments négatifs.
Grâce à des athlètes comme Simone Biles, Naomi Osaka et Álex Abrines, il y a eu beaucoup d'échanges et de libérations de la parole sur les expériences personnelles des athlètes en matière de santé mentale. Je pense que ces discussions sont très importantes car en fin de compte, la santé mentale doit être une composante à part entière de notre quotidien. Les gens doivent comprendre que les athlètes ne sont pas des robots. Nous allons essayer de donner 100%, mais ce n'est tout simplement pas réaliste d'être ainsi 100% du temps.
Les réseaux sociaux ont été formidables pour mener ce genre de conversations, mais ils peuvent parfois être dangereux notamment avec cet aspect de "proximité" qui les accompagne. Quand je pense à de jeunes joueurs comme Emma Raducanu et Carlos Alcaraz, je veux qu'ils essaient de ne pas prêter trop attention à ce qu'ils peuvent voir là-bas car cela pourrait leur faire très mal. Peu importe leurs performances sur le court de tennis, je crains qu'ils ne soient pas encore prêts à supporter tout le poids et les pressions qui accompagnent inévitablement les réseaux sociaux.
J'en ai souffert moi-même et je ne voudrais pas que d'autres en fassent l'expérience, mais finalement cela fait partie du tennis et c'est le prix à payer pour réussir. J'ai une bonne relation avec Carlos et nous parlons souvent. Je vais donc lui donner un conseil : il faut avoir un bon environnement, s'entourer des bonnes personnes, travailler dur et écouter le moins possible ce qui vient de l'extérieur. On ne peut pas contrôler l'extérieur, mais ce qu'on peut gérer de notre côté, c'est simplement essayer de faire de son mieux.
Rafa Nadal est la référence pour moi. C'est un travailleur, un guerrier et il a une grande force mentale. Je l'admire de plus en plus. En termes de résultats, je ne vais jamais m'approcher de lui, mais maintenant que je fais partie des meilleures joueuses du monde, je peux comprendre les pressions qu'on peut avoir à ce niveau. Je peux voir à quel point il les gère parfaitement. Pour moi, il n'est 'pas de cette planète mentalement parlant' et c'est encore plus inspirant. Il a toujours été un exemple que j'ai regardé quand j'ai fait face à des moments difficiles. Si je veux imiter quelqu'un, c'est Rafa Nadal.
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Rafael Nadal avec le trophée de l'Open d'Australie 2022, son 21e titre en Grand Chelem.
Crédit: Getty Images
Je pense qu'il est extrêmement important de trouver du temps pour soi pendant les tournois pour bien déconnecter. J'avais l'habitude de rester dans la chambre d'hôtel, mais maintenant j'essaie d'explorer les villes où je séjourne, d'en apprendre davantage sur leur culture. Comme nous voyageons toute l'année et jouons au tennis presque tous les jours, être enfermé(e) dans une chambre d'hôtel, ce n'est ni sain, ni bon pour personne. J'aime faire des choses simples et comme je n'ai généralement pas le temps de mener une vie normale... Quand je suis à Madrid par exemple, j'aime faire du shopping, aller au cinéma et au restaurant. Ce sont de grands événements pour moi !
Le retour en Espagne est particulièrement spécial maintenant à cause de l'amour que je reçois des fans… J'ai la chair de poule rien qu'en pensant à cette reconnaissance. Je travaille très dur et j'ai beaucoup sué pour arriver là où je suis. Avoir leur soutien, c'est la meilleure récompense pour me dire que tout ça en vaut la peine. Ce qui m'est arrivé au cours des douze derniers mois est vraiment incroyable et je ne suis toujours pas sûre de réaliser tout ce que j'ai accompli. Mais je vis au jour le jour et j'essaie de valoriser les objectifs que j'ai déjà atteints jusqu'à présent.
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