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Quels sont les points les plus mythiques de l'histoire ?
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Publié 26/04/2020 à 00:13 GMT+2
ON REFAIT L'HISTOIRE - Nouvel épisode de notre rubrique "On refait l'Histoire". Cette fois, Laurent Vergne et Bertrand Milliard vous dévoilent les points qui ont particulièrement marqué leur mémoire. Première partie ce dimanche avec, notamment, un certain échange déjà passé à la postérité entre Roger Federer et Rafael Nadal lors de la finale de l'Open d'Australie 2017.
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On refait l'Histoire, c'est la rubrique débat d'Eurosport.fr, co-alimentée par Bertrand Milliard, commentateur du tennis sur nos antennes depuis vingt ans, et Laurent Vergne, qui contribue à la rubrique tennis sur notre site. Ici, plus que d'actualité, il sera question de la grande et de la petite histoire du jeu. Ici, personne n'aura tort ou raison. Tout sera affaire de goûts, de choix, de souvenirs ou de points de vue.
Qu'est-ce qu'un point inoubliable ? Un interminable rallye ? Un coup de génie ? Un échange achevé par une volée parfaite, un passing d'anthologie ? Un grand point, comme un grand match, c'est d'abord celui qui vous parle, qui trouve en vous un écho personnel.
Parmi ceux que vous verrez ci-dessous, certains sont longs, d'autres très brefs. Mais ils possèdent un point commun : ils étaient tous importants dans le contexte de la rencontre où ils se sont produits. Leur impact n'était pas neutre. Sur le fond comme sur la forme, ils ont marqué notre mémoire. La vôtre aussi, peut-être, pour certains.
Voici donc nos "points de légende". Trois chacun dans cette première partie, et trois autres à découvrir dimanche prochain.
Bertrand Milliard
MICHAEL CHANG - IVAN LENDL : LE SERVICE A LA CUILLERE
Le tout premier point qui est revenu à ma mémoire, c’est celui-ci. Roland-Garros représente alors pour moi l’oasis de l’évasion tennistique dans le désert des révisions universitaires. Opérée du genou juste avant le tournoi, ma sœur aînée est chez nous pour sa rééducation et décide de faire de Michael Chang son chouchou de l’épreuve. Á 17 ans, l’Américain dispute son deuxième "French", son cinquième Grand Chelem seulement. Son jeu de défenseur tout terrain au petit gabarit progresse très rapidement. Il ne laisse que trois jeux à Sampras au 2e tour et atteint pour la deuxième fois de sa carrière naissante la seconde semaine d’un Grand Chelem.
Face à lui, en huitièmes, un monstre sacré : Ivan Lendl, numéro 1 mondial et triple vainqueur du tournoi parisien. Grande admiratrice du Tchèque honni, pour ses qualités de sérieux sur et en dehors du court, ma mère a choisi l’autre camp. Moi aussi. J’aime bien Lendl. Certes, il n’est pas mon joueur préféré mais, en tant que patron du circuit, je le respecte énormément, comme cela semble être le cas de tous ses adversaires.
C’est justement en brisant cette barrière du respect, en osant l’insolence, que Chang va faire vaciller la statue du Commandeur Lendl. Après avoir enlevé les deux premières manches, le Tchécoslovaque se voit rejoint par le précoce américain. Bien que perclus de crampes depuis plus d’une heure, le natif du New Jersey parvient même à breaker dans ce dernier set haletant. On a passé les quatre heures de jeu, la tension est palpable sur chaque point, on ne perd pas une miette des débats.
Á 4-3 en sa faveur, après un long rallye remporté par Lendl, Chang se retrouve à 15-30 et fait basculer ce match dans la folie pure en sortant un impensable service à la cuillère. Surpris, son adversaire parvient à relancer mais doit enchaîner au filet où il se fait clouer par le passing à contre-pied du diablotin. Vexé, Lendl regarde l’arbitre, en vain. Il ne comprend pas la dimension dans laquelle la partie bascule, et se liquéfie. Chang remporte son service et enchaîne.
Á 5-3, 15-40, pour recevoir le second service de son adversaire, il provoque la double faute fatale en s’avançant jusqu’aux abords du carré de service, malgré la nouvelle vaine protestation de Lendl auprès de l’arbitre. Tremblement de terre : fantaisie et toupet viennent à bout du numéro 1, qui subit sa troisième défaite de la saison seulement. Et ce coup de maître ne reste pas sans lendemain puisque Chang enchaîne pour enlever ce qui sera son unique titre Majeur.
Génial ou non ? Tel sera le débat engendré par ce mémorable service à la cuillère. Sur un plan personnel, j’ai surtout été étonné par sa gestion des crampes. Ce qui est certain, c’est que ce point vient d’entrer dans la légende et la postérité, à tel point qu’on associera le geste à son auteur, jusqu’à ce qu’il revienne très récemment à la mode par l’intermédiaire de Nick Kyrgios et de ses émules.
GUY FORGET - PETE SAMPRAS : COEUR DE LYON
59 ans qu’on attendait ça. Et le Graal inaccessible de la Coupe Davis se retrouve à portée de raquette. L’épreuve mythique renvoie à des photos en noir et blanc pour admirer un succès tricolore. Bien sûr j’ai entendu parler des Mousquetaires, de leurs six victoires consécutives dans l’épreuve, entre 1927 et 1932. Mon grand-père m’a fait connaître ces glorieux noms, surtout ceux de Jean Borotra et René Lacoste. Mais pour ma génération, Lacoste représente plutôt des polos siglés d’un crocodile. Ou la marque de raquette de Guy Forget.
Tiens… Guy Forget, l'homme qui va porter l’estocade et mettre un terme à cette interminable quête. En 1982 à Grenoble, la génération Noah était trop tendre pour celle de Mc Enroe. Neuf ans plus tard, Noah, devenu capitaine, et Leconte, le revenant, sont toujours là. Le fantasque gaucher réalise un week-end extra-ordinaire, au sens propre du terme. De retour d’une grave blessure au dos, il joue sans doute les deux meilleurs matchs de sa carrière, en simple face à Sampras, puis en double, aux côtés de Forget, face aux redoutables et détestables Flach et Seguso. La France mène 2-1 après la défaite inaugurale infligée par Agassi à Forget.
Ce dernier va donc concrétiser l’exploit, dans une salle de Gerland transformée en cocotte-minute. La confiance est là car le Français sort de la meilleure saison de sa carrière. Six titres remportés, dont deux Masters Series, Cincinnati et Bercy, où il a battu à chaque fois… Sampras en finale. Devant la télé, je suis tendu comme jamais. On a beaucoup vibré et la délivrance se rapproche. Rejoint à un set partout, Forget parvient à remporter un troisième set crucial. Puis à breaker au 4e. Á 5-4, il sert pour le match et se retrouve à 15-40. Que c’est dur pour le cœur. Ace. Passing de revers exceptionnel. Ace encore. Balle de Saladier !
Ce point si important commence par un échange de regards entre le joueur et le clan français. Le besoin de se nourrir du collectif au moment où l’on porte toute la pression sur ses épaules. Noah semble prier sur sa chaise lorsque Forget engage. Son slice de gaucher oblige Sampras à relancer lui aussi en slice côté revers. La balle montante permet au Français d’asséner une volée de revers croisée qui semble décisive. Le public exulte déjà, tout comme Jean-Paul Loth qui lance un dément "c’est fini Michel !". Son acolyte Michel Dhrey embraye, "c’est finiii !". Mais non.
Dans un élan désespéré, le jeune Américain plonge et parvient à remettre la balle en jeu en s'affalant de tout son long sur le court. Il s’écoule un peu moins de deux secondes entre cette remise juste derrière le filet et le petit coup droit étriqué de Forget, qui va consacrer la victoire. Deux secondes qui paraîssent une éternité, d’autant que le réalisateur a l’idée saugrenue de quitter le plan large pour serrer sur le joueur tricolore, dont on voit seulement l’exécution du coup. Le temps se suspend quelques instants puis la folie s’empare de la salle. On n'a pas vu la balle mais on voit le Français, extatique, tomber à son tour au sol, terrassé par l’émotion. Yannick Noah vient le relever et, pour la seule fois de ma vie, je pleure à l’issue d'un match de tennis.
ROGER FEDERER - RAFAEL NADAL : LE POINT DE MUTANTS DE MELBOURNE
Pour ces retrouvailles entre Federer et Nadal en finale de Grand Chelem, près de six ans après la dernière, l'excitation est grande à Melbourne. La présence du Suisse dans ce match pour le titre est bluffante. Opéré du genou, il n’avait plus joué en compétition officielle depuis plus de six mois. Son niveau de jeu étonne et la spectaculaire amélioration de son revers recouvert encore davantage. Ce coup est LA sensation du tournoi. Au point de ne plus se faire martyriser de ce côté-là par son rival espagnol ?
Je ne commente pas le match, mon rôle va être de la faire vivre de l’intérieur aux téléspectateurs. Je me baladerai un peu partout et interviendrai à l’antenne à chaque fin de set. Je suis ainsi cette finale en nomade, dans la cabine d’un confrère de la télé suisse, celle d’Eurosport Espagne, sur un canapé avec Mats Wilander ou encore au milieu de la foule massée devant l’écran géant, dans Melbourne Park.
Á deux sets partout, ma mission s’achève. J’assiste dans la cabine au break initial de Nadal dans le 5e, mais il me manque l’ambiance et je décide d’aller voir la fin dans les allées, au milieu des spectateurs australiens, en simple fan de tennis. Je me place en retrait, debout, adossé à un arbre. C’est là que j’assiste au point qui nous intéresse. Federer a débreaké et remporté trois jeux de rang pour se retrouver devant à 4-3. Il obtient trois nouvelles balles de break à 0-40, toutes écartées par Nadal. Á 40 A, le point le plus beau et le plus long du match est aussi le plus symbolique.
L’Espagnol sert le coup droit et surprend Federer, en délicatesse avec ses appuis et à l’agonie en début de point. En revers, puis en coup droit, Nadal agresse et le Suisse remet comme il peut. L’une de ces remises est suffisamment longue pour lui permettre de regagner du terrain, de se remettre en jeu. Quelques coups plus neutres et le Majorquin titille de nouveau le revers adverse. La réponse est cinglante. Grâce à un énorme revers croisé appuyé, Federer prend pour la première fois le contrôle de l'échange. Cette fois c’est Nadal qui essaie de survivre .
On ne joue plus au tennis mais au ping-pong. Campé sur sa ligne, le Suisse joue quasiment en demi-volée ses cinq derniers coups avant de conclure d’un fulgurant coup droit long de ligne. 26 coups au total. Absolument dingue, ce point stratosphérique m’arrache un cri, à la fois d’incrédulité et d’extase devant un tel niveau de jeu. Dans la douce nuit australienne, j’échange des regards ébahis avec d’autres spectateurs.
Comme un lion en cage, je vis la fin du match en bénissant cette époque fantastique pour notre sport, mesurant à quel point ces incroyables joueurs rendent l’impossible possible. Ce point est aussi un tournant. Federer conclut au jeu suivant. Le voici à 18 titres du Grand Chelem. Dix ans après, il a de nouveau su terrasser son rival espagnol en finale d’un Majeur. Hagard, il me faudra du temps pour redescendre. Ce point restera toujours ancré dans ma mémoire.
Laurent Vergne
BORIS BECKER - IVAN LENDL : LA BALLE DE MATCH DU SIECLE
En tennis, qu'y a-t-il de pire que de perdre une grande finale ? Peut-être perdre une grande finale quand il s'agit du tout dernier match de la saison et que vous n'avez atteint aucun de vos grands objectifs. Ou alors perdre cette finale en cinq sets. Voire 7-6 au 5e set. Allez, encore pire, soyons fous : perdre au terme d'une balle de match improbable, un échange interminable, d'une tension extrême pour que, finalement, tout s'achève sur un coup du destin, avec la bande du filet en arbitre. Croyez-le ou non, mais Ivan Lendl a réussi à cumuler toutes ces infortunes lors de la finale du Masters 1988.
Pour moi, dont Lendl fut, tous sports confondus, la plus grande idole, c'est un souvenir douloureux. Mais précis. Il est 6 heures du matin environ à Paris, j'ai la grippe mais je me suis quand même levé pour voir la fin sur Antenne 2 (ne rigolez pas les jeunes). C'est ce bon vieux Daniel Cazal qui commente. C'est une année pourrie. Pour la première fois depuis mon CE2, depuis 1983, quoi, Lendl n'a pas gagné un seul Grand Chelem. Alors il compte sur le Masters, et moi aussi.
Pour moi, c'était le "vrai" Masters. Finale en trois sets gagnants. L'absence des couloirs de double. Et surtout, surtout, le Madison Square Garden. Trois éléments aujourd'hui enterrés. Cette finale 1988 est une des plus belles et des plus longues (4h42) et son dernier point demeure une des plus extraordinaires balle de matches imaginables. Tie-break du 5e set, donc. 6-5 Becker, sur son service. Vu le lascar, cela aurait pu se terminer sur un ace ou sur un service gagnant. Mais Boum Boum ne passe pas sa première balle.
L'échange s'engage. Il sera dingue. Lendl commence par envoyer ces parpaings de coup droit dont il a le secret. Becker subit, puis revient dans le point. Comme en musique, le tempo alterne subtilement : adagio, moderato, allegro, presto... J'aime tout particulièrement cette baisse de rythme dans le dernier tiers du point et ce dialogue dans la diagonale de revers, tout en caresses slicées des deux côtés. Et les murmures du Garden, entre excitation et appréhension.
Finalement, à la 37e frappe de balle, Becker tape un revers long de ligne. La balle ricoche sur la bande du filet et semble mettre une éternité à choisir son camp. "Je ne voyais plus rien et j'ai dû regarder l'arbitre pour savoir de quel côté la balle était passée", dira Becker. Lendl, lui, a eu le temps d'esquisser une prière : "quand elle a touché la bande, j'ai hurlé dans ma tête 'non, s'il te plait, pas ça..." Et si, Ivan. "Extraordinaire ! Extraordinaire !" beugle Cazal. Ta gueule, Daniel. Il a raison, évidemment. Mais sur le coup, c'est un de ces moments qui vous font regretter d'être un supporter et de vous être entiché d'un champion. Ma grippe et moi sommes repartis nous coucher. Sans trouver le sommeil.
CEDRIC PIOLINE - GUSTAVO KUERTEN : ET GUGA TRAVERSA LE TERRAIN...
J'aimais beaucoup Cédric Pioline et j'ai toujours trouvé qu'on (même si ce "on" n'a au fond pas grand-sens, j'en conviens) lui réservait un traitement injuste. Oui, il coinçait souvent en finale ou dans des grands matches, en tout cas dans la première partie de sa carrière. Oui, il avait un côté "tête de pioche" et n'a pas été le meilleur avocat de sa propre personne. Mais quand même. Heureusement qu'il était là, le père Cédric, pour maintenir à flots le tennis français après la génération Noah -Leconte - Forget. En Grand Chelem, surtout.
Si son chef-d'œuvre reste pour moi sa victoire contre Stich en demi-finale de Wimbledon en 1997, l'image de sa carrière, le point de sa vie, il faut aller le trouver deux ans plus tard, à Flushing, au cours d'un quart de finale inoubliable contre Gustavo Kuerten. Vainqueur en quatre sets du Brésilien, "Piole" signe, selon les propres mots de John McEnroe, "une des plus grandes performances jamais vues à la volée". Et c'est vrai, au filet, il aura fait des miracles ce soir-là.
Mais c'est paradoxalement en défense qu'il a sorti ce coup venu de nulle part. Tie-break du 3e set. 9-9. Pioline au service. Très vite, Kuerten prend l'ascendant à l'échange. Baladé de gauche à droite, Cédric finit par être totalement débordé. Guga dépose alors sa volée de revers. Pioline traverse le court et décoche en bout de course un extraordinaire passing de coup droit long de ligne. Il s'écroule au sol. Hurle, regard vers le ciel. Serre les poings. Je ne crois jamais l'avoir vu comme ça sur un court. Il est en transe. Vraiment. Parce que c'est un point ultra-important et d'anthologie. 23 frappes de balle et ce dénouement…
Je me souviens de Hervé Duthu criant "FABULEUX PIOLINE !" Oui, fabuleux, vraiment. Tout ça m'aurait suffi pour le placer dans cette liste parmi mes grands souvenirs. Mais Kuerten va donner à ce point une autre dimension encore. Bluffé, le Brésilien applaudit, lève les bras, passe de l'autre côté du filet et vient féliciter Pioline. A peine relevé, le Français a récupéré sa serviette et tourne le dos au Brésilien, qu'il ne voit pas venir.
Quand Guga lui serre la main, Cédric est perdu, croit une demi-seconde à l'abandon, écarte les bras vers l'arbitre pour lui signifier son incompréhension. Et Kuerten repart dans son camp, en levant encore les bras pouces en l'air et demandant au public d'applaudir. Il faut quand même posséder un état d'esprit particulier, rare, donc précieux, pour réagir de cette façon après avoir perdu un tel point à ce moment d'un quart de finale de Grand Chelem. "Je n'avais jamais vu ça", dira Pioline en conférence de presse. Moi non plus.
NOVAK DJOKOVIC - STAN WAWRINKA : SUBTILE MISE A MORT
Une autre balle de match. Mais moins douloureuse pour moi que celle entre Becker et Lendl. Devant ce huitième de finale de l'Open d'Australie 2013 entre Novak Djokovic et Stan Wawrinka, j'observe une neutralité toute... suisse. Depuis que je suis dans le journalisme, j'ai beaucoup moins souvent l'occasion de suivre des matches tranquillement, sans être "pollué", au-delà du spectacle proposé, par mes propres obligations et mon travail. Que dire ? Qu'écrire ?
Ce dimanche matin, pourtant, je ne travaille pas. C'est ma journée de repos du milieu de quinzaine. Comme dans la vie d'avant, je goûte donc de ce luxe de pouvoir me poser devant la télé, et juste profiter. Honnêtement, je n'ai pas une seconde à l'esprit que Wawrinka puisse battre Djokovic, ni même le secouer comme un prunier dans tous les sens comme il va le faire. Je crois me souvenir avoir soupiré après une bonne trentaine de points. Pas des soupirs de lassitude ou de dépit les yeux levés au ciel, mais de sidération, interloqué, cherchant à bien appréhender ce que je vois.
Alors, pourquoi ce point-là ? Peut-être parce que rarement une balle de match aura aussi bien illustré et résumé une rencontre. Le courage et l'audace de Wawrinka, notamment. Regardez bien, alors qu'il est en difficulté, l'enchainement des trois frappes monstrueuses de relâchement et de puissance (deux coups droits et un revers) qu'il décoche pour reprendre l'initiative. C'est grâce à ce triptyque qu'il peut, sur le coup suivant, monter au filet avec son slice de revers. Il ne le sait pas encore, mais pour lui, c'est terminé.
Des points mémorables, Novak Djokovic en compte quelques-uns, pour manier l'euphémisme. Mais c'est peut-être un des coups gagnants de sa part que je préfère. Son passing de coup droit pour sauver une des deux balles de match contre Federer en finale du dernier Wimbledon avant trop longtemps reste bien sûr un de ses sommets, mais celui qu'il va tirer en revers contre Wawrinka est, indépendamment du contexte, d'une difficulté supérieure. La montée du Vaudois est profonde. Djokovic va devoir jouer son revers sur sa ligne de fond et tout près de son couloir. On a connu plus confortable.
Là, il délivre une petite merveille de passing croisé, subtile mise à mort. Une telle finesse dans l'exécution du geste, une telle alliance de précision et presque de délicatesse, dans un tel moment, après cinq heures de jeu, ce n'est pas loin d'être prodigieux. Je suis bluffé, mais je pense surtout à Wawrinka, dont je me demande si, même dans les années suivantes, tellement glorieuses, il a mieux joué au tennis que jusqu'à 6-1, 5-2 ce dimanche matin. A le voir à genoux, se relever en s'appuyant sur le manche de sa raquette comme un vieillard sur sa canne, je me dis surtout "pauvre Stan, c'était peut-être la chance de sa vie ce match, il ne va pas s'en remettre..." Evidemment, je n'ai rien compris.
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