"Rafa a un tel potentiel" : Il y a 20 ans, l'explosion Nadal

Pas encore prêt à reprendre la compétition, Rafael Nadal ne sera pas de la fête cette année à Monte-Carlo, un de ses jardins préférés. Avant de soulever 11 fois le trophée, c'est ici, il y a tout juste 20 ans, que l'Espagnol avait signé son entrée dans le grand monde en atteignant les huitièmes de finale à seulement 16 ans, avec notamment une victoire sur le vainqueur sortant de Roland-Garros.

Monte-Carlo décapité : Pour Nadal, plus que jamais, c'est "tout pour Roland"

Video credit: Eurosport

Roger Federer n'avait pas encore gagné le moindre tournoi du Grand Chelem. Carlos Alcaraz trépignait dans le ventre de sa mère et en sortirait un mois plus tard. Lleyton Hewitt était numéro un mondial devant Andre Agassi. Une autre époque. Vingt ans. C'était au mois d'avril 2003. Le premier soubresaut d'une révolution, celle initiée par un adolescent nommé Rafael Nadal. A 16 ans, le jeune Majorquin frappait poliment la porte de la cour des grands. Bientôt, il la défoncera pour devenir l'immense champion que l'on sait, et le joueur le plus dominateur jamais vu sur une surface.
Il a déjà fait parler de lui. Un an plus tôt, chez lui, lors du tournoi de Majorque, le "petit" Rafa a décroché à 15 piges sa toute première victoire sur le circuit principal contre Ramon Delgado, 81e mondial. Mais au cours de cette saison 2002, il écume surtout les tournois ITF, tâte un peu du Challenger, mais reste en marge des principaux rendez-vous. C'est l'heure de l'apprentissage.

Barletta, le premier trophée

Puis, en 2003, Nadal se lance à fond sur le circuit Challenger. En février, il perd une première finale à Cherbourg contre un Argentin que vous avez probablement oublié, Sergio Roitman, puis coince à nouveau aux portes du titre en mars, à Cagliari, face à un Italien dont le nom est sans doute un peu plus évocateur, Filippo Volandri. A Barletta, toujours dans la Botte, ce sera la bonne. Le 30 mars, il joue le titre face à Albert Portas, de 13 ans son aîné. S'il est sur une trajectoire descendante, Portas n'est pas n'importe qui. 95e mondial au moment d'affronter le jeune gaucher de Manacor, il a pointé dans le Top 20 (19e) deux ans plus tôt, en remportant le Masters 1000 de Hambourg, son plus grand fait d'armes.
De ce match, le jeune Espagnol conserve le souvenir d'une "grandenervosité" après avoir perdu ses deux précédentes finales. Mais cette fois, l'histoire se termine bien. Il s'impose 6-2, 7-6 pour soulever son premier trophée. Il y a quelques jours, dans une vidéo tournée pour la Rafael Nadal Academy, le futur ogre de l'ocre est revenu sur ce dépucelage : "Il y a vingt ans, j'ai remporté ce titre et c'est un très beau souvenir. J'embrasse toute la ville de Barletta. J'espère revenir bientôt".
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Rafael Nadal à ses débuts.

Crédit: Imago

Revoir les images de cette époque a quelque chose d'intrigant. Tout Nadal est déjà là et, en même temps, c'est un joueur très différent de celui qu'il deviendra. Entre similitudes et carences, un élément est déjà bien présent : une attitude de futur champion. Détermination. Grinta. A la bagarre sur chaque point, engagé sur chaque frappe. Ce Nadal-là n'attendra pas le nombre des années.
A Barletta, Ruben Ramirez Hidalgo a été la toute première victime du minot. En 2013, pour le 10e anniversaire, il était revenu dans Marca sur ce match. C'est bien le caractère de son jeune adversaire qui lui restait en mémoire. "Il jouait déjà très bien et le monde entier parlait de lui, évoquait l'Espagnol. Pendant notre rencontre, il avait joué remarquablement, mais par-dessus tout, sa mentalité était incroyable. On pouvait déjà voir ça dans son comportement."
Ce titre le propulse alors aux portes du Top 100 et lui permet d'obtenir dans la foulée une invitation pour Monte-Carlo. Si le milieu n'ignore pas le potentiel du grand espoir majorquin, le grand public, lui, va dans sa majorité le découvrir sur le Rocher. Face à lui, au 1er tour, Karol Kucera. Ex-Top 10 et ancien demi-finaliste de l'Open d'Australie, le Slovaque n'est pas un terrien mais c'est un solide. Pourtant, il paraît tout petit sur le court. Il se fait étriller, 6-1, 6-2.
C'est la première victoire de Nadal à Monte-Carlo. Il en compte aujourd'hui 73. "Bien sûr que je mesouviens du match contre Kucera, s'est-il remémoré il y a quelques années. J'avais 16 ans, c'était ma première dans un tournoi de cette importance." Si, sur le terrain, il a déjà certains atours du Nadal de demain, lors de sa conférence de presse, il fait encore petit garçon. Le fidèle Benito Perez-Barbadillo est déjà là, qui veille. Le conseiller et responsable presse du Majorquin doit même intervenir à une ou deux reprises pour l'aider à trouver le bon mot en anglais.
Pour beaucoup, l'ado est une découverte. Alors les questions portent presque plus sur lui, sur sa vie, que sur le tennis. "J'ai commencé comme tout le monde, juste pour faire du sport, explique-t-il. Je faisais du tennis deux fois par semaine. Mon oncle, qui est mon entraîneur, m'a vu jouer et comme je me débrouillais déjà bien, je me suis entraîné de plus en plus." Et l'école dans tout ça ? "J'y vais encore. J'ai terminé ma dernière année d'école secondaire (le collège, NDLR). J'ai essayé d'étudier davantage cette année, mais cela devient de plus en plus dur parce que je ne suis jamais à la maison. Quand je retourne en classe, je suis un peu perdu, mais j'essaie quand même."
Sur le court, il n'est pas perdu. Même sur les plus grands. Au deuxième tour, il a droit au central, de nuit, à la lumière des projecteurs. Son adversaire n'est autre que le tenant du titre à Roland-Garros, Albert Costa. Ce n'est pas neutre et Rafael a du mal à rentrer dans son match. "Au début, je l'ai un peu trop respecté je pense, j'avais même un peu peur de lui", dira-t-il. Jusqu'à ce qu'il réalise qu'il n'a rien à lui envier et même, chose incroyable à ses yeux, qu'il peut le dominer.
Deux heures plus tard, il s'impose en deux sets, 7-5, 6-3. Le verbe n'est pas haut. Ce sera, là aussi, une constante chez lui : "Je pense qu'il n'était pas dans un grand jour. Parfois, il arrive qu'un joueur se crispe contre un très jeune adversaire. J'avais très envie de jouer ce match mais, pour être honnête, je n'étais pas confiant quant à mes chances de le gagner." Modeste, il l'est aussi à l'évocation de la suite de cette semaine monégasque. "Je pense que je n'irai pas très loin, assure-t-il. Je suis réaliste. J'ai très bien joué jusqu'ici, mais c'est difficile, il y a la fatigue. Puis ça ne dépend pas que de moi mais aussi de mes adversaires."
Il a raison. En huitièmes de finale, il bute sur Guillermo Coria. Un premier set accroché, puis le physique le lâche. Pour la seule fois de la semaine, Rafael Nadal fait ses 16 ans. Battu 7-6, 6-2, il ne gardera que de bons souvenirs de cet apéritif sur le Rocher, annonciateur des destins de demain. "Avant le tournoi, souffle-t-il, je ne pouvais pas imaginer réaliser tout cela. C'est une semaine importante parce que j'ai battu un joueur du Top 10 (Albert Costa était alors 7e mondial). C'est la victoire qui me fait le plus plaisir. Grâce à ce succès, j'avais déjà réalisé un très bon tournoi."
Son idole, Carlos Moya, s'inclinera à son tour contre Coria en demi-finale. Celui qui est alors le Majorquin le plus célèbre de l'histoire du tennis, mais plus pour très longtemps, aurait adoré retrouver son cadet. "Deux Majorquins en demi-finale d'un Masters Series, ça aurait été super, non ?, sourit Moya. Je connais Rafael depuis qu'il a 10 ans. C'est un gros travailleur. Rafa a un tel potentiel. Il ne cesse de m'impressionner, jour après jour. Je ne suis pas son mentor, non. Mais quand nous sommes tous les deux à Majorque, on s'entraîne ensemble et s'il a la moindre question, je suis là pour lui répondre."
A 16 ans et 10 mois, Rafa devient le plus jeune membre du Top 100 depuis Michael Chang quinze ans plus tôt. Ce n'est que le début d'une folle cavalcade, particulièrement sur terre battue. Nadal réussira à surpasser, dans des proportions affolantes, les accomplissements de son héros Moya. Un jour, beaucoup plus tard, ce dernier deviendra l'entraîneur de l'ancien adolescent. En ce printemps 2003, chacun pressentait l'effarant potentiel. Mais qui aurait pu imaginer la suite ? Les 22 titres en Grand Chelem. Les 14 (!) Roland-Garros. Et tout le reste. Ce jour-là, à Monte-Carlo, Carlos Moya esquisse une prophétie : "Dans deux ans, il sera dans le Top 10." Dans deux ans, il gagnera Roland-Garros. Et personne ne s'en étonnera.
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Carlos Moya et Rafael Nadal en avril 2003.

Crédit: Getty Images

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