Rétro - Il y a 20 ans, quand Richard Gasquet offrait sa plus belle promesse de grandeur en battant Roger Federer

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Le 15 avril 2005, Richard Gasquet accomplissait face à Roger Federer un exploit monumental en battant le numéro un mondial en quarts de finale de Monte-Carlo (6-7, 6-2, 7-6) au terme d'un match gigantesque. Même s'il avait cédé le lendemain contre Rafael Nadal, le jeune Français de 18 ans semblait appelé aux plus hautes fonctions. Jamais la promesse n'a été aussi belle et forte qu'à ce moment-là.

Il y a 20 ans, Gasquet battait Federer en quart de finale du Masters 1000 de Monte-Carlo : le résumé

Video credit: Eurosport

Encore un coup de vieux. 20 ans dans le rétro. Le 15 avril 2005, Richard Gasquet signait à 18 ans une victoire inoubliable contre Roger Federer en quarts de finale de Monte-Carlo. L'annonce d'une carrière que l'on imaginait magistrale. Elle aura été exceptionnelle par sa longévité puisque, 20 ans plus tard, le petit Mozart du tennis français est encore là, même si la retraite lui tend les bras. Il n'a pas à en rougir, loin de là. Mais peut-être n'a-t-elle pas tout à fait été à la hauteur de la promesse initiale de ce printemps princier.
Sur un strict plan sportif, le Biterrois a fait plus et mieux au cours des années qui ont suivi. Parce que rien n'est au-dessus du Grand Chelem, atteindre trois fois les demi-finales d'un tournoi majeur, c'est plus fort que de battre Roger Federer pour accéder au dernier carré de Monte-Carlo. D'autant que ses trois victoires en quarts de Grand Chelem sont toutes survenues à travers des matches épiques : Roddick à Wimbledon en 2007, Ferrer à l'US Open en 2013 et Wawrinka, encore à Wimbledon en 2015. Trois duels en cinq sets, trois succès qui suintent le talent mais aussi la caisse physique, la détermination et une force de caractère indéniable.
S'il ne fallait en choisir qu'une, ce serait probablement celle face à Roddick. Parce que l'Américain était un vainqueur en Grand Chelem, numéro 3 mondial à l'époque et sans doute le deuxième meilleur joueur sur herbe de la décennie derrière son bourreau récurrent, Roger Federer. Mais tout de même, A-Rod, c'est trois finales à Londres (deux à l'époque). Le dompter dans le jardin anglais, qui plus est après avoir été mené deux manches à rien, à tout juste 21 ans, c'était magistral. A la sortie de ce Wimbledon 2007, il allait atteindre la 7e place mondiale et n'irait jamais plus haut.

Federer, 52 sur 53

Malgré tout, en termes d'impact auprès du public français, et dans le souvenir laissé, sa victoire contre Federer sur le Rocher possède un petit parfum indépassable. On n'ira pas jusqu'à dire que chacun sait où il se trouvait comme pour le 11 septembre ou, pour les plus anciens, les premiers pas de Neil Armstrong sur la lune. Mais sans doute ceux qui aiment le tennis au point de le suivre de très près ont en mémoire ce vendredi 15 avril 2005. C'était le printemps d'une carrière, celle d'un talent bourgeonnant.
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Roger Federer et Richard Gasquet à Monte-Carlo en 2005.

Crédit: Getty Images

A l'époque, Federer domine le tennis comme personne. Numéro un mondial sans discontinuer depuis près d'une année et demie, déjà nanti de quatre titres du Grand Chelem, il attend encore un rival durablement à sa mesure. Celui-ci arrive. Très bientôt. Le Suisse n'est pas invincible, mais pas loin. Depuis le mois d'août 2004, il n'a perdu qu'un seul de ses 53 derniers matches quand il rentre sur le Central de Monte-Carlo ce 15 avril. Richard Gasquet, lui, ne pointe encore qu'au 101e rang mondial. Entre Federer et lui, il y avait un monde.
Mais ce jour-là, sur la terre princière, le Biterrois va être royal. Un match d'une grande beauté avec, en prime, une pointe de dramaturgie. Trois balles de match sauvées par le minot à la casquette à l'envers et une victoire 10-8 au tie-break du troisième set, sur un dernier passing de revers long de ligne pas loin d'être magique. Voilà comment, un peu comme Henri Leconte avait signé son acte de naissance sur ce même court face à Bjorn Borg 22 ans plus tôt, Gasquet a fait de ce match face à Federer l'acte I d'une carrière qui met l'eau à la bouche.

Un sommet, plus qu'un commencement

Le lendemain de cette adolescente victoire, Gasquet croise le fer avec Rafael Nadal, 18 ans lui aussi. Leur premier duel. Un peu émoussé physiquement, le natif de Sérignan va baisser pavillon en trois sets. Mais la première manche, arrachée au tie-break par "Ritchie", reste monumentale d'intensité. Ces deux-là luttaient alors d'égal à égal. Nous en prenions pour 10 ou 15 ans, cela ne pouvait pas être autrement. D'autres demies et mêmes des finales, et des grandes, nous attendaient.
Un mois plus tard, à Roland-Garros, les deux "gamins" allaient se retrouver au troisième tour. Et là, soudain, un monde d'écart dans l'immensité du court Philippe-Chatrier. Un central à la mesure du conquérant majorquin et soudain si grand pour le petit Richard, balayé en trois sets. 10 jours de plus et Nadal remportait le premier de ses 22 titres du Grand Chelem. Il n'y aurait plus jamais photo entre ces deux-là. Il avait suffi d'un match pour figer le destin de chacun. Tout ce que Nadal était déjà et tout ce que Gasquet ne deviendrait pas tout à fait. Oui, il avait encore le temps, tout le temps même. Mais 20 ans plus tard, difficile de ne pas se dire que tout ou presque était déjà dit ce jour-là.
Les 15 et 16 avril, à Monte-Carlo, tout était encore différent. C'était encore le temps des rêves. Des illusions. Là, en battant Federer, LA référence absolue d'alors, avant de regarder dans les yeux Nadal, LE rival de sa génération, il était encore l'heure de penser et légitime de se dire : ce Gasquet dont on nous parle depuis son plus jeune âge, a bel et bien tout ce qui est requis pour devenir le champion que le tennis français attend depuis Yannick Noah.
La suite fut belle mais pas aussi grande que rêvée. Richard Gasquet a navigué dans des eaux aussi respectables qu'enviables, à l'image de ces trois demi-finales de Grand Chelem et, tout de même, de son palmarès fort de 16 titres… tous en ATP 250. Il n'est pas interdit de penser qu'autre chose aurait pu l'attendre. Il serait même malhonnête de ne pas admettre qu'en cette mi-avril 2005, quelque chose de plus majestueux lui a traversé l'esprit et nous a chatouillé l'échine, et inversement. Si regret il y a, c'est de se dire que, finalement, sa victoire contre Federer il y a 20 ans est restée comme une forme de sommet, plus qu'un commencement.
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