Roland-Garros 2025 - Bilan - "Loïs va gérer" : Boisson et le vertige de la suite

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Loïs Boisson ne sera pas sur le court samedi pour disputer la finale de Roland-Garros. Mais le parcours de la Française n'en restera pas moins comme LA grande histoire de cette édition 2025. À 22 ans, elle va maintenant devoir assimiler son brutal changement de dimension et sa nouvelle notoriété. Ce ne sera pas simple, mais Ivan Ljubicic, patron du haut niveau du tennis français, est optimiste.

Loïs Boisson.

Crédit: Getty Images

Plus qu'un coin de ciel bleu. Un ouragan de bleu. Loïs Boisson a égayé à elle seule le bilan du tennis français à Roland-Garros cette année. Du tennis féminin français, d'abord, tellement mal en point jusqu'à ce qu'elle ne surgisse de presque nulle part, mais même au-delà des considérations de sexe. Car avec l'abandon d'Ugo Humbert au 2e tour et le forfait d'Arthur Fils avant le 3e, la quinzaine de ces messieurs a viré au gris. Heureusement, Loïs, telle Zorro, est arrivée. Forcément, la question que tout le monde se pose désormais, c'est "Et maintenant ?"
Est-ce un feu de paille, un conte de fée scintillant, excitant, mais éphémère ? Minuit a-t-il sonné pour la Dijonnaise, dont le carrosse de la porte d'Auteuil se transformerait à nouveau en citrouille ? Ou n'est-ce que le début de quelque chose de plus durable, d'un véritable ancrage au plus haut niveau ? Vendredi, invité à dresser l'euphorique et inattendu bilan, Ivan Ljubicic, directeur du haut niveau à la Fédération française de tennis, a rappelé en conférence de presse que "66e ou 67e (le nouveau "ranking" de Boisson lundi prochain, NDLR), ce n'est pas un classement incroyable, pour dire la vérité."
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Video credit: Eurosport

Ce n'est évidemment pas une façon de dénigrer la performance de l'héroïne de ces 15 derniers jours. Ce serait plutôt une façon de la protéger et de dire qu'elle peut et doit aller plus haut. "Avec l'exploit ici, prolonge le Croate, je pense qu'elle mérite d’avancer encore plus, parce que tous les points qu’elle a gagnés l'ont été depuis le début de cette année. D'analyse, je pense qu'elle va être assez vite 35, 30. J'espère qu'elle peut continuer avec cette dynamique pour la fin de l'année."

Elle est entrée dans les foyers

Mais ce ne sera pas qu'une affaire de tennis. Allons plus loin :  ce ne sera même pas l'essentiel. Mais commençons par là. À partir de maintenant, sur un strict plan sportif, Loïs Boisson va devoir cohabiter avec les attentes du public, des médias, de son staff, de ses proches et, par-dessus tout, les siennes. C'est inévitable après un tel parcours qui, à l'échelle du tennis tricolore, reste rarissime. Chez les femmes, il n'y avait eu qu'une seule demi-finale ces dix dernières années en Grand Chelem, celle de Caroline Garcia à l'US Open en 2022. A Roland-Garros, c'était du jamais vu depuis Marion Bartoli en 2011.
La caisse de résonnance est décuplée à Roland-Garros. Ce n'est pas la même chose d'atteindre le dernier carré à Paris qu'à Melbourne, Londres ou New York. Le grand public, et même le beaucoup plus petit, ignorait jusqu'à son existence il y a encore deux semaines. Désormais, la France entière connait son nom et son visage. Elle a fait vibrer les gens, elle a séduit, suscité un intérêt, ranimé une flame éteinte ces dernières années dans le Grand Chelem organisé en France. Elle a marqué les esprits. Elle est "entrée dans les foyers", comme on dit. Il n'y aura eu aucune progressivité dans l'émergence de Loïs Boisson. Elle n'a pas et le luxe d'apprendre en douceur à devenir une personnalité publique.
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En prime, la faiblesse du tennis féminin français fait d'ores et déjà d'elle la nouvelle numéro un de son sport. Personne n'est là au-dessus pour amortir, faire écran de protection. C'est un facteur aggravant. Ce qu'elle a montré pendant ce tournoi constitue toutefois un motif d'espoir. Au fil des tours, des exploits et de l'intérêt grandissant qu'elle a généré, jamais elle n'a semblé enseveli sous l'événement. "Je pense que Loïs va gérer, veut d'ailleurs croire Ivan Ljubicic. Comme elle a géré les situations ici. Elle me donne un peu de confiance dans le fait qu'elle sera capable d'encaisser tout ça."

Pas de syndrome Raducanu en vue pour Ljubicic

Deux éléments de comparaison viennent à l'esprit. Le premier est Français. C'était en 2020, l'année du Covid-19. Hugo Gaston était à peine plus connu que Loïs Boisson. Il n'était certes pas allé en demi-finale, mais son parcours à Roland-Garros (il avait atteint les huitièmes de finale en battant l'ancien vainqueur Stan Wawrinka), son jeu et sa personnalité avaient déclenché l'enthousiasme. Un an plus tard, sa victoire à Bercy contre Carlos Alcaraz en avait fait de même. Mais la suite s'était avérée plus complexe.
Puis il y a le cas Emma Raducanu. Après son titre à l'US Open en 2021 (le seul, rappelons-le, hommes et femmes confondus, conquis en sortant des qualifications dans un tournoi du Grand Chelem), la Britannique n'était pas seulement devenue une championne, mais une véritable star, une des sportives les plus célèbres du Royaume-Uni. Une personnalité courtisée. Cela avait été beaucoup pour elle. Trop, même. Des blessures ont fait dérailler sa carrière, mais tout ce qu'elle a eu à gérer, à assumer et à assimiler n'a pas aidé.
Loïs Boisson peut-elle être victime du syndrome Raducanu ? Ivan Ljubicic ne le croit pas. Son cas n'est pas aussi "extrême". "Être 66e, ce n’est pas la même pression que de gagner le Grand Chelem, comme Raducanu, tempère l'ancien numéro 3 mondial. Je suis certain que sa vie ne va pas changer. Sa carrière change un peu parce qu'il y a des nouveaux tournois qu'elle va commencer à jouer à partir de cette semaine, donc ça, oui, ça va changer."
Mais rien de drastique, selon lui, même s'il l'admet, "ce n'est pas simple" de digérer une mise en lumière aussi brutale. "Mais quand même, on parle de tennis, d'un fonctionnement plutôt normal, juge-t-il, comme pour rassurer. Après, si elle continue à progresser comme ça, si elle fait la finale à Wimbledon et gagne l'US Open, on parle de quelque chose de différent (rires). Mais je pense qu'elle n’en est pas encore là." La grande force de Loïs Boisson ces derniers jours, c'est d'avoir accueilli avec une effarante sérénité une situation extra-ordinaire. "Elle était dans une bulle, avec une grande capacité à gérer l'émotion", conclut Ljubicic. C'est exactement ce qui, pour la suite de sa carrière, va devenir son défi quotidien.
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