Roland-Garros - Mais d'où sort Loïs Boisson, révélation du clan français ?

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Révélation de ce Roland-Garros dans le clan tricolore, Loïs Boisson jouera les demi-finales ce jeudi après sa victoire brillante face à Mirra Andreeva. La 361e joueuse mondiale renoue avec le fil des promesses qu'elle avait semées sur son chemin. À 22 ans, après une grave blessure et quelques années à se chercher, elle semble avoir trouvé une partie des réponses aux questions qui la tourmentaient.

"J'ai l'impression qu'un camion me passe dessus tellement Loïs frappe fort"

Video credit: Eurosport

Il y a ceux qui savaient. Et ceux qui découvrent. Il y a Alizé Cornet qui, sur le plateau de France 2, dès le premier tour annonçait Loïs Boisson en 2e semaine. Et puis il y a la France du tennis qui est tombée éperdument amoureuse de ce coup droit surpuissant et digne des plus grandes, selon tous les spécialistes, depuis quelques jours. A 22 ans, la native de Dijon vit son acte de naissance au plus haut niveau avec une qualification brillante en demi-finale. Là encore, ce n'est une surprise pour personne dans le milieu.
"C'est quelqu'un qui a toujours tapé la balle de manière incroyable. Sa frappe de balle n'a pas d'égal sur le circuit, elle a toujours été monumentale", nous renseigne Jean-René Lisnard qui l'a suivie, entre 2018 et 2019, à l'Elite Tennis Centre de Cannes. Des propos en adéquation avec ceux de son premier entraîneur, Patrick Larose, subjugué, déjà, par sa facilité dès ses 8 ans.
Mais, déjà, les premiers signaux faibles apparaissent : oui, Boisson frappe fort. Mais ça ne constitue pas une fin en soi. "Les premiers qui m'en parlent, ce sont Pauline Parmentier et Loïc Courteau, rembobine Nicolas Escudé, nommé DTN en mars 2021. A l'époque, elle était basée vers Lyon je crois et Pauline et Loïc supervisaient les parcours associés qu'on pouvait avoir au sein de la DTN. Je l'ai vu pour la première fois l'année d'après et, d'emblée, j'ai vu un énorme coup droit et un gros potentiel. Sauf qu'à cette époque-là, elle en foutait partout. Et puisqu'elle était très exigeante envers elle-même, la moindre erreur la faisait dégoupiller. On n'a pas misé le jackpot sur elle mais on l'avait dans les radars".
Elle ne pouvait pas éclore tôt
La preuve en est, la FFT lui accorde trois wild-cards de rang pour les qualifications de Roland-Garros. Mais Boisson est jeune et pas encore suffisamment armée pour gérer ses émotions sur le court. "C'est quelqu'un qui était extrêmement fragile mentalement, elle pouvait couper les moteurs à tout moment, se souvient Lisnard. Donc, elle ne pouvait pas éclore tôt. Des projets comme le sien, on en voit beaucoup au centre. Ça dure des années et il y a tellement de paramètres à prendre en compte... Donc si elle trouvait le truc, le petit déclic, c'était une évidence qu'elle allait percer."
Ce "truc", c'est parfois une quête que certains mettent des années à atteindre, sans toujours réussir. "Sa qualité de balle, ça accroche l'œil, soutient "Scud". Mais des mecs et des filles qui accrochent l'œil, on a eu des wagons à la FFT. Sans forcément qu'ils arrivent au plus haut niveau derrière. Parce que ce métier, c'est une composante de choses". Frustrée par un décollage qu'elle imaginait sans doute plus rapide, eu égard à sa marge aux entraînements, Boisson tente de trouver des réponses.
En 2023, elle prend attache avec Pier Gauthier, ancien pro, ancien coach de Grosjean, Monfils et d'autres et désormais coach mental pour des athlètes de haut niveau. "Quand elle vient me voir, c'est un peu comme beaucoup d'autres : ils viennent parce qu'ils sentent qu'ils n'arrivent pas à libérer leur meilleur niveau sous pression, raconte-t-il. A l'entraînement, ils sont capables de faire des choses qu'ils n'arrivent pas à reproduire en match. C'est ce qu'a m'a dit son agent à l'époque".
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Boisson, l'arbre qui cache la forêt du tennis féminin : "Cela va faire du bien à Parry et Burel"

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Petit à petit, Boisson fait son nid. En 2024, elle remporte trois titres consécutifs en ITF et surfe sur une sacrée vague à l'orée de Roland-Garros. C'est là, à Saint-Malo, qu'Alizé Cornet la découvre et qu'elle est stupéfaite du niveau de jeu de sa tortionnaire. Tout pointe vers Roland-Garros. Et puis, patatras. Son genou gauche cède : rupture du ligament croisé et une carrière qui bascule.
Après son épaule en 2022, cela fait beaucoup. Mais, ces derniers mois de 2024, ont semé la petite graine croit savoir Nicolas Escudé : "C'est un coup de massue, forcément, parce qu'elle était en train d'évoluer, de progresser, de grimper dans la hiérarchie. Mais, au moment où elle reprend, elle a encore en tête les dernières sensations qu'elle a eu sur un court de tennis, des bonnes sensations. Donc la dynamique, derrière, n'est pas la même".

Maturité et confiance

Après avoir un peu tâtonné dans son encadrement, elle (re)confie son destin à Florian Reynet et Sebastien Durand. Mais quelque chose a changé : "Quand tu vis un trauma comme ça, tu te poses des questions profondes. Elle est plus mature sur certains aspects, expliquait ce dernier à L'Equipe. En neuf mois, elle a gagné cinq ans de compréhension d'elle-même".
Le reste, c'est un peu de magie et beaucoup d'opportunités saisies. Sa 361e place mondiale devient secondaire et Boisson se libère. "Je connais tellement le niveau féminin, j'ai eu tellement de joueuses que je sais qu'il n'y a pas d'écart véritablement dans la raquette entre une Top 10 et une fille avec le classement de Loïs, atteste Lisnard. La différence, c'est la constance. Niveau frappe de balle, elle est même meilleure que la plupart du Top 5." "La plupart des gens pensent que les grands champions tapent mieux la balle qu'une 300e mondiale, confirme Pier Gauthier. Ceux qui tapent le mieux dans la balle, ce sont juste ceux qui sont libérés".
Alors que le tennis féminin tricolore traverse une crise de résultats sans commune mesure et semblait se résigner à un creux générationnel, Boisson a fait naître les espoirs les plus fous en déboulant de nulle part, ou presque. "Écoutez, il n'y a pas de recette magique", conclut Lisnard. Juste une joueuse au déclic plus lent. En espérant qu'il soit définitif…
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Lois Boisson à Roland-Garros

Crédit: Getty Images


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