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Roland-Garros tient à ses juges de ligne… mais est-ce bien raisonnable ?
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Mis à jour 07/06/2025 à 21:50 GMT+2
Alors que l'ATP a généralisé l'arbitrage vidéo sur tous les tournois y compris sur terre battue, Roland-Garros demeure le dernier à avoir encore recours aux juges de ligne. Le président de la FFT, Gilles Moretton, a réitéré son attachement à l'arbitrage humain. Mais pour combien de temps, sachant que beaucoup de joueurs, et non des moindres, se sont prononcés en faveur de la machine ?
"Voir Nadal partir à son tour, c'est une ère qui est en train de s'éteindre pour nous"
Video credit: Eurosport
Lorenzo Musetti l'a échappé belle durant ce Roland-Garros. Dans un geste d'humeur mal contrôlé, l'Italien, au cœur de son quart de finale face à Frances Tiafoe, a donné un coup de pied dans une balle venue se loger dans la poitrine d'une juge de ligne. Rien de bien méchant ni d'intentionnel, bien sûr. Mais quelques centimètres plus haut, si la balle avait touché la tête, l'Italien se serait sans doute fait disqualifier, exactement comme l'avait été Novak Djokovic à l'US Open 2020. Ou la joueuse de double Miyu Kato l'an dernier à Roland-Garros. Et les juges de ligne se seraient encore retrouvés, bien malgré eux, au cœur d'une immense polémique.
Attirer l'attention, voilà pourtant bien le dernier de leur souhait cette année à Paris, où ils se savent particulièrement dans l'œil du cyclone. Observés, scrutés comme jamais dans un tournoi qui demeure leur ultime grande scène d'expression. Depuis cette année, l'ATP a généralisé le système d'arbitrage 100% électronique sur l'ensemble de ses tournois, y compris sur terre battue. La WTA ne devrait pas tarder à le faire. Et pour la première fois en 147 ans d'existence, l'édition 2025 de Wimbledon se déroulera sans juges de ligne, emboîtant le pas à l'Open d'Australie (depuis 2021) et l'US Open (2022).
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Carlos Alcaraz lors d'un challenge en demi-finale de Roland-Garros 2025
Crédit: Getty Images
Roland-Garros, lui, se plaît dans son rôle d'irréductible gaulois. Qui, à vrai dire, lui va comme un gant. On est tous attachés à ce folklore un peu suranné, ce ballet permanent qui vient ponctuer chaque échange, les genoux fléchis au début du point, les mains qui se joignent quand la balle touche la ligne et les bras qui se tendent quand elle sort des limites. Le tout accompagné d'un cri dont on ne sait jamais s'il sera grave, strident, autoritaire ou timide. En tout cas moins monocorde que cet immonde cri de canard étouffé de la machine. Et puis, humainement, comment souhaiter la mise à la porte des quelque 330 hommes et femmes qui ont fait, eux aussi, la légende de Roland ?
"A Roland-Garros, nous garderons les juges de ligne aussi longtemps que les joueurs seront d'accord avec ça" (Gilles Moretton)
Et pourtant, le sens de l'histoire pousse très fort contre le Grand Chelem parisien. Combien de temps pourra-t-il rester le dernier bastion de la tradition ? Telle est la grande question. Une question devenue sensible, limite taboue en haut lieu, au point que la FFT a décrété qu'elle ne s'exprimerait pas sur ce thème durant le tournoi. Jusqu'à ce que son président Gilles Moretton, sentant certainement la pression monter, ne se décide à prendre la parole.
"Pour nous, l'arbitrage doit rester humain, a-t-il clairement tranché lors d'un point presse. D'abord, on a vu au printemps que le système Hawk-Eye utilisé par l'ATP n'était pas encore fiable. Il y a une marge d'erreur. Et puis, nous avons besoin de ces juges de ligne qui, au-delà de leur fonction, sont des vecteurs importants de la promotion du tennis dans nos clubs. Les voir disparaître n'est pas bon pour le tennis, en France et peut-être aussi à l'étranger, à mon avis. Je peux comprendre l'utilité de la machine sur les autres surfaces où il n'y a pas de marque. Mais à Roland-Garros, nous garderons les juges de ligne aussi longtemps que les joueurs seront d'accord avec ça."
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Gilles Moretton, président de la FFT, à Paris, le 4 juin 2025
Crédit: Getty Images
Le hic, c'est que les joueurs, justement, ne sont pas leurs meilleurs avocats. Plutôt des procureurs, même. Bombardés de question à ce sujet à Roland-Garros, très peu (sinon aucun) se sont ouvertement prononcés pour le maintien impérieux des officiels. Au pire sont-ils neutres, ou politiquement corrects. Hormis peut-être chez les Français, qui conservent un attachement marqué à la tradition, on sent globalement un soutien net à la machine.
"La machine est plus précise, et elle nous fait gagner du temps" (Novak Djokovic)
"Je comprends parfaitement l'attachement que l'on peut avoir à la tradition, mais je suis partisan de la technologie", a déclaré sans prendre de gants Novak Djokovic, dont on peut se demander à quel point la mésaventure de l'US Open 2020 influe sur sa position, surtout lorsqu'il enchaîne ensuite : "Cela fait moins de personnes sur le terrain, ce qui n'est pas plus mal quand on voit parfois des joueurs entrer en contact avec des juges de ligne. Mais la raison principale, c'est que la machine est plus précise, et elle nous fait gagner du temps."
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Contact entre Carlos Alcaraz et une juge de ligne à Roland-Garros 2025
Crédit: Getty Images
L'opinion de "Djoko" pèse évidemment de tout son poids, surtout qu'elle est loin d'être isolée. Casper Ruud, lui aussi, a manifesté sa préférence pour le Hawk Eye - le système électronique choisi par l'ATP - tout comme Aryna Sabalenka, qui avait lancé à Rome avoir "plus confiance en la machine qu'en les arbitres. Même Alexander Zverev, pourtant victime d'une défaillance manifeste du système lors d'un match à Madrid contre Alejandro Davidovich Fokina, s'est dit être un "grand fan" du 100% électronique, beaucoup plus "fiable" selon lui.
"L'année dernière, ça m'avait bien fait ch…" (Alexander Zverev)
L'Allemand ne s'en cache pas : il n'a pas digéré le souvenir de sa finale de Roland-Garros 2024 perdue contre Carlos Alcaraz. Alors qu'il pensait avoir débreaké pour revenir à 2-2 dans le cinquième set sur une double faute l'Espagnol, l'arbitre avait finalement "overrulé" le juge de ligne… à tort, selon les images du Hawk-Eye, projetées aux spectateurs en mondovision. Une "cata" pour l'image arbitrale. Alors qu'on lui annonçait récemment le maintien de l'arbitrage humain à Roland-Garros, Sascha avait feint l'étonnement : "Ils vont encore avoir 'ça' ? L'année dernière, ça m'avait bien fait ch…"
Au-delà de la nostalgie, le débat de fond se situe là. Sur terre battue, qui arbitre le mieux entre l'homme et la machine ? Au début du printemps, l'ATP, prêchant pour sa paroisse, avait diffusé un clip vidéo expliquant qu'en fonction des conditions, de l'humidité, de la quantité de terre, de la vitesse de la balle et de sa trajectoire, la trace n'était jamais la même, pouvant donner l'illusion de toucher la ligne ou, au contraire, de laisser un espace, sans que ce soit nécessairement le cas. Sans parler d'un effet de souffle qui peut, parfois, faire blanchir la ligne sans que la balle l'ait touchée. Bref, une vidéo nous expliquant grosso modo qu'un arbitrage "à la main" n'est pas davantage possible sur terre battue que sur les autres surfaces.
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Alexander Zverev à Roland-Garros 2025
Crédit: Getty Images
De quoi discréditer ce qui est pourtant une part essentielle du job des arbitres depuis des décennies : le fameux examen de trace. Une part importante, aussi, de la dramaturgie d'un match, source de suspense et de tension, souvent de discussions. Le public adore, et les arbitres (la plupart) aussi. "Descendre de la chaise, c'est un vrai moment d'adrénaline, nous avait dit un jour l'un d'eux. C'est le seul moment où l'on se retrouve face-à-face avec les joueurs, alors que d'habitude on est toujours un peu au-dessus, ce qu'ils n'aiment pas trop. J'adore ce moment parce qu'il faut, en quelques instants, savoir prendre une décision et la justifier au joueur, en quelque sorte d'homme à homme. C'est une partie géniale du boulot."
"Qu'on le veuille ou non, la machine sera toujours plus régulière que l'œil humain." (un arbitre)
Aujourd'hui, les temps sont plus durs pour les arbitres, souvent réduits au rôle de simple "annonceurs de score", ce qui est très réducteur. Mais l'arbitrage humain, c'est vrai, leur permet d'étalonner davantage leur compétence. Et malgré tout, un autre l'admet : "Qu'on le veuille ou non, la machine sera toujours plus régulière que l'œil humain. Elle peut se tromper une fois, mais sur la durée, beaucoup moins. Au-delà du problème avec Zverev, a-t-on entendu parler d'elle par ailleurs ? En plus, avec l'intelligence artificielle, elle sera de plus en plus performante. Et puis, pour un joueur, c'est sûrement moins frustrant que l'erreur provienne d'une machine." Leur côté paranoïaque, sans doute…
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Frances Tiafoe et l'arbitre Timo Janzen, lors d'un challenge à Roland-Garros 2025
Crédit: Getty Images
Quoi qu'il en soit, si même les officiels se mettent à soutenir la machine, la position de Gilles Moretton va commencer à devenir difficilement tenable. Son argument sur l'importance des juges de ligne dans l'écosystème du tennis français est louable. Celui sur la qualité de l'arbitrage l'est beaucoup moins, de ce qu'on entend. Et puis, que pèse la vision romantique face à l'aspect futuriste - et probablement lucratif - des choses ? C'est malheureux et triste, mais il faut profiter de Roland-Garros avec juges de ligne. Ça pourrait bien ne pas durer…
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