Roland-Garros 2025 - Simple dames - Le plus fort dans tout ça ? Loïs Boisson n'a pas le syndrome de l'imposteur

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Loïs Boisson est 361e mondiale et elle en demi-finale de Roland-Garros, son tout premier tournoi du Grand Chelem. Répétez 10 fois cette phrase et essayez de vous convaincre que tout ceci n'est pas un rêve. L'important, c'est que la Française, elle, vive cette réalité comme elle le fait, avec une aisance déconcertante. Son histoire est dingue, mais pour elle, tout est normal.

Loïs Boisson.

Crédit: Getty Images

La 361e joueuse mondiale est en demi-finale de Roland-Garros. Une joueuse qui, à 22 ans, n'avait encore jamais joué le moindre match dans un tournoi du Grand Chelem. Pour arriver là, elle a battu trois têtes de série, dont la numéro 3 et la numéro 6 mondiale. Dit comme ça, cette histoire relève de l'invraisemblable. Loïs Boisson, inconnu du grand et même du petit public il y a encore quelques jours, est celle dont toute la France parle désormais.
On a beau chercher, cette histoire est une de plus démentes de toute l'histoire du tennis français. Des demi-finalistes tricolores étonnants, ce n'est certes pas totalement inédit, mais il faut comparer ce qui est comparable. Christophe Roger-Vasselin, à Roland-Garros, en 1983 ? Pourquoi pas. C'est sans doute le cas le plus approchant. Il était 139e mondial. Mais à 25 ans, on l'avait déjà vu en finale d'un tournoi et à plusieurs reprises en Coupe Davis. C'était improbable mais à côté du cas Boisson, Roger-Vasselin était aussi attendu que Pogacar au départ du Tour.

Salvatrice froideur

Il y a donc un côté "jamais vu" dans le parcours de la… 23e Française au classement WTA qui, d'ici quelques jours, deviendra la numéro un tricolore. Si vous racontiez à quelqu'un qui n'aurait pas suivi un seul point de ce Roland-Garros que la 361e mondiale est en demi-finale de son premier Majeur, il ne le croirait et vous prendrait, au choix, pour un fou ou un menteur, et il serait difficile de lui en vouloir.
En revanche, pour qui a vu et écouté Loïs Boisson sur le court et en dehors depuis une dizaine de jours, la chose apparaît nettement moins extravagante. "Non, ce n'est pas un miracle", a d'ailleurs insisté la Dijonnaise après sa victoire contre Andreeva. Elle a raison. C'est le plus impressionnant dans ses accomplissements : le décalage entre l'anormalité de son parcours sur le fond et l'impression de maitrise qui s'en dégage sur la forme.
Elle est dans son truc. L'euphorie est partout autour d'elle, mais sa bulle protectrice empêche toute contamination. Parfois, elle donne le sentiment de tenir ses émotions à distance. Certains aimeraient peut-être la voir plus expansive, plus "généreuse" dans sa joie. Ses conférences de presse sont presque ternes au regard de l'énormité de la situation et de ses victoires. Mais il serait absurde de lui adresser ce reproche. C'est, au contraire, une salvatrice froideur. Sa grande force, c'est justement sa capacité à ne pas se laisser envahir, à rester hermétique. C'est à ce prix qu'elle peut continuer à avancer dans ce tournoi.
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Video credit: Eurosport

Comme si tout lui paraissait naturel

Jamais elle ne donne l'impression de surjouer. D'être "en feu". De produire un tennis surnaturel, qui ne lui appartiendrait pas. Tout est préparé, pensé, maîtrisé. Il n'y a pas d'effet Tsonga-Nadal à Melbourne en 2008. Elle ne vit pas quelque chose de plus grand qu'elle. Ni Jessica Pegula ni Mirra Andreeva ne lui ont semblé trop grandes. Pas même le Chatrier. Pourtant, il y aurait eu de quoi. A son échelle, la découverte d'un tel court relève du changement de planète. A défaut de nourrir le complexe de l'adversaire, elle aurait pu se laisser happer par l'environnement. Ces deux derniers matches, elle les a joués sur le Central, elle qui n'avait jamais mis un pied en dehors du Simonne-Mathieu. Pourtant, elle s'est sentie à sa place.
C'est comme si tout lui paraissait naturel, alors que tout devrait lui paraître extravagant. En se comportant ainsi, sans des yeux écarquillés et des étoiles dedans, elle envoie un message à la concurrence : "361e ou pas, je suis des vôtres. Je suis à ma place autant que vous." "Que peut-on vous souhaiter ?", lui avait-on demandé avant son huitième de finale. "De gagner le tournoi", avait-elle sérieusement répondu. Il y aurait eu de quoi sourire. Mais non. Elle était simplement sérieuse. Elle aborde chaque match pour tenter de le gagner.
Jusqu'ici, rien ni personne n'a été trop grand. Loïs Boisson n'a pas le syndrome de l'imposteur. Quand on est où elle est en venant d'où elle vient, ce n'est pas loin d'être un exploit. Peut-être le plus étonnant et admirable de tous. Comme si elle était la seule à ne pas se dire "Qu'est-ce que je fous là ?", quand tout le monde pense "Comment est-ce possible ?"
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Loïs Boisson, le conte de fées.

Crédit: AFP


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