Larmes secrètes de Serena

Eurosport sur Google

Serena Williams, n°1 mondiale, tenante du titre et des 4 derniers Grand Chelem, a vécu une pénible journée ce jeudi à Roland-Garros. Eliminée par Justine Henin-Hardenne au terme d'une fantastique demi-finale, l'Américaine a dû subir la défaite et les huée

Eurosport

Crédit: Eurosport

HISTOIRES D'UN MATCH
Amélie Mauresmo n'aurait pas fait mieux. Un central debout, électrisé à chaque point, une ambiance de rêve pour une demi-finale... Le match Justine Henin-Hardenne - Serena Williams a fait oublier le non-match de la Française. Mais au-delà de la passion évidente que suscite la présence de deux joueuses belges en finale d'un Grand-Chelem, au-delà de l'intensité des trois sets disputés avec tant d'ardeur par les deux joueuses, il y a eu un parti pris évident de la majorité du public.
Un enthousiasme débordant pour la deuxième héroïne belge de la journée, qui a frôlé l'incorrection par moments et gâché la beauté du spectacle au troisième set.
Serena Williams qui n'est pas forcément préparée aux ambiances bouillantes de compétition telles que la Coupe Davis, savait pourtant à quoi s'en tenir. Elle a déjà connu des situations où le public ne lui était pas favorable. Interrogée à ce sujet, elle a clairement mis sur le même plan le public et son adversaire : "Contre Mauresmo, j'avais réussi à empêcher le public de rentrer dans le match, contre Henin, je n'ai pas fait ce qu'il fallait."
Dans la troisième manche, Serena s'arrête deux fois de jouer en criant faute sur deux balles non signalées mais confirmées fautes par l'arbitre. Le public n'apprécie pas l'initiative pourtant commune sur le circuit féminin comme masculin. Puis sur une première balle de Serena que Henin-Hardenne ne reprend pas, la Belge et l'Américaine ne s'accordent pas sur la nécessité de rejouer deux balles. Henin secoue la tête, le public siffle.
Huée entre deux services et sur ces fautes, l'Américaine excédée secoue à son tour la tête en signe de désapprobation et demande une fois à l'arbitre d'intervenir.
Vaincue à la régulière par la Belge, Serena a serré sèchement la main de Justine à la fin du match, avant que d'autres huées stupides ne soient finalement masquées par les applaudissements lors de sa sortie du court.
HISTOIRE D'UNE VIE
Être le meilleur et le rester. Dominer un sport n'est pas gage d'une bonne réputation assurée. La domination des soeurs Williams, aussi fascinante que celle de Navratilova ou de Graf à la fin du siècle dernier, dans un contexte différent a ses particularités : le jeu des Williams est basé sur la puissance (en cela elle ne font que suivre l'évolution générale du tennis féminin et masculin dans les années 90), elles peuvent être considérées comme le symbole (après Arthur Ashe) de la réussite de la communauté noire dans un sport qui est longtemps resté exclusif, et enfin elles ont monopolisé les finales des tournois du Grand-Chelem.
Dans une ère de la médiatisation à outrance, les deux soeurs ont été omniprésentes au sommet du tennis mondial depuis plus de deux ans. A l'aise sur court comme en dehors, brutales avec les balles mais respectueuses envers leurs adversaires, elles ont peut-être payé leur succès par une certaine lassitude du public et une image marquée par une certaine arrogance, qui doit certainement plus aux déclarations du père qu'à l'attitude de ses filles.
Si les deux demoiselles, et plus particulièrement la cadette Serena, sont plus que jamais en haut de l'affiche, elles sont la cible évidente des autres prétendantes et de leurs supporters. "Les gens supportent toujours les outsiders je suppose..." avec une moue peu convaincue, Serena a répondu jeudi, aux questions des journalistes avec des larmes au yeux.
L'Américaine n'avait perdu que deux fois avant cette demi-finale, que huit fois depuis janvier 2002... Touchée mentalement par la défaite, l'Américaine a également rappelé que ses ambitions étaient toujours "très élevées."
Être la meilleure, cela signifie être intouchable, être au-dessus du lot, et mieux : être admirée. C'est en interprétant ainsi les ambitions de cette joueuse au talent incroyable, que l'on peut juger de sa réaction pendant et après le match.A la lumière d'une ambition sans limite, la moindre défaite et le moindre sentiment de rejet de la part du public peut être vécu comme une humiliation.
LE TENNIS, LE COMBAT ET LE RESTE
"Dans ma vie, j'ai toujours dû me battre. C'est un long combat. Il va falloir que j'apprenne à le gagner." Avec un petit trémolo dans la voix et quelques larmes coincées au coin des yeux, Serena a dramatisé un petit peu sa sortie de Roland-Garros. C'est de bonne guerre. Son combat n'est pas celui de la survie mais celui de l'excellence et du renom. Pas de doute, elle sera là à Wimbledon pour gagner encore et encore...
Dans un style beaucoup plus discret, Henin-Hardenne relativisait le même jour la portée de la plus belle victoire de sa carrière : "Vous savez, a-t-elle déclaré à propos de la finale, ce n'est qu'un match de tennis, il y a des choses plus importantes dans la vie. [...] Le plus beau jour de ma vie c'est mon mariage."
Reste à prouver que gloire et tennis font toujours bon ménage. Il serait en effet intéressant de savoir comment le public de Roland-Garros réagirait si les deux finalistes de samedi gagnaient les 8 prochains Grand Chelem.
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité