Nadal, seul sur sa terre

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Digne descendant de Bjorn Borg, Rafael Nadal a repoussé à son tour les limites du jeu sur terre battue. Et ce n'est sans doute pas fini. L'héritier lèguera un héritage plus lourd encore quand il quittera la scène.

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C'est un débat qui est et sera toujours vain. Comme pour savoir si Roger Federer est le plus grand champion de l'histoire du tennis. Alors, Rafael Nadal est-il le plus grand joueur ayant jamais évolué sur terre battue? Cela relève plus de l'opinion que du jugement scientifique et vous trouverez des gens pour avancer que Bjorn Borg ne pourra jamais être égalé. Une chose est sûre, personne ne peut rivaliser avec le palmarès du champion espagnol sur la surface ocre. Même le grand Borg, même le mythique Borg fait partie de ces autres désormais. Avec sept titres à Roland-Garros, Rafa est seul sur la planète terre.
Après avoir rendu les armes en finale lundi, comme Mariano Puerta, Roger Federer (à quatre reprises) et Robin Söderling avant lui, Novak Djokovic n'a pas hésité une seule seconde. Pour lui, Nadal est bien le plus grand spécialiste de la terre battue que le tennis ait connu. "Il l'est évidemment, estime le Serbe, tout le prouve à commencer par ses résultats. Le principal intéressé ne veut pas être juge et parti, mais lui aussi insiste sur son bilan chiffré. "Je remercie Novak pour ce qu'il a dit, a réagi Nadal. Je ne sais pas si je suis le meilleur ou pas. Honnêtement, ce n'est pas à moi de le dire. Tout ce que je sais, c'est que j'ai sans doute les meilleurs résultats sur ce type de surface. Pour moi, c'est énorme."
McEnroe: "Ce gars ne lâche jamais rien"
Pas que pour lui. Le record de Borg a longtemps semblé inégalable. Depuis l'époque des Mousquetaires, en dehors des six victoires du Suédois, personne n'avait réussi à s'imposer plus de trois fois porte d'Auteuil. "Quand je jouais, l'horizon, ce n'étaient pas les six victoires de Borg, confie Jim Courier, vainqueur en 1991 et 1992. Moi, je me basais plutôt sur les scores de Lendl ou Wilander, qui avaient gagné trois fois chacun. C'était ça, l'objectif, pas les six titres de Borg." Un avis partagé par un autre vainqueur américain, Michael Chang, sacré en 1989. "Personne n'aurait imaginé quelqu'un pourrait approcher ce record, confirme le vainqueur le plus jeune de l'histoire du tournoi sur le site de l'ATP. Je me souviens de joueurs qui étaient des supers joueurs de terre battue qui racontaient la peur qui était la leur quand ils jouaient Borg. Alors ça semblait impossible de pouvoir battre le record de Borg."
Toni Nadal, oncle mais aussi entraîneur du taureau de Manacor, a du mal à établir une comparaison entre son neveu et la superstar suédoise. "Vous savez, explique le tonton coach, en voyant des matches de Borg, il m’a toujours semblé qu’il était impossible de le battre. Alors que lorsque je vois Rafael, je pense toujours que c’est possible de le battre. C’est une grande différence. Peut-être que je suis trop nerveux pour voir qu’il est meilleur." Peut-être, effectivement. Au-delà des chiffres, c'est bien sur cet aspect que Nadal est le digne descendant de Borg. Il impose un sentiment d'impuissance à l'adversaire. D'une certaine manière, il a déjà un avantage avant même que le match ne commence, ce qu'explique très bien John McEnroe: "Borg était plus rapide, plus physique que tout le monde. J'ai vu des gars finir le premier set épuisés, y compris les meilleurs joueurs du monde sur terre. C'est un peu la même chose aujourd'hui quand vous jouez Nadal. Ce gars ne lâche jamais rien. Il ne vous donne rien." Voilà pourquoi jouer Nadal sur terre représente un tel défi.
"J'ai toujours peur de perdre"
Quand on lui demande pourquoi il domine autant sur terre battue, le désormais septuple vainqueur de Roland-Garros commence par répondre "je ne sais pas". Il avance ensuite une explication bien courte ("j'ai beaucoup travaillé toute ma vie"), puis finit par se livrer davantage. "Je suis très fort sur cette surface, parce qu'il faut courir, souffrir, être fort tactiquement", avance-t-il, avant d'axer sur le point déterminant: l'aspect psychologique. "La raison, c'est sans doute parce que j'ai toujours peur de perdre. Je suis toujours focalisé à 100%, même dans les premiers tours, peu importe l'adversaire. Si j'ai gagné autant, ce n'est pas parce que j'ai joué au meilleur de mon niveau à chaque fois, parce que c'est impossible. Parfois, je joue moyennement. Mais j'ai été très présent mentalement, j'étais là à 100 %. C'est pourquoi j'ai ces résultats."
Le drame pour la concurrence, c'est que Rafael Nadal n'a encore que 26 ans. A son âge, Borg s'apprêtait à prendre sa retraite. Le déclin majorquin ne parait pas à l'ordre du jour. Sur ce plan là, l'Espagnol ne parait pas décidé à emboiter le pas de son glorieux ainé. "Tous les matins, je me lève suffisamment motivé pour aller à l'entraînement, pour améliorer mon jeu. Le jour où tout cela changera, je pense que ce sera le moment de dire 'salut les gars, je passe à autre chose !', mais cen'est pas le cas aujourd'hui." Après avoir dépassé Borg, il n'est donc pas impossible qu'à l'avenir, Nadal repousse les limites de Nadal.
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